"C'était une période tellement intense" : il y a 40 ans, Terry Gilliam s'est "battu avec Universal" pour livrer ce chef-d'oeuvre de la science-fiction noté 4,1 sur 5
Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.

Dans un entretien accordé au site Deadline, le réalisateur Terry Gilliam partage quelques réflexions sur son chef-d'oeuvre "Brazil", sorti voilà 40 ans, qui reste d'une sidérante actualité. Et qu'il a eu toutes les peines du monde à faire...

En route pour le festival du film d'Umbria en Italie, qui doit projeter le week end prochain Brazil, son chef-d'oeuvre sorti en 1985 et qu'il avait eu, comme souvent hélas dans sa carrière, toutes les peines du monde à faire, Terry Gilliam s'est entretenu avec le site Deadline pour livrer quelques réflexions autour de son film culte.

"Je ne veux plus me battre"

Un cinéaste un peu désabusé aussi, lorsqu'il contemple le paysage hollywoodien actuel et la difficulté d'y faire des films en marge des Majors. "je ne veux plus me battre" dit-il, alors qu'il évoque le tour de table pour financer ce qui est censé être son prochain film, The Carnival at the End of Days; le premier depuis 2018.

Ses anciens films, il refuse de les voir et / ou de se replonger dedans, à l'exception des Aventures du Baron de Münchausen, soulignant qu'il n'est plus ce cinéaste presque toujours en porte-à-faux avec les studios, bridant perpétuellement sa vision créatrice.

"Ce type s'est épuisé il y a quelques années, ou, je crois qu'il est mort. [...] il ne vit plus dans ce corps, c'est tout ce que je peux dire. Et je vais vous dire, je ne regarde pas mes films après les avoir terminés, et cela fait peut-être deux ans maintenant, j'ai supervisé la version 4k des Aventures du Baron de Munchausen, et je ne l'avais pas regardé depuis si longtemps, parce que toute l'expérience avait été si cauchemardesque et douloureuse"...

"C'était presque amusant de se battre avec Universal"

Brazil, donc, qui souffle ses 40 bougies. Cité pour deux Oscars et récompensé par deux BAFTA, le film est centré sur Sam Lowry, incarné par Jonathan Pryce, qui travaille dans les archives tentaculaires d'une mégalopole régie par une bureaucratie sans visage et un département de l'information omniscient.

Lorsqu'une bande de terroristes commence à semer le chaos, Sam échappe à la monotonie grise de son travail de bureau grâce à des visions vives et oniriques - jusqu'à ce que la réalité et le fantasme entrent en collision avec des conséquences explosives.

Inscrit dans la légende du film, le conflit entre Terry Gilliam et ses producteurs, notamment Sid Sheinberg, à l'époque à la tête d'Universal, a abouti à pas moins de trois versions différentes du film. Au centre des débats : la fin de l'intrigue, jugée trop sombre par la Universal.

Universal

Remanié avec un happy end dans ce qui sera connu comme la version de Sheinberg ou "Love Conquers All", le film et ses 94 minutes provoque la colère de Terry Gilliam, qui décide de retravailler Brazil avant sa sortie américaine en décembre 1985, pour une durée de 132 minutes. Enfin, l'Europe peut apprécier la version réalisateur de 142 minutes.

Symptomatique de cette lutte acharnée et des mauvaises relations entre Terry Gilliam et Sidney Scheinberg, le nom du patron d'Universal est repris dans les crédits de Brazil sous la dénomination "worst boy", soit "pire garçon". La version Director's cut du film est par conséquent celle qui fut destinée au marché européen.

"C'était une période tellement intense, non pas la réalisation du film, mais la lutte pour que le film sorte tel que nous l'avons fait - c'était très intense et intéressant. En repensant à cette époque, je me dis : "C'était presque amusant de se battre avec Universal" confie Gilliam.

"J'étais tellement déterminé à ce qu'ils ne modifient pas le film. En conséquence, j'ai été pendant un certain temps porté aux nues par d'autres cinéastes qui pensaient que j'avais changé les règles. Il y a eu une petite ouverture pendant quelques semaines, puis ca s'est refermé. Il faut décider si l'on veut une carrière ou si l'on veut faire son film comme on l'entend. C'est simple".

Et d'asséner cette petite leçon pour la route : "Les gens viennent me voir et me disent : "Comment avez-vous compris que le monde allait être tel qu'il est aujourd'hui ?" Je leur réponds : "Il suffit de garder les yeux ouverts". En fait, la plupart des gens ne pensent pas à l'avenir. Ils semblent se contenter de gérer le bruit quotidien".

Si vous n'avez jamais vu cette merveille qu'est Brazil, le film est actuellement disponible sur Disney+.

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