C’est l’un des monologues les plus puissants de tous les temps : 27 ans après, il nous bouleverse encore grâce à Robin Williams
Vincent Formica
Vincent Formica
-Journaliste cinéma
Bercé dès son plus jeune âge par le cinéma du Nouvel Hollywood, Vincent découvre très tôt les œuvres de Martin Scorsese, Coppola, De Palma ou Steven Spielberg. Grâce à ces parrains du cinéma, il va apprendre à aimer profondément le 7ème art, se forgeant une cinéphilie éclectique.

En 1998, le regretté Robin Williams a délivré un des plus mémorables monologues de l'Histoire du cinéma. Retour sur un petit bijou d'écriture, sublimé par la performance exceptionnelle de l'acteur culte, disparu en 2014.

En mars 1998, Will Hunting débarque dans les salles obscures et fait figure de petite bombe cinématographique. Deux jeunes acteurs prometteurs, Ben Affleck et Matt Damon, avaient réussi à mener à bien un projet qui leur tenait à coeur ! Ce long-métrage, ils l'ont écrit avec leurs tripes, et ils ont pu jouer dedans, sous la direction du prestigieux Gus Van Sant.

Will Hunting
Will Hunting
Sortie : 4 mars 1998 | 2h 06min
De Gus Van Sant
Avec Matt Damon, Robin Williams, Ben Affleck
Presse
3,2
Spectateurs
4,1
Streaming

Il y a 27 ans, ils ont réussi un coup de maître avec cette oeuvre, remportant l'Oscar du Meilleur scénario original, permettant aussi à Robin Williams de gagner la statuette du Meilleur second rôle. Et c'est ultra mérité tant la performance du comédien est extraordinaire.

Miramax

Will Hunting le génie

L'histoire nous présente donc Will Hunting, un jeune homme possédant un don exceptionnel : c’est un véritable génie des mathématiques. Mais derrière cette intelligence hors norme se cache une personnalité rebelle, imprévisible et profondément marquée par une enfance difficile.

Originaire de South Boston, un quartier populaire de la ville, Will a quitté l’école très tôt, tournant le dos à l’avenir brillant que ses capacités lui offraient. Aujourd’hui, il partage son quotidien entre ses amis de toujours, les bars de son quartier et quelques bagarres de rue. Son comportement le conduit régulièrement à des ennuis avec la justice, et il risque cette fois de finir sous les verrous.

C’est alors que le professeur Lambeau, un chercheur réputé du prestigieux MIT, repère son incroyable talent en mathématiques et décide de lui tendre la main. Pour lui éviter la prison, un marché est proposé : Will devra suivre des cours avancés de mathématiques, mais aussi entamer une thérapie.

Il rencontre alors un certain Sean Maguire, psychologue peu conventionnel, lui-même marqué par les blessures de la vie. Au fil de leurs échanges, une relation complexe se tisse entre les deux hommes, entre confrontation et confiance. Peu à peu, Will va être confronté à ce qu’il fuit depuis toujours : ses émotions, ses traumatismes, et la peur d’aimer… et d’être aimé.

Matt Damon et Robin Williams se livrent à une splendide joute verbale, qui atteint son apogée lors d'une séance étonnante sur un banc entre les deux protagonistes. Lors de leur premier échange, Will a attaqué Sean sur un tableau représentant la femme défunte de celui-ci. Sean, blessé, a failli en venir aux mains avec son arrogant patient ; il l'invite alors à le retrouver dans un parc. C’est là que se déroule ce monologue devenu culte.

Miramax

Un monologue magistralement déclamé

"Alors, qu'est-ce qu'on fait là ? On se paye un instant privilégié entre mecs ?" Demande Will. "C'est sympa cet endroit. C'est votre truc, les cygnes ou quoi ? C'est un genre de fétichisme ou je sais pas... Ça vaut peut-être qu'on passe un moment là-dessus", poursuit-il, sur un ton sarcastique.

Sean lui délivre alors un monologue absolument captivant, une leçon de vie qui va faire figure d'électrochoc pour le jeune Will.

"J’ai réfléchi à ce que tu m’avais dit l’autre jour, à propos de ma peinture ; j’ai passé la moitié de la nuit à y réfléchir. Et puis j’ai eu un flash. Après je me suis paisiblement endormi, et depuis je n’ai pas pensé à toi. Tu sais ce que j’ai compris ? Tu n’es qu’un gosse. Tu parles sans avoir la moindre idée de ce dont tu parles. Tu n’es jamais sorti de Boston.

Si je te dis de me parler d’art, tu vas me balancer un condensé de tous les livres sur le sujet. Michel-Ange, tu sais plein de trucs sur lui. Sur son oeuvre, sur ses choix politiques, sur lui et sur le pape, ses tendances sexuelles, tout le bazar quoi. Mais je parie que ce qu’on respire dans la Chapelle Sixtine, son odeur, tu connais pas.

Tu ne peux pas savoir ce que c’est que de lever les yeux vers le magnifique plafond. Tu sais pas. Si je te dis de me parler des femmes, tu vas m'offrir un topo sur les femmes que tu as le plus aimées, il t'ait peut-être même arrivé de baiser quelques fois, mais tu ne sauras pas me décrire ce que c'est que de se réveiller près d’une femme et de se sentir vraiment heureux.

Tu es un coriace ; si je te faisais parler de la guerre c’est probablement tout Shakespeare que tu me citerais : « Une fois de plus sur la brèche, mes amis ! ». Mais tu n’as pas vécu la guerre. Tu n’as jamais tenu contre toi ton meilleur ami. Tu ne l’as pas vu haleter jusqu’au dernier souffle avec un regard qui implore.

Miramax

Si je te fais parler d’amour, tu vas probablement me dire un sonnet. Mais tu n’as pas connu de femme devant qui tu t’es senti vulnérable. Une femme qui t’ait étalé d’un simple regard. Comme si Dieu avait envoyé un ange sur Terre pour toi. Pour t’arracher aux profondeurs de l’enfer. Et tu ne sais pas ce que c’est d’être son ange à elle. Et de savoir que l’amour que tu as pour elle est éternel. Et survivra à tout. Même au cancer.

Et aux nuits passées assis dans une chambre d’hôpital pendant des mois en lui tenant la main, parce que les médecins ont lu dans tes yeux que tu n’as pas l’intention de te plier aux heures de visite. Tu ignores ce que c’est que de perdre quelqu’un. Parce qu’on ne connaît ça que quand on sait aimer plus qu’on ne s’aime soi-même. Je doute que tu aies jamais osé aimer à ce point.

Quand je te regarde, ce n’est pas un homme intelligent et solide que je vois. Ce que je vois, c’est un gosse culotté, qui meurt de trouille. Mais tu es un génie Will, ça, personne ne le nie. Personne ne pourrait comprendre ce qui est au fond de toi. Mais toi tu présumes que tu sais tout de moi parce que tu as vu une toile que j’ai peinte et ça, ça te permet de disséquer ma vie.

Tu es orphelin, n’est-ce pas ? Tu crois que je sais quelque chose des difficultés que tu as rencontrées dans la vie, de ce que tu ressens, de ce que tu es, sous prétexte que j’ai lu Oliver Twist ? Est-ce que ça suffit à te résumer ? Personnellement, j’en ai vraiment rien à foutre de tout ça, parce que je vais te dire, je n’ai rien à apprendre de toi que je ne lirai pas dans n’importe quel bouquin.

À moins que tu veuilles me parler de toi. De qui tu es. Là ça m’intéresse. Là je suis à toi. Mais c’est pas ce que tu veux faire, hein vieux ? Tu as trop peur de ce que tu pourrais dire. La balle est dans ton camp."

Magistralement déclamé par Robin Williams (mais aussi par sa voix française, Michel Papineschi), ce monologue est l'un des plus puissants du cinéma. C'est une leçon de vie magistrale et universelle, délivrée par un homme brisé mais d'une solidité mentale hors du commun.

À partir de ce moment-là, Will Hunting va comprendre que la véritable sagesse ne vient pas de l’intelligence ou des livres, mais de l’expérience, de la vulnérabilité et des relations humaines. Sean a réussi à briser sa carapace et le jeune homme va enfin se livrer à lui et parvenir à libérer sa parole.

Si vous avez envie de (re)voir Will Hunting, le film est disponible sur la plateforme Netflix.

FBwhatsapp facebook Tweet
Sur le même sujet