5 secondes seulement à l'écran : 49 ans après, même les plus grands fans de ce film culte n'ont pas remarqué cette apparition fugace
Vincent Formica
Vincent Formica
-Journaliste cinéma
Martin Scorsese est le metteur en scène préféré de Vincent Formica. Plus que ça, c'est un mentor, une figure tutélaire. Il se sent proche des obsessions du réalisateur, dont tous les films résonnent particulièrement dans son âme, notamment ceux traitant de la religion.

Chef-d'oeuvre du 7ème art, "Taxi Driver" fourmille de petits détails, dont l'apparition d'une légende du cinéma que vous avez peut-être raté !

En 1976, Martin Scorsese dynamite le monde du cinéma avec Taxi Driver, une oeuvre majeure qui deviendra un grand classique du 7ème art. Porté par Robert De Niro dans un de ses rôles les plus mythiques, il nous raconte l'histoire de Travis Bickle, un vétéran de la guerre du Vietnam souffrant de stress post-traumatique.

Devenu chauffeur de taxi dans la ville de New York, il travaille la nuit à cause de ses insomnies. Ses rencontres nocturnes et la violence quotidienne dont il est témoin lui font peu à peu perdre la tête. Il se charge bientôt de délivrer une prostituée mineure de ses souteneurs.

Taxi Driver
Taxi Driver
Sortie : 2 juin 1976 | 1h 55min
De Martin Scorsese
Avec Robert De Niro, Jodie Foster, Harvey Keitel
Presse
4,8
Spectateurs
4,3
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Fascinant et inquiétant

Si vous connaissez bien le film, vous vous souviendrez sans doute de l'apparition de Martin Scorsese, qui joue un petit rôle aux côtés de Robert De Niro. Le cinéaste incarne un inquiétant passager du taxi de Travis ; trompé par sa femme, il envisage de la tuer, elle et son amant, avec un 357 Magnum.

Aussi fascinant que dérangeant, ce personnage reste marquant par la sobre démonstration de sa rage intériorisée. Déclamant un monologue empreint de misogynie et de racisme, il dévoile son plan cruel avec un calme olympien. Cette scène, intense et mémorable, n’était pas prévue. En effet, Martin Scorsese a remplacé au dernier moment un acteur absent pour blessure.

Bien évidemment, les cinéphiles auront reconnu le metteur en scène, cette séquence étant une des plus notables du film. Cependant, saviez-vous que Martin Scorsese faisait un caméo à un autre moment du récit ? Ce dernier est bien plus fugace et ne dure qu'une poignée de secondes.

Marty observe dans l'ombre

Nous sommes à 10 minutes et 35 secondes après le début du film. Travis écrit quelques lignes sur son journal à propos de Betsy, la jeune femme dont il est tombée amoureux, jouée par Cybill Sheperd. On la voit déambuler dans les rues de New York et entrer dans un bâtiment, le tout rythmé par la voix-off de Travis.

Columbia Films

Utilisant un petit effet de ralenti bien senti, Scorsese filme l'entrée de Betsy dans l'immeuble avec une certaine poésie nimbée de tendresse. Si vous ouvrez bien les yeux, vous verrez le réalisateur en personne apparaître dans le champ. Il est assis sur un petit muret, observant silencieusement la jeune femme.

Cette apparition, d'une étonnante élégance, possède une grâce onirique qui dénote avec le reste du film. Sous ses allures enchanteresses, elle symbolise une certaine paranoïa, celle que développe Travis, et qui prend forme à travers le regard de Martin Scorsese ; ce dernier semble surveiller Betsy dans ses moindres faits et gestes.

Le voyeur

L'homme est figé dans une posture de surveillance passive, presque de voyeurisme, comme un témoin muet de ce monde urbain aliéné (assez cocasse d'ailleurs quand on sait que l'un des films préférés de Scorsese est Le Voyeur).

Cela installe une sensation de malaise, comme si ce personnage représentait l'esprit torturé de Travis, présent dans l'ombre, solitaire, coincé dans son obsession malsaine envers Betsy.

On peut aussi y décoder une certaine montée en puissance de l'aliénation de Bickle ; il passera d'observateur passif à dangereux psychopathe capable d'un passage à l'acte violent. Par ailleurs, ce petit caméo peut également symboliser une autocritique discrète du rôle du cinéaste lui-même, qui regarde et expose aux yeux du monde un monde malade, tout en y prenant part.

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