Le 1er avril 2009, Dragonball Evolution débarquait au cinéma, et ce n'était malheureusement pas un poisson d'avril. À l'époque, j'étais déjà extrêmement sceptique, m'interrogeant sur la direction prise par la production. Comment adapter en live action cette saga d'une richesse absolue, mais difficilement concevable dans une oeuvre en prises de vues réelles ?
Une des pires séances de ma vie
Accompagné d'un ami également très fan de la franchise Dragon Ball, je pénétrais dans un cinéma parisien, fébrile, presque tremblant, à l'idée de découvrir cette adaptation. Après tout, on ne peut pas critiquer avant d'avoir vu l'oeuvre en question. C'est donc avec une sorte de naïveté méfiante que je consens à donner une chance à Dragonball Evolution.
Le récit commence par une voix-off nous expliquant que dans les temps anciens, la Terre a failli être détruite par des forces maléfiques. Pour s'en prémunir, 7 sages ont créé les boules de cristal : les Dragonballs. Décidées à prendre leur revanche, les forces du Mal sont désormais de retour, et un seul guerrier d'exception est capable d'empêcher le pire.
Le jeune Son Goku va alors découvrir le jour de ses 18 ans que son destin est très loin de ce qu'il avait imaginé. Après la mort accidentelle de son grand-père, il rencontre Maître Roshi, un expert en arts martiaux qui lui révèlera le secret et le pouvoir des Dragonballs.
Quand on a grandi avec Dragon Ball et le Club Dorothée, on ne peut qu'être mortifié quand on voit apparaître à l'écran celui qui incarne Son Goku. Personnage emblématique de la licence, il est ici interprété par Justin Chatwin, comédien sans envergure dépourvu de charisme. Son seul fait d'arme : avoir joué le fils de Tom Cruise dans La Guerre des Mondes en 2005 et c'était déjà une tête à claques.
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1h30 qui font saigner des yeux
Dès le départ, j'ai su que nous allions passer un sale quart d'heure en visionnant ce film qui n'aurait jamais dû se faire. Les personnages ne sont absolument pas respectés, Goku le premier ! Dans cette version, il est devenu un lycéen banal harcelé par les brutes de l'école. Dans une première scène de combat absolument ridicule, il parvient à s'en sortir en faisant du surf sur une voiture avec ses cheveux grâce à son gel fixation béton...
À ce moment précis, j'ai cru que j'allais tourner de l'oeil tellement j'étais mortifié de gêne. Au début de Dragon Ball, Goku est pur et naïf, ce n'est pas un ado arrogant préoccupé par sa popularité, c'est vraiment tout le contraire. Le héros de la saga est extrêmement puissant mais il ne le mesure pas encore et c'est ce qui fait tout le sel des premiers épisodes de Dragon Ball.
Je pensais pouvoir me consoler un peu avec le personnage de Muten Roshi (Tortue Géniale), ici incarné par le génial Chow Yun-Fat. J'ai très vite déchanté. L’entraînement est bâclé, les leçons de sagesse sont plates et le personnage est mal écrit, plus sérieux que loufoque. Il manque l’humour et la bizarrerie qui faisaient le charme de Tortue Géniale.
Ici, le réalisateur James Wong et le scénariste Ben Ramsey semblent n'avoir jamais regardé un épisode de l'anime ni lu un seul tome du manga. Ramsey s'est d'ailleurs platement excusé en 2016, répondant à Derek Padula, auteur de plusieurs livres sur le phénomène Dragon Ball.
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"Dragonball Evolution a laissé une marque très douloureuse dans ma vie créative. Avoir ma signature sur quelque chose d'aussi mal reçu est déchirant. Avoir reçu autant de lettres de haine m'a brisé le coeur", a déclaré Ben Ramsey.
"J'ai passé tant d'années à essayer de remettre la faute sur d'autres, mais au final tout repose sur les mots que j'ai écris et j'assume entièrement d'avoir déçu tant de fans. J'ai fait du mieux que j'ai pu mais au final j'ai laissé tombé les dragons balls", a-t-il admis.
J'ai passé tant d'années à essayer de remettre la faute sur d'autres, mais au final tout repose sur les mots que j'ai écris et j'assume entièrement d'avoir déçu tant de fans.
"Je me suis lancé dans le projet parce que j'étais attiré par le gros chèque à la clef, je n'étais pas un fan de la licence mais un homme d'affaire qui était sur un contrat. J'ai appris que vous ne pouvez pas fournir un gros effort créatif sans un minimum de passion, sinon vous n'obtiendrez qu'un résultat semi-optimal, voire quelque chose juste bon à jeter", a-t-il courageusement confessé.
"Alors je ne blâme personne d'autre que moi pour Dragonball. En tant que fan boy d'autres séries, je sais ce qu'on ressent lorsqu'on attend quelque chose qu'on aime et qu'on est déçu du résultat. Je présente mes excuses sincères à tous les fans de Dragon Ball", a conclu le scénariste.
Le fan de Dragon Ball en moi ne peut que saluer cette lucidité de la part de Ben Ramsey, qui fait ainsi amende honorable. Et encore, s'il suffisait de s'excuser pour expier ce crachat au visage d'une des sagas les plus adulées du monde...
Une insulte à l'univers de Toriyama
En effet, tout son récit est une véritable insulte à l'univers créé par Akira Toriyama, qui a dû se tordre de honte en voyant le résultat final. Certaines séquences sont absolument abjects, en contradiction totale avec le monde de DB.
Par exemple, la transformation en Ozaru (le singe géant) est un moment clé de l’univers Dragon Ball. Il est ici réduit à une métamorphose rapide, mal expliquée, et visuellement hideuse. Le design d’Ozaru est ridicule, ressemblant plus à un monstre de série B qu’au redoutable singe géant du manga. Pire : dans le film, Goku se transforme à cause d’une éclipse, pas de la pleine lune, ce qui contredit la logique de l’univers original.
On peut également citer le combat final contre Piccolo, d'une faiblesse effarante. Il est court, sans intensité, mal chorégraphié et sans enjeux émotionnels. L’effet du Kamehameha est risible et la mise en scène est plate à en crever.
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Le Kamehameha de la honte
À l'époque, on se moquait de cette chorégraphie car elle rappelait les mouvements de l'horrible mode de la tecktonik. De plus, Goku utilise le Kamehameha pour… ranimer quelqu’un. Ce n’est pas du tout le but de cette attaque iconique ! Cela illustre à quel point la production ne comprenait pas les bases de l’univers Dragon Ball.
Par ailleurs, Piccolo, pourtant un antagoniste majeur dans l’univers original, est construit comme un méchant de cartoon, sans développement ni charisme. J'ai eu envie de vomir dès la sortie de la projection en voyant une telle bouillie visuelle irrespectueuse. Et je ne parle même pas de Bulma et Chi Chi, ici réduites à de simples caricatures, à mille lieues des femmes fortes, touchantes et drôles qu'elles sont dans le manga et l'anime.
En sortant de cette séance, j'ai prié le Ciel pour que les fans boycottent en masse cette chose immonde qu'on ne peut même pas qualifier de film. Heureusement, le long-métrage a fait un bide monumental, récoltant seulement 55 petits millions de dollars dans le monde pour un budget de 30 millions.
En France, Dragonball Evolution n'a attiré que 320 000 curieux qui ont dû saigner des yeux et des oreilles, tout comme moi. Sur AlloCiné, les spectateurs lui ont octroyé la note stratosphérique de... 0,8 sur 5 ! Et vous avez bien raison ! Cela dit, si vous avez envie de voir ou revoir l'ampleur du désastre, le film est disponible sur Disney+.