Un diner, deux criminels et une chaleur qui tue : Last Stop : Yuma County réinvente le western dans un thriller haletant
Élise Gries-Braun
Élise Gries-Braun
-Rédactrice ciné-séries
Apaisée à la seule vue de la cassette de Mary Poppins et au déhanché de John Travolta, Élise passe allègrement de la chanson aux larmes, avec une préférence pour les comédies dramatiques françaises et les films indépendants d'ici ou d'ailleurs.

Et si un arrêt pour faire le plein tournait au cauchemar ? En salle cette semaine, Last Stop :Yuma County est un thriller intense, plein de rebondissements, où l’ambiance suffocante du désert d’Arizona devient le théâtre d’un face-à-face explosif…

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Au milieu du désert, une station-service se retrouve à sec. Dans le diner attenant, des clients arrivent au compte-goutte pour attendre l’arrivée du camion-citerne censé les ravitailler. Ils pensent que le pire, c’est la chaleur, mais c’est sans compter sur l’arrivée de deux braqueurs en cavale dans le restaurant.

Entre film noir et néo-western : du suspens à l’état brut

Francis Galluppi réalise un véritable exploit dans ce premier long métrage - lauréat du Prix du Public au Festival de Reims Polar 2024 - en jouant avec les codes du western pour créer un thriller particulièrement efficace. La recette du suspense, on la doit d’abord au lieu savamment choisi : un diner. Le réalisateur raconte : “En explorant les environs de Los Angeles pour les repérages, je suis tombé sur le Four Aces (...). Après avoir pris plusieurs photos et étudié l’aménagement du diner, je me suis mis à écrire le scénario précisément pour cet endroit.” Le diner est donc traité à l’image comme un personnage à part entière et constitue “une sorte de piège qui se referme lentement sur tous ceux qui s’y trouvent.”

Last Stop : Yuma County
Last Stop : Yuma County
Sortie : 6 août 2025 | 1h 30min
De Francis Galluppi
Avec Jim Cummings (II), Faizon Love, Jocelin Donahue
Presse
3,2
Spectateurs
3,8
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Enfin, le réalisateur assume avoir nourri son film d’un tas de références filmiques en multipliant les clins d’œil assumés aux grands maîtres du suspense et du film noir : “La Corde et Tuez Charley Varrick ! m’ont beaucoup inspiré”. Dans le film, l’un des personnages évoque La Balade sauvage de Terrence Malick, tandis que les noms de famille sont ouvertement empruntés à ceux de James Stewart et Dick Hogan dans La Corde d'Alfred Hitchcock. À cela s’ajoute le décor aride qui n’est pas sans rappeler l’atmosphère tendue de No Country for Old Men des frères Coen.

The Jokers Films

La poussière, la chaleur, le silence, la musique angoissante… Tout transpire le western dans Last Stop : Yuma County. Le film s’ouvre sur une route désertique, presque irréelle, et une Ford Pinto verte qui semble sortie d’un autre temps. Ce cadre minimaliste, à la frontière de l’Arizona et de la Californie, évoque les grandes étendues du western classique, mais ici l’action ne s’éparpille pas. Elle s’enferme dans un huis clos poussiéreux où la tension monte au rythme du soleil… Pas de saloon mais des armes bien présentes, des duels de regards avec la promesse d’un bain de sang, et un crescendo inexorable vers la violence.

Un mise en scène parfaitement maîtrisée, digne des grands noms du genre

Scénariste, réalisateur et monteur du film, Francis Galluppi fait preuve d’un sens du rythme et du découpage qui évoque les grands noms du cinéma de genre. Pas de mouvements de caméra superflus, pas d’effets gratuits : dès les premières minutes, chaque plan s’avère savamment pensé. Et c’est ce qui rend le film d’autant plus puissant : il ne cherche jamais à séduire visuellement, il cherche à contrôler l’attention du spectateur, et il y parvient.

The Jokers Films

La minutie se prolonge jusque dans la chorégraphie de la violence. Une séquence de fusillade a par exemple été répétée pendant des semaines, d’abord dans le salon du réalisateur : “J’ai tourné cette scène plusieurs fois, dans mon salon, avec mon iPhone, tandis que ma femme jouait tous les personnages !”, avant d’être retravaillée plan par plan jusqu’à atteindre un niveau de précision quasi chirurgical.

La violence montrée n’est pas celle d’un film d’action mais celle, plus crue, d’une situation qui dégénère. Silences pesants, dialogues espacés, regards longs, ralentis : le cinéaste joue également avec le rythme comme un instrument de torture émotionnelle. Il n’a pas peur du temps mort, au contraire, il s’en sert pour faire monter la pression.

Enfin, il faut saluer la performance exceptionnelle des acteurs, criant de vérité et de spontanéité. La plupart des rôles ont en réalité été écrits pour chacun des acteurs, confie le réalisateur. “J’avais vu Nicholas Logan dans I Care A Lot et Sierra McCormick dans The Vast of Night, et j’ai toujours adoré Jim Cummings. Une fois le scénario finalisé, je leur ai écrit une lettre personnalisée à chacun et j’ai eu énormément de chance. Ils ont tous aimé le script”.

L’ironie noire et l’humour décalé comme armes de surprise

Si Last Stop : Yuma County nous plonge dans un suspense étouffant, il le fait avec une ironie tragique et mordante : la présence de shérifs dans un futur lieu de crime, la malchance dont sont victimes les otages… Dans ce désert de chaleur et de sang, l’humour noir affleure là où on l’attend le moins, et c’est précisément ce qui donne au film sa saveur unique. Ce n’est pas une comédie et pourtant le spectateur rit. Pas franchement, pas confortablement — mais d’un rire nerveux, parfois coupable, arraché par la maladresse des criminels et le flegme des otages.

Les personnages, bien que rocambolesques, ne sont pas des bandits de western stylisés ou des génies du braquage, ce sont des hommes et des femmes plutôt ordinaires, souvent dépassés, parfois pitoyables. Et c’est dans ces failles que s’infiltre le comique. ”Je cherche toujours à apporter un peu de légèreté au sein même des scènes les plus violentes”, confie le réalisateur. Face à la montée inévitable de la violence, Last Stop : Yuma County utilise l’humour pour désamorcer, détourner, et frapper plus fort pour mieux nous surprendre.

Cette semaine, rendez-vous en salle pour découvrir ce thriller tendu, brûlant, et absolument moderne. Si vous aimez la folie des frères Coen et les punchlines de Tarantino, foncez voir cette pépite en salle dès le 6 août !

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