S'il y a bien un cinéaste incarnant mieux que quiconque la cinéphilie la plus absolue, c'est bien Martin Scorsese. Sa connaissance du cinéma et de ses auteurs est véritablement encyclopédique. Une passion qui, là encore, lui remonte à l'enfance. Enfant chétif et asthmatique, il est régulièrement emmené au cinéma par son père.
C'est précisément à cette époque qu'il va découvrir ses films préférés : Duel au soleil, Le Fleuve de Jean Renoir, et surtout Les Chaussons rouges de Michael Powell et Emeric Pressburger.Ces deux cinéastes auront d'ailleurs une influence majeure sur Martin Scorsese. Dès 1982, Scorsese s'intéresse à la préservation des films de patrimoine, puis à leur restauration plus tard lorsqu'il créera sa Film Foundation en 1990. Depuis, elle a sauvé quantité de films; véritable gardienne et mémoire vivante d'un art si cher à Scorsese.
"Il s'est déchaîné sur les spectateurs qui bavardent au téléphone pendant le film"
C'est à l'aune de ces quelques considérations que l'on découvre, le coeur serré, un bien triste aveu de sa part, hélas aussi tout à fait symptomatique de notre époque. Le site World of Reel relate un récent échange entre le cinéaste et le critique cinéma Peter Travers, qui a couvert l'actualité cinéma pour la chaîne ABC durant 40 ans. Il est d'ailleurs devenu un ami du cinéaste.
Scorsese lui fait alors cet aveu : il ne va plus voir les films en salle. Et ce n'est pas parce qu'il possède (évidemment...) chez lui son propre Home Cinema, ni même parce qu'il a également une salle de projection dans ses bureaux à New York. Alors pourquoi ?
"J'ai demandé au maestro pourquoi il ne voyait plus de films au cinéma et il s'est déchaîné sur les spectateurs qui bavardent au téléphone pendant le film, qui s'absentent pour commander des snacks et des bouteilles de soda, et qui maintiennent un niveau sonore suffisamment élevé pour étouffer les acteurs. "Allons, Marty", ai-je dit, “nous ne pouvions pas nous taire quand nous étions enfants”. Ses yeux se sont assombris. "Oui, peut-être", concède-t-il, "mais quand on parlait, c'était toujours à propos du film et du plaisir qu'on avait à en décortiquer les détails".
Pour Scorsese, la salle de cinéma est un temple sacré. Pas seulement pour lui d'ailleurs, mais pour bien d'autres spectateurs. Dès lors, on peut aisément comprendre qu'il soit agacé, pour ne pas dire plus, par les incivilités des spectateurs, gâchant le plaisir des autres...