En 1972, 4 années après avoir marqué les esprits du monde entier avec 2001, L'Odyssée de l'espace, Stanley Kubrick était de retour avec sa nouvelle oeuvre : Orange Mécanique. À l'époque, le cinéaste était déjà considéré comme un génie visionnaire et chaque nouveau film était attendue comme le Messie.
Par conséquent, au moment de découvrir les premières images d'Orange Mécanique, le public était fébrile. Après avoir exploré la science-fiction expérimentale avec 2001, Kubrick revenait à des considérations plus terre à terre.
Le metteur en scène américain nous entraîne dans un 21ème siècle gangrené par la violence et la dépravation. Alex (Malcolm McDowell), jeune chef de gang, sème la terreur avec un sadisme glaçant. Mais lorsqu’il est capturé, l’État voit en lui un cobaye idéal pour une expérience radicale : éradiquer le crime en reprogrammant l’esprit humain. Une descente brutale dans les abîmes du contrôle mental et de la liberté broyée.
Warner
Une bande-annonce loufoque et dérangeante
Au début des années 70, pour donner envie au public d'aller voir le film, le studio Warner Bros avait dévoilé une bande-annonce qui a fait date. Rythmées par la musique entraînante composée par Gioachino Rossini, L'ouverture de Guillaume Tell, ces images clipesques montraient des petits morceaux du film. Ces derniers étaient entrecoupés de mots écrits en grosses lettres blanches sur fond noir.
On pouvait lire notamment des adjectifs qualifiant le long-métrage : "Métaphorique", "Sardonique", "Comique", "Stimulant", "Musical", "Subtil", "Politique", "Effrayant" ou encore "Satirique". La bande-annonce se termine avec le titre du film, apparaissant en gros, le tout sublimé par des lumières rouges clignotantes.
Des images qui valent 1000 mots
Evidemment, il ne faut pas souffrir d'épilepsie en regardant ces images, qui s'enchaînent à vitesse grand V, sans vraiment s'imprimer sur la rétine. On retient surtout les adjectifs qualifiant le film, le tout entrecoupé de plans étranges sans contexte, alternant violence, érotisme et bizarreries, ce qui contribue à l'aura de mystère entourant ce projet de Kubrick.
De plus, cette bande-annonce casse les codes avec son montage ultra-rapide, bombardant le spectateur d'images dérangeantes. La musique contribue aussi à installer une atmosphère angoissante et absurde, suscitation la curiosité du public grâce au décalage ainsi créé. Sans voix-off ni dialogues explicatifs, elle joue sur le mystère, le choc, la curiosité, et l’interdit.
In fine, la bande-annonce d'Orange Mécanique choque, séduit et intrigue, comme le film lui-même. Elle ne vend pas une histoire, mais vante une expérience sensorielle et morale, un voyage dans l’inconfort.
Par son esthétique visuelle et sonore, elle évoque un univers halluciné, déformé, quasi surréaliste. Toute ce qui caractérise au final le cinéma de Stanley Kubrick. C’est ce qui la rend aussi marquante, encore aujourd’hui.