2025 s’impose comme une année décisive pour Hafsia Herzi, à la fois actrice et réalisatrice. Après avoir remporté le César de la meilleure actrice pour son rôle dans Borgo, son nouveau film, La Petite Dernière, présenté au Festival de Cannes, a rencontré un large succès. Sa comédienne principale, Nadia Melliti, y a décroché le prix d’interprétation féminine ainsi que la Queer Palm.
Révélée en 2007 dans La Graine et le Mulet d’Abdellatif Kechiche, Hafsia Herzi avait déjà été distinguée par le prix Marcello-Mastroianni à la Mostra de Venise et le César du meilleur espoir féminin. En 2019, elle passe derrière la caméra avec Tu mérites un amour, suivi de Bonne Mère en 2021.
Avec La Petite Dernière, son troisième long-métrage salué à Cannes, Hafsia Herzi s’impose désormais comme l’une des réalisatrices les plus importantes du cinéma français contemporain.
Adaptée du roman éponyme de Fatima Daas, publié en 2020, La Petite dernière raconte le parcours de Fatima, benjamine d’une famille d’immigrés algériens qui grandit dans une banlieue parisienne. Marquée par le poids des tabous autour de l’amour et de la sexualité, la jeune femme s’émancipe peu à peu en quittant le lycée pour poursuivre ses études. Au fil de son cheminement, elle découvre sa sexualité et sa quête d’identité, tout en restant profondément attachée à sa foi musulmane et à sa famille.
Après son succès à Cannes, La Petite Dernière poursuit-il sur sa lancée en salles ?
Sur AlloCiné, le film obtient actuellement une moyenne de 3,9 sur 5, basée sur 236 notes et 79 critiques.
Nadia Melliti, unanimement saluée
Après son prix d’interprétation à Cannes, Nadia Melliti continue de séduire le public, largement unanime sur la justesse et l’intensité de sa performance dans ce premier rôle au cinéma. Le reste du casting contribue également à la réussite du film, les spectateurs saluant la direction d’acteurs maîtrisée et le regard sensible d’Hafsia Herzi, confirmée comme une réalisatrice d’envergure.
Gleegreyschuck (5/5) : "Hafsia Herzi filme avec douceur des sujets douloureux, le déchirement entre le désir irrépressible d'être soi et la foi, le manque, les non-dits familiaux. Le casting est parfait, la prestation puissante de Nadia Melliti mérite son prix d'interprétation. "
ÉRIC GARCIA (5/5) : "Attention, vous allez découvrir un vrai petit bijou de film ! De l'émotion, en pics élevés, des gros plans qui vous transpercent, des actions filmées et distribuées au millimètre... Hafsia fait fort, très fort. On connaissait la Borgodita Césarisée : là, c'est au tour de la réalisatrice de talent de sublimer l'Amour que l'on cache. Ce film vous porte dans un univers intime parfois dérangeant, piquant, mais qui caresse toujours avec bienveillance le plaisir et le droit d'aimer..."
Gd93 (5/5) : "Un film magnifique ! Très belle adaptation, une mise en scène maîtrisée et une direction d'actrices exceptionnelle."
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Math719 (4,5/5) : "Nadia Melliti, jeune actrice prometteuse d’une sensibilité rare, porte le film avec une intensité remarquable. Hafsia Herzi, que l’on connaissait déjà comme excellente comédienne, signe ici une réalisation inspirée. Le résultat est un véritable festival d’émotions et de grand cinéma, presque irréprochable."
Fenêtre sur salle (4,5/5) : "Ce qui impressionne est la capacité d'Hafsia Herzi à délivrer un propos d'une grande force mais avec une délicatesse admirable. Elle trouve le parfait équilibre pour explorer la complexité de la coexistence entre foi et désir, tradition et liberté, avec une caméra toujours à parfaite distance, sans moralisme ni provocation. Elle réussit même l'exploit de signer la scène la plus sensuelle de l'année, dans une voiture, au milieu d'un chantier, et sans qu'aucun corps ne se touche ! (...) Quant à Nadia Melliti, elle est la révélation absolue de cette adaptation. Son jeu, très nuancé, oscille entre fragilité et détermination. Après avoir remporté le prix d'interprétation au Festival de Cannes, le César de la meilleure révélation féminine lui semble promis (...)"
Un sujet sensible qui n'échappe pas aux stéréotypes
Même dans les critiques les plus sévères, les spectateurs reconnaissent la qualité du jeu des actrices. En revanche, certains reprochent à Hafsia Herzi un traitement de l’homosexualité féminine jugé parfois conventionnel ou marqué par certains poncifs. Quelques voix estiment également que la réalisatrice peine encore à s’affranchir de l’influence d’Abdellatif Kechiche, qui l’avait révélée au grand public.
Traversay1 du Club Allociné (3,5/5) : "La Petite Dernière est sans conteste le meilleur film réalisé par Hafsia Herzi et il semble plus que probable qu'elle fera encore mieux dans le futur, sachant qu'elle a autant de courage que de talent. Le secret de Fatima, qui conditionne tout son film, marque par la volonté de la cinéaste de signer un film apaisé même si le sujet pourrait indiquer le contraire et si l'héroïne du film n'avait pas à mentir à ses proches, quant à son choix de vivre selon sa véritable nature. Hafsia Herzi filme au plus près de ses personnages, à commencer par Fatima, dans des gros plans continuels qui sont le contraire de l'impudeur, en tant que recherche d'une géographie des sentiments, qui met en lumière, plus particulièrement, l'ensemble de ses actrices, toutes formidables, dans le sillage de Nadia Melliti, impressionnante de retenue expressive, si l'on ose dire. Rappelons que le film est l'adaptation d'un monologue du registre de l'autofiction, signé de Fatima Daas. Le long-métrage réussit à lui garder son caractère réaliste tout en affirmant une singularité romanesque, qui dépasse largement la moyenne des récits d'apprentissage qui alimentent constamment le cinéma. Émouvant sans mièvrerie et tranquille dans son audace, La Petite Dernière transcende son sujet et lui confère une vérité sans fard."
Dora M. (3/5) : " (...)L’actrice principale est incroyable, elle occupe tout l’écran, elle a une présence et un gros charisme. Globalement le jeu des acteurs est très bon.
J’ai aimé ce thème, très original. On s’attache beaucoup à l’héroïne. Les scènes de vie sont réalistes. C’est un film globalement plaisant. Il y a même plusieurs touches d’humour qui sont très réussies (par exemple le médecin spécialiste de l’asthme, hyper drôle).
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Il manque juste un peu de personnalité niveau réalisation (on pense un peu trop à Abdellatif Kechiche) et j’ai regretté qu’on ne montre pas assez les hésitations de l’héroïne dans la découverte de sa sexualité, tout ce que ça peut bousculer.
SeB_from_Mars (3/5) : "Un film sur une thématique forte mais le film d’Hafsia Herzi manque de personnalité malgré tout. On voit beaucoup trop de marqueurs du cinéma de Kechiche. C’est dommage."
Velocio du Club Allociné (2,5/5) : "(...) On est vite fixé : malheureusement, l’excellente comédienne qu’est Hafsia Herzi n’a toujours pas réussi à se débarrasser totalement de la tutelle implicite d’Abdellatif Kechiche qu’elle s’est imposée à elle-même quand elle s’est lancée dans la réalisation. D’où certaines scènes qui traînent inutilement en longueur, d’où un certain nombre de provocations inutiles dans certaines situations et dans des dialogues, en particulier dans les rapports qu’entretient Fatima avec les jeunes de son âge à la fac ou dans la cité. Chère Hafsia, Kechiche a eu le talent et le mérite de vous faire connaître au public en vous choisissant pour tenir un des rôles principaux dans La graine et le mulet alors que vous aviez 18 ans, mais, une vingtaine d’années plus tard, il serait peut-être temps de déclarer votre indépendance. Critique complète sur le site où on trouve le tiret du 6 entre critique et film."
Olivier K. (2,5/5) : "L'intérêt des scènes basées sur l'improvisation, ce sont des trouvailles de réalisme. Leur grand inconvénient, c'est que le film perd en tension, devient plus mou. Cadré très serré, le film rappelle Kechiche, en beaucoup plus humaniste. Le résultat est sincère et devrait toucher un public queer, par sa générosité et sa bienveillance. Mais il n'y a rien de plus difficile que de filmer un protagoniste taiseux, timide."
En conclusion
Dans l’ensemble, les spectateurs saluent la sensibilité et la justesse de La Petite dernière, portée par une interprétation bouleversante de Nadia Melliti et la direction d’acteurs maîtrisée d’Hafsia Herzi. Si certains regrettent une réalisation encore marquée par l’influence de Kechiche, la majorité reconnaît à la cinéaste une écriture sincère et un regard profondément humain, confirmant son talent singulier dans le paysage du cinéma français.
La Petite Dernière est actuellement au cinéma.