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Un projet collectif, filmé au plus proche de l’authenticité du quotidien
Karine (Virginie Efira) et Jimmy (Arieh Worthalter) forment un couple uni, toujours très amoureux après vingt ans de vie commune et deux enfants. Elle travaille dans une usine ; lui, chauffeur routier, s’acharne à faire grandir sa petite entreprise. Quand surgit le mouvement des Gilets jaunes, Karine est emportée par la force du collectif, la colère, l’espoir d’un changement. Mais à mesure que son engagement grandit, l’équilibre du couple vacille.
Wild Bunch
Après La Mécanique de l'ombre et Les Promesses, le cinéaste Thomas Kruithof revient à son exploration des ressorts sociaux-politiques, omettant cette fois la notion de quête du pouvoir. Ce nouveau long-métrage interroge ainsi la question de l’engagement militant durant la crise des Gilets jaunes, tout en conciliant cette implication avec une vie familiale bien remplie.
Thomas Kruithof explique avoir dépeint ce sujet “parce que c’est le plus grand mouvement de contestation sociale de notre histoire récente, qui résonne encore fortement sept ans après” et surtout “parce que c’est un mouvement très spontané, qui a eu la particularité d’initier des centaines de milliers de citoyens au militantisme politique, hors des structures traditionnelles d’engagement”. Avec Les Braises, le cinéaste souhaite mettre en lumière une image des Gilets jaunes différente de celle que l’on a l’habitude de voir dans les médias, lesquels s’étaient focalisés sur les affrontements dans les manifestations. Ainsi, son nouveau long-métrage raconte le mouvement de l’intérieur, perçu du point de vue de personnages ordinaires, sans le réduire à des débordements de violences.
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Naturellement, l’emploi des protagonistes joue donc un rôle à part entière dans l’intrigue des Braises. “Il fallait du concret, des gestes, des contraintes physiques, ces détails qui font la chair des choses et permettent de ressentir en peu de temps leurs efforts”, précise le réalisateur. Les scènes dans lesquelles apparaît le personnage de Virginie Efira, ouvrière dans l’usine agroalimentaire, ont ainsi été réalisées pendant de véritables journées de production, tandis qu’Arieh Worthalter a dû être initié à la conduite de poids lourds. Ces deux protagonistes sont donc constamment ramenés aux exigences matérielles et concrètes de leur quotidien éprouvant.
Sur le tournage, des Gilets jaunes et des militants, notamment d’Angoulême et de Limoges, ont pris part au projet et nourri le réalisateur de conseils et de remarques. L’initiative est donc très rapidement devenue collective. “Il y avait une vraie harmonie entre les acteurs, les vrais militants et l’équipe technique. On cherchait à obtenir une vibration collective qui a opéré sur le tournage et qui je crois transparaît à l’image”, précise Thomas Kruithof. Uniformes, fumigènes, sirènes, cris, chants… sont autant d’éléments qui offrent un sentiment d’immersion véritable dans le tumulte du mouvement. D’après le réalisateur, “le film devait faire ressentir ce souffle collectif, dans les moments de communion comme dans les moments de désaccord, et aussi capter le chaos quand les actions ou les manifestations tournent mal”.
Quand la crise de société s’étend à l’intimité
Après avoir déjà partagé l’écran dans Rien à perdre, Virginie Efira (récompensée du César de la meilleure actrice pour Revoir Paris) et Arieh Worthalter (lauréat du César du meilleur acteur dans Le Procès Goldman) se retrouvent dans ce nouveau long-métrage, où ils interprètent un couple épris depuis plus de vingt ans, dont la relation se consume pourtant au fil de l’engagement militant de Karine.
L’évolution de ce couple se retrouve précisément au cœur du film. “Tout reste en suspension, rien n’est simple entre eux, mais quelque chose tient malgré tout : leur lien, inaltérable, auquel ils choisissent de croire”, précise le réalisateur. Jimmy apparaît comme un homme impliqué, qui a peur de perdre son épouse lorsqu’elle s’engage activement dans un groupe local. Rien n’est connu du passé des personnages, qui apparaît simplement comme un couple amoureux, essayant de maintenir sa flamme.
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L’histoire d’amour de Karine et Jimmy n’est pas faite de mots ou d’élans fougueux, mais transparaît plutôt au travers d’habitudes, de regards et d’attentions. Thomas Kruithof construit cette histoire comme “quelque chose qu’on voit assez peu au cinéma”. Les deux amoureux retapent leur maison, un ouvrage qui les lie et qui incarne leur projet de vie. En ce sens, le réalisateur souligne : “Ils passent de l’enduit, ce n’est pas une œuvre d’art mais ils ont une gestuelle commune, douce, que je n’ai même pas cherché à chorégraphier d’ailleurs. C’est aussi une manière de raconter le quotidien et l’harmonie de ce couple”. Ce moment de partage, bien que d’apparence banal, s’avère en réalité précieux puisqu’il témoigne de la simplicité de leur histoire.
Le titre du film illustre lui-même l’ambivalence du long-métrage. En effet, les braises semblent toujours prêtes à flamber… ou à s’éteindre. Un entre-deux présent tout au long du film, aussi bien dans la contestation que dans la passion amoureuse. Au fond, Karine et Jimmy incarnent les deux versants d’une question particulièrement actuelle. D’un côté Karine, dans le besoin de rejoindre l’action collective, dans l’espoir, même fragile, de changer la société. À l’inverse, Jimmy, qui préfère tracer sa route en solitaire, tentant de préserver les siens dans un monde de plus en plus bouleversé. Les Braises soulève ainsi une question brûlante : peut-on continuer à s’aimer lorsque l’on ne partage plus la même croyance en l’avenir ?
Entre tension sociale et fragilité intime, Les Braises est à découvrir le 5 novembre au cinéma.