Grand acteur unanimement respecté par ses pairs et à la carrière très éclectique, Stellan Skarsgard était invité la semaine dernière dans le cadre du festival international du film de Karlovy Vary, situé en République Tchèque, où il faisait la promotion de son dernier film, Valeur sentimentale, reparti auréolé du Grand Prix au dernier festival de Cannes. Mais aussi pour y recevoir un prix.
L'occasion aussi pour lui d'y faire une masterclass, dans laquelle l'acteur balayait sa carrière, dans une salle bondée. Et de lâcher cette petite bombe qui a médusé l'assistance, en évoquant sa collaboration avec le cinéaste de légende que fut Ingmar Bergman, qu'il a notamment connu comme metteur en scène au sein du prestigieux théâtre royal de Stockholm.
"Bergman était un manipulateur"
"Ma relation compliquée avec Bergman est liée au fait qu'il n'était pas un type très sympathique. C'était un réalisateur sympathique, mais on peut toujours dénoncer une personne comme étant un trou du cul. Le Caravage était probablement un connard lui aussi, mais il a fait de grandes peintures" a-t-il lâché, dans des propos relayés en premier par Variety.
Il ajoute : "Bergman était un manipulateur. Il était nazi pendant la guerre et la seule personne que je connaisse à avoir pleuré à la mort de Hitler. On n’arrêtait pas de le pardonner, mais j’ai l’impression qu’il avait une vision très étrange des autres. [Il pensait] que certaines personnes n’étaient pas dignes (de vivre). On le sentait, quand il manipulait les autres. Il n’était pas quelqu’un de bon".
Toutefois, ce ne sont pas là de nouvelles révélations. Ingmar Bergman avait raconté cette période dans son autobiographie Laterna Magica, publiée en 1987. Il y avait raconté son admiration pour Adolf Hitler lorsqu'il était un adolescent de 16 ans, alors qu'il séjournait en vacances chez des amis en Allemagne, en 1934. "Pendant de nombreuses années, j'ai été du côté d'Hitler, ravi de ses succès et attristé de ses défaites" avait-il écrit.
Il reviendra à nouveau sur cette période en 1999, dans un ouvrage écrit par Maria-Pia Boëthius, qui évoquait la supposée neutralité de la Suède pendant la guerre. Il a expliqué à Boëthius qu'il avait soutenu les nazis jusqu'à la fin de la guerre, lorsque la révélation des atrocités commises par les nazis pendant l'Holocauste l'a fait changer d'avis : "Lorsque les portes des camps de concentration ont été ouvertes, j'ai soudain été privé de mon innocence".