Neuvième film d'une franchise lancée en 1987, Predator: Badlands de Dan Trachtenberg s'aventure dans un nouveau terrain. C'est la première fois qu'un opus de la saga ne contient pas d'être humain et c'est aussi la première fois que la créature redoutable devient le protagoniste de l'histoire.
Il fait équipe avec Thia, un cyborg incarné par l'actrice Elle Fanning, et se retrouve livré dans une planète mortelle. AlloCiné a rencontré le réalisateur pour en apprendre plus sur les secrets de cette superproduction monstrueuse.
AlloCiné : Comment pourriez-vous comparer votre expérience sur Prey, votre premier film Predator en prises de vues réelles, et Badlands ?
Dan Trachtenberg, réalisateur : Il y avait beaucoup de similitudes, à commencer par le cadre magnifique car nous avons tourné en grande partie à l’extérieur, en Nouvelle-Zélande cette fois. Nous voulions de nouveau représenter une culture, même si dans Prey il s'agissait d'une culture réelle. Cette fois, dans Badlands, elle est purement fictive.
Pour imaginer la culture Yautja, nous avons joué aux archéologues. On a même créé une langue, écrite et parlée, en lui donnant un maximum d'authenticité avec l’aide d’un linguiste, Britton Watkins. C’est un polyglotte passionné par les langues qui a été engagé pour construire le Yautja.
Le film met en scène une planète peuplée de créatures. Comment avez-vous travaillé sur la conception de ce décor ?
Il était primordial pour nous que la planète elle-même soit perçue comme dangereuse. Tous les éléments, des brins d'herbe aux arbres, sont susceptibles de tuer le Predator, sans parler des créatures. L'idée des champs d'herbes tranchantes nous est venue devant l'une de nos premières illustrations conceptuelles.
Je travaillais sur des illustrations avec un artiste, Andrée Wallin, avant même que nous ayons un scénario. Il avait réalisé une illustration qui se déroulait dans la neige. C'était une neige hérissée de pointes. Et cela a fait germer l'idée : “Tiens, et si, au lieu de neige, on pouvait utiliser des brins d'herbe acérés comme des lames de rasoir ?”
Quant aux capsules à pointes, elles sont nées de notre désir de créer une scène pleine de suspense donnant l'impression de traverser un champ de mines, mais de manière organique. Et puis le bison osseux est venu naturellement. S'il y a une créature dans un champ d'herbes coupantes, elle devrait être blindée, avoir une protection et faire face à l'herbe pour lui permettre ensuite de se nourrir dans le champ.
Twentieth Century Studios
Badlands est un film encore plus ambitieux que Prey. Il contient énormément d’effets visuels. Quelle est la proportion d’effets pratiques et numériques ? Notamment sur le Predator.
Pour le Predator, il portait une cagoule ouverte. Cela nous permet de capter le jeu des acteurs et d'y insuffler une subtilité émotionnelle que nous n'aurions jamais pu obtenir avec un casque traditionnel et tous les mécanismes et gadgets télécommandés qu'il comporte.
En général, nous avons essayé de respecter la règle du 70/30 : 70 % de l’image est réelle, et les 30 % restants sont ajoutés en effets visuels. Il y a une séquence où ils se réveillent le matin puis repartent à l’aventure, et un drone s’éloigne pour révéler l’immensité du paysage. C’est quasiment la Nouvelle-Zélande, à ceci près que nous avons ajouté des créatures étranges au pied du rocher où ils se trouvaient, ainsi qu’une cascade et un terrain escarpé en arrière-plan. Nous avons essayé d’appliquer cette règle tout le long du film.
Vos trois films Predator sont très différents, on pourrait même penser à un triptyque.
La raison pour laquelle j'en ai fait trois, et que j'ai pris du plaisir à continuer, c'est que j'ai vraiment l'opportunité de faire le genre de films que j'aurais voulu faire, même s'ils n'étaient pas dans la franchise Predator. J'ai fait trois films très différents, et Killer of Killers est presque quatre films à lui seul.
Je compare ça à l'excitation que j'ai ressentie en voyant le Marvel Cinematic Universe se mettre en place, et qu'on ne regardait pas seulement des films de super-héros, mais aussi une grande variété de films de genres. On avait un thriller politique avec Captain America: The Winter Soldier, un film à la John Hughes avec Spider-Man: Homecoming, etc...
J'ai donc essayé d'adopter une approche similaire avec les films que je réalise, et de m'assurer que les gens vivent des expériences vraiment nouvelles et passionnantes.
Twentieth Century Studios
Avez-vous une idée de suite après Badlands ?
J'ai tellement d'idées pour tout ce qu'on pourrait faire avec la franchise, certaines sont des suites directes, d'autres sont dans la lignée des films que j'ai déjà réalisés. Je me dis : “Il y a des choses qui n'existent pas encore dans l’univers de Predator, qui n'existent pas encore dans le genre de la science-fiction, et ce serait génial de les concrétiser !”
Mais j'ai été tellement concentré sur le film, on l'a terminé il y a à peine une semaine, donc tout a été axé sur ce projet, et j'ai vraiment hâte de me détendre sur le canapé et de me remettre à rêver sérieusement.
Propos recueillis par Thomas Desroches, à Paris, le 27 octobre 2025
Predator: Badlands, actuellement au cinéma