Quand Hal débarque par la fenêtre de sa sœur Harper à 3 heures du matin pour l'emmener au McDonald's, on comprend tout de suite : cette relation frère-sœur n'a rien de normal ou d'ordinaire.
Ils n'ont aucune limite, se parlent constamment, et sont plus ou moins le centre de la vie de l'un et de l'autre. C'est attendrissant, drôle, et évidemment très malsain. Bienvenue dans Hal & Harper, la nouvelle série de Cooper Raiff qui débarque sur Mubi.
Un jeune réalisateur qui change de registre
Si le nom de Cooper Raiff ne vous dit rien, sachez que ce trentenaire américain s'est fait remarquer dans le cinéma indépendant avec deux films touchants : Shithouse et Cha Cha Real Smooth (avec Dakota Johnson).
Ses spécialités ? Les dialogues naturalistes, les histoires d'amour délicates, et un jeu d'acteur tout en pudeur. Et généralement peu de moyens, mais au service d'une mise en scène qui va droit à l'essentiel mais toujours avec une petite touche de poésie. Avec Hal & Harper, il quitte le terrain de la romance pour s'attaquer à un sujet encore plus complexe : la famille et ses traumatismes.
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Une fratrie figée dans le temps
Harper (Lili Reinhart, révélée dans Riverdale et prix de la Meilleure Actrice à SériesMania) a 24 ans, un job de bureau déprimant et une relation amoureuse qu'elle traîne sans conviction. Son petit frère Hal (joué par Cooper Raiff lui-même) est étudiant mais préfère fuir la fac pour traîner chez sa sœur.
Quant à leur père, campé par un Mark Ruffalo toujours impeccablement juste, il les aime profondément mais il a tendance à s'effacer émotionnellement quand les choses deviennent trop lourdes. Bref, cette famille fonctionne... mais pas vraiment.
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Le twist génial qui change tout
Quelques épisodes après le début, la série dévoile son atout majeur : pour explorer le traumatisme d'enfance qui a tout figé, et dont on ne dira rien ici, Raiff fait un choix radical. Dans les flashbacks, ce sont les acteurs adultes qui jouent leurs versions de 7 et 9 ans. Lili Reinhart domine un minuscule bureau d'école primaire. Cooper Raiff joue au basket contre des vrais enfants. Le résultat oscille entre le comique et le déchirant, littéralement.
Cette trouvaille visuelle n'est pas un simple gadget : elle matérialise parfaitement l'idée que ces deux-là ont dû grandir trop vite tout en restant coincés dans leur enfance. À 9 ans, Harper fumait en cachette et lisait des pavés littéraires. À 7 ans, Hal était déjà un anxieux qui cherchait à plaire à tout le monde. Quand on n'a pas pu être un enfant, on ne cesse jamais vraiment de l'être.
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Une série qui n'a pas peur d'aller loin
Malgré son humour léger et sa bande-son indie, Hal & Harper ne fait pas dans la facilité. Quand Harper pose enfin une limite à son frère et lui demande de partir, son visage se décompose. La série capture ces moments avec une justesse brutale. Sans ménagement.
Lili Reinhart livre ici une performance bluffante. Son personnage semble avoir tout sous contrôle, mais deux décennies de répression émotionnelle bouillonnent sous la surface. Quand ça explose, c'est dévastateur. Mark Ruffalo, en père aimant mais défaillant, trouve le parfait équilibre entre tendresse et égoïsme. Et Betty Gilpin, dans un petit rôle de nouvelle compagne du père, montre à quoi ressemble un amour sain et non toxique.
Hal & Harper est disponible sur Mubi à raison d’un épisode par semaine à partir du 19 octobre.