Sur un fond noir oppressant, l'image d'un oeuf étrange se détache. Il est fissuré et une substance verte fluo semble se répandre... Sous ce cocon craquelé, on peut lire la phrase énigmatique suivante : "Dans l'espace, personne ne vous entend crier". Et juste au-dessus, un titre apparaît : Alien, le 8ème passager.
Un poster mythique
En 1979, quand les spectateurs tombaient sur cette affiche, ils ne pouvaient qu'être intrigués. Très loin de la grandiloquence des affiches de science-fiction de l'époque, comme Star Wars deux ans auparavant, Alien se distingue par son minimalisme et son efficacité.
Quand on ne sait encore rien de l'univers du film, ce poster suscite immédiatement la curiosité. Pourquoi Alien ? Qui est ce 8ème passager ? Un monstre se cache-t-il dans cet oeuf mystérieux ? Et quelle est cette étrange substance verte qui attire l'oeil ? Et surtout, pourquoi on nous prévient que dans l'espace, personne ne nous entend crier ?
Conçu par le designer américain Philip Gips, à qui l'on également les affiches de Rosemary's Baby ou Kramer contre Kramer, le poster d'Alien a durablement marqué les esprits des spectateurs. Par ailleurs, le fameux slogan, "Dans l'espace, personne ne vous entend crier", a été inventé par l'épouse de Gips, Barbara. Elle nous a récemment quittés, 6 ans après son mari, à l'âge de 79 ans.
D'une simplicité et d'une sobriété à toute épreuve, cette affiche a marqué l'Histoire du cinéma par sa puissance symbolique et visuelle. En effet, l'oeuf est une forme universellement liée à la vie et à la naissance. Il est donc immédiatement familier.
Cependant, le côté mignon et appétissant d'un oeuf est ici totalement absent. Ce dernier est fendu, illuminé d’une lumière inquiétante, et posé sur un fond noir vide. On est donc face à une inversion du symbole de la vie. On ressent que quelque chose de monstrueux ou d’inconnu va naître, et ce ne sera certainement pas un gentil volatile. Cette ambiguïté (vie/mort, beauté/terreur, naturel/alien) fascine et met mal à l’aise, exactement comme le film lui-même.
Puissance évocatrice
Par ailleurs, tout le film Alien repose sur l'idée de la gestation monstrueuse et de la violation du corps (le facehugger, le chestburster…). L'oeuf sur l’affiche résume tout cela avant même qu'on ne voie une seule image. Philip Gips a mis en place une promesse visuelle de ce que le spectateur va vivre. C’est à la fois une naissance et une menace, symbolisé par une chose à l'apparence inoffensive, un oeuf. C'est extrêmement bien pensé et d'une redoutable efficacité.
Contrairement à plusieurs films SF de l'époque, on ne voit pas du tout le visage des acteurs, ni le xénomorphe qui va décimer l'équipage. On a juste une idée visuelle forte, épurée, et qui n'a pas besoin d'être sur-expliquée. C'est ce qui confère d'ailleurs un côté intemporel et mythique au poster, ainsi que sa grande force d'évocation.
Fox
Par exemple, les affiches de Star Wars IV soulignaient l'héroïsme et l'aventure dans l'espace. Alien suggère au contraire le silence du cosmos, ses menaces et ses mystères. On peut également citer 2001, l'odyssée de l'espace, avec sa station spatiale baignée de lumière, symbolisant la grandeur cosmique et l'Humanité face à l'infini. Alien détourne aussi cette vision et insiste plutôt sur l'angoisse du vide spatial et les monstres qu'il peut abriter.
Pour mémoire, Alien nous emmène à bord du vaisseau commercial Nostromo. Son équipage, sept hommes et femmes, rentrent sur Terre avec une importante cargaison de minerai. Mais lors d'un arrêt forcé sur une planète déserte, l'officier Kane se fait agresser par une forme de vie inconnue, une arachnide qui étouffe son visage.
Après que le docteur de bord lui retire le spécimen, l'équipage retrouve le sourire et dîne ensemble. Jusqu'à ce que Kane, pris de convulsions, voit son abdomen perforé par un corps étranger vivant, qui s'échappe dans les couloirs du vaisseau...