Sorti après le Platoon d'Oliver Stone, Full Metal Jacket de Stanley Kubrick souffrit à l'époque de la comparaison avec son prédécesseur, et il fallut quelques années avant qu'il ne se hisse légitimement au rang de chef-d'oeuvre et de film culte, visant davantage une approche semi documentaire et mentale du conflit.
Pour le Critique français - et ami de Kubrick-, Michel Ciment, "le choix du Viêtnam comme cadre de son nouveau film ne saurait surprendre. Le cinéaste a toujours été concerné par les fractures historiques. [...] Kubrick est fasciné par ces périodes où le monde bascule, ce tournant étant le corrélatif objectif de la perte du contrôle de leur destin par les individus. S'il prend appui sur la guerre du Viêtnam, Full Metal Jacket débouche davantage sur une peinture sans illusion de l'instinct d'agression qui anime les hommes".
Cinéaste légendairement réputé pour sa méticulosité obsessionnelle (voir à ce sujet l'incroyable anecdote racontée par Matt Damon à propos de Shining) au point de n'avoir aucun état d'âme à faire faire à ses acteurs plus d'une centaine de prises à l'image de la malheureuse Shelley Duvall ou Ryan O'Neal sur Barry Lyndon, Kubrick était le maître absolu des horloges. Pour Full Metal Jacket, puisque c'est le film dont on parle, il demandera un engagement sans faille de ses équipes -casting compris bien entendu- durant deux ans.
"Laissez-moi vous raconter l'histoire d'une petite rébellion..."
Repérée par le site Filminquirer, Vincent D'Onofrio, qui incarnait génialement le souffre douleur du sadique sergent Hartman, le malheureux Grosse baleine, racontait une bien savoureuse anecdote de tournage concernant le maître. Cette anecdote se déroule durant l'une des fameuses séquences du film; celle du parcours du combattant au camp d'entraînement de Parris Island.
"Laissez-moi vous raconter l'histoire d'une petite rébellion. On est tous sur ce terrain, avec 300 figurants, ils sont tous britanniques. Tous ceux qui n'avaient pas de lignes de dialogues étaient britanniques. Il y avait ce grand cercle peint en jaune, délimité par des pneus, avec une centaine de gars autour. Il y avait trois cercles géants.
Stanley se trouve sur sa grue, tout en haut, avec sa focale, en essayant de faire un plan. Il est resté en haut vraiment très longtemps. Et tous ces britanniques [figurants] commençaient à avoir faim et soif, et à s'impatienter. Kubrick était toujours en haut de sa grue, et là on entend "descendez de votre grue !"
Rien ne se passe; Kubrick reste sourd aux demandes. "La même chose reprend. "Descendez de votre grue !" Là Kubrick fini par lâcher : "Qui a dit ça ?" Finalement, un des britanniques à l'arrière se lève et lance un "Je suis Spartacus !" Et un autre gars se lève et dit à son tour "Non, JE suis Spartacus !", et d'autres font la même chose. Cétait génial !"
Une très fameuse séquence du Péplum de Kubrick, qui se trouve à la fin, où, tandis que le général Crassus cherche le chef gladiateur vaincu, ses compagnons d'armes se désignent eux-mêmes. Au-delà de l'anecdote racontée par Vincent D'Onofrio, on ignore si Kubrick a apprécié sur le moment la référence à ce film qu'il a préféré renié...