Il est toujours intéressant de se plonger dans les archives; encore plus avec 30 ans de recul. Dans un entretien filmé accordé à la BBC en 1995, Tom Cruise, qui venait de tourner Entretien avec un vampire de Neil Jordan, était questionné sur le choix de ce rôle. Plus précisément, le journaliste lui demandait si son rôle de Lestat et la tension homo érotique qui se dégage de son personnage ne risquait pas de ruiner son image.
"Vous savez, je ne peux pas contrôler ce que les gens vont penser, dire, ou écrire. Je ne suis pas très bon quand il s'agit de penser à moi à la 3e personne du singulier. Donc ca n'a jamais été un problème pour moi sur ce que les gens vont penser quand je jouerai ce personnage, ou si j'allais perdre mon public. Chaque film que je fais est très différent. [...] Si vous travaillez dur pour faire de bons films, les gens viendront les voir.
Avec les vampires, ce n'est pas une question d'homme ou de femme. Ca peut certainement être vu comme une métaphore. [...] Je ne vais pas expliquer aux spectateurs ce qu'est le film, c'est à eux de décider". De l'art subtil de s'en tirer par une pirouette.
"Son venin fait mal..."
Porté par son duo Tom Cruise et Brad Pitt, Entretien avec un vampire, sorti en décembre 1994 chez nous, sera un joli succès en France, avec 1,63 millions d'entrées. Et même au Box Office mondial, avec plus de 223 millions $ de recettes.
Un beau succès pour Tom Cruise, qui avait pourtant essuyé les foudres de l'auteure Anne Rice, qui s'opposait catégoriquement et publiquement à ce qu'il incarne le personnage principal. Au magazine Esquire, Cruise dira : "Quand j'ai eu vent de ça, ca m'a touché. Son venin fait mal... D'ordinaire, vous ne commencez pas un film avec quelqu'un qui ne veut pas de vous. C'est inhabituel".
A la faveur de la romancière, il faut quand même souligner que nombreuses furent les personnes qui estimèrent à ce moment là que le recrutement de Tom Cruise dans un film de costumes du XVIIIe siècle, qui plus est dans le rôle d'un vampire, était ni plus ni moins que l'erreur de casting du siècle.
En dépit de son hostilité farouche sur Tom Cruise, la romancière fut la première à reconnaître son erreur de jugement, après avoir vu le film. Elle eu l'élégance d'acheter dans la bible hollywoodienne Variety deux pages pour y écrire une sorte de lettre ouverte, en forme d'amende honorable, en expliquant avoir aimé le film. Plus tard, elle écrira ce long billet couvrant d'éloges Tom Cruise, le comparant même à la légendaire performance de Laurence Olivier dans le rôle d'Hamlet.