"Aujourd’hui encore, je le regrette" : 36 ans après, ce célèbre réalisateur français se souvient de son gros clash avec Jean-Pierre Bacri
Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.

Dans un entretien publié dans le magazine trimestriel Schnock, le réalisateur Jean-Marie Poiré évoque son gros clash qu'il a eu avec Jean-Pierre Bacri sur le tournage de la comédie "Mes meilleurs copains". Et qui a laissé des traces chez l'acteur...

On ne présente guère plus le réalisateur et scénariste Jean-Marie Poiré, un des piliers absolus de la comédie français depuis plus de quarante ans, à qui l'on doit quelques uns des plus grands succès du genre : Le Père-Noël est une ordure, Papy fait de la résistance...

Sorti en janvier 1989 et coscénarisé par son ami Christian Clavier (qui joue naturellement dedans), son film Mes Meilleurs copains ne sera pas exactement un triomphe en salle, avec 358.394 entrées.

Dans l'absolu, beaucoup de films aimeraient bien avoir un tel "insuccès". Sauf qu'il faut resituer d'où l'on part. Papy fait de la résistance, sorti six ans plus tôt, avait attiré 4,1 millions de spectateurs. La comédie Twist again à Moscou, le précédent film de Poiré sorti en 1986, avait séduit plus de 1,36 millions de spectateurs, et c'était déjà considéré comme un semi échec.

"Ce n'était pas un tournage amical, c'était très studieux"

Largement écrit sous l'influence du film Les copains d'abord de Lawrence Kasdan, le tournage de Mes meilleurs copains a laissé un souvenir contrasté à son réalisateur, comme il s'en est longuement épanché dans le dernier numéro trimestriel du mook Schnock justement consacré au film. "Ce n'était pas un tournage amical, c'était très studieux" prévient-il.

Un tournage compliqué et sous tension, notamment avec Jean-Pierre Bacri, qui incarne un homosexuel "qui ne baise plus depuis 1983", comme il le lâche dans une réplique, à cause des ravages du sida dans ces années-là.

"Je me suis frité avec Bacri. Et pourtant, je m'étais battu pour qu'il soit dans le film. Je l'avais adoré dans la Septième cible de Claude Pinoteau. Un jour, je lui ai hurlé dessus pendant une scène devant toute l'équipe. On n'arrivait pas à s'entendre sur Guido, cet homosexuel qui ne baisait plus depuis 1983. Je voulais qu'il soit plus expressif, plus maniéré, c'était hors de question pour lui.

Les Films Christian Fechner

"Aujourd'hui encore, je le regrette, d'autant que je sais qu'il l'avait très mal vécu" confie le cinéaste, âgé de 79 ans. "Des années plus tard, il est allé à une masterclass au cours Florent, je crois, et on lui a beaucoup parlé de Mes meilleurs copains, ce qui l'avait un peu agacé. Il a dit sur scène : "Poiré est un enculé !" Il se trouve qu'un de mes amis était dans la salle et l'a interpellé : "vous ne pouvez pas dire ça, Poiré, c'est quand même un génie de la comédie".

Bacri a répondu : "c'est peut-être un génie, mais c'est un enculé". Des années plus tard, j'ai pu m'excuser. Il était invité d'une grande émission de télé en direct, un 20h je crois. Une équipe était venue m'interviewer, notamment sur cette fameuse altercation pendant le tournage.

J'avais regardé la caméra et j'avais dit : "Jean-Pierre, je te fais mes excuses. Je t'adore, je suis vraiment con de t'avoir parlé comme ça, j'étais énervé, on était en retard, tu es génial dans le film, et rien ne justifie de t'avoir parlé comme ça". Retour antenne, Bacri essuie une larme. Il est mort peu de temps après".

Emouvante anecdote concernant un génial acteur aux pudeurs atrabilaires, qui manque cruellement dans le cinéma français.

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