Les esprits chagrins n'ont pas manqué de souligner, non sans une certaine amertume, que Martin Scorsese a finalement reçu l'Oscar du meilleur réalisateur pour un film qui est en réalité un remake d'un formidable polar HK, Infernal Affairs, et non pour ses oeuvres passées comme Casino, Raging Bull ou Les Affranchis. il n'empêche.
Les Infiltrés reste un formidable film, puissamment habité notamment par un Jack Nicholson absolument génial et terrifiant, sous les traits de Frank Costello, inspiré du vrai parrain local de Boston, James "Whitey" Bulger. Entre les impros de Nicholson qui ont tétanisé Leonardo DiCaprio, les prestations impeccables d'un casting à l'unisson, que ce soit Mark Wahlberg, Matt Damon, Vera Farmiga ou Ray Winstone pour n'en citer qu'une poignée, le film de Scorsese mérite largement les honneurs.
Des infiltrés qui se font repasser par la Chine
L'Empire du Milieu n'a hélas pas eu la chance de découvrir le film du maître. On pourrait penser que les projections ont été interdites en Chine en raison de la violence du film. Mais ce n'est pas cela qui a causé sa perte auprès des membres du bureau de la censure de Pékin, toujours prompt à jouer du ciseau.
Le film a eu l'outrecuidance de suggérer, au détour d'un dialogue dans une scène, que le gouvernement chinois pourrait faire usage d'une frappe nucléaire contre Taïwan. Largement suffisant pour provoquer l'ire de Pékin, qui a interdit le film; Scorsese refusant de couper le passage incriminé.
"Il n'y a aucune chance que Les Infiltrés soit diffusé dans les cinémas de Chine continentale, car [le réalisateur] a refusé de modifier une partie de l'intrigue décrivant comment Pékin souhaitait acheter du matériel informatique militaire de pointe" avait déclaré une source du Ministère de la Culture chinois auprès de l'agence Reuters.
La scène en question met en scène le chef mafieux incarné par Nicholson et ses hommes de main, parmi lesquels Billy Costigan, interprété par DiCaprio. Ils se retrouvent dans un entrepôt de Boston avec un groupe d'agents secrets armés travaillant pour les autorités chinoises, qui leur remettent une valise remplie d'argent liquide en échange d'une technologie de pointe dans le domaine des puces informatiques.
Le précédent Kundun
Ce n'est pas la première fois qu'un film de Martin Scorsese subit les foudres de la féroce censure chinoise. En 1997, son film Kundun fut banni, parce qu'il présentait la Chine sous un jour négatif, en raison de l'invasion du Tibet en 1950-1951.
Le Dalaï-Lama est considéré par les Autorités de Pékin comme un leader séparatiste et une menace pour le contrôle chinois de cette région de l'Himalaya. Disney, qui avait produit et distribué ce film, était passé outre les avertissements des Autorités chinoises durant la production du film.
En retour, la société avait subi une mesure de rétorsion temporaire : tous les films du catalogue de la firme furent interdits. Cette interdiction fut levée deux ans plus tard, pour la sortie du film animé Mulan.