"C'est une industrie malade" : il y a 36 ans, le réalisateur de L'Arme fatale expliquait pourquoi le divertissement doit toujours passer en premier
Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.

Dans une interview de 1989 à la sortie de "L'arme fatale 2", qui sera un colossal succès en salle, le réalisateur Richard Donner livrait un intéressant point de vue à propos des films "à message" : le divertissement doit toujours passer en premier.

Sorti en 1987, L’Arme fatale fut un énorme succès commercial – 120 millions de dollars de recettes mondiales pour un budget de 15 millions, tout en contribuant aussi à redéfinir les codes du buddy movie. Porté par l’emblématique duo Danny Glover-Mel Gibson, le film est un cocktail parfait d’humour et d’action; violent qui plus est. De quoi évidemment motiver le studio Warner à mettre en chantier une suite, sortie à peine deux ans plus tard.

L’Arme fatale 2 voit donc le retour du duo Martin Riggs et Roger Murtaugh, chargés cette fois-ci de protéger Leo Getz (impayable Joe Pesci), un ancien bandit qui a accepté de témoigner pour faire arrêter des dealers. Leur enquête va les mener jusqu’au consulat d’Afrique du Sud. Ce second volet s'est élevé d'un net cran au-dessus du précédent opus. Il s'agit d'ailleurs du film le plus rentable de la saga, qui rapporta plus de 227 millions de dollars au box office mondial à l'époque.

"C'est une industrie malade"

Une suite à l'action survitaminée et carburant à plein régime. Ce qui n'a pas empêché le réalisateur d'y glisser un message anti Apartheid. Dans une interview vidéo accordée au journaliste John C. Tibbetts, Richard Donner s'en était ainsi expliqué, insistant aussi sur le fait que le divertissement doit toujours passer en premier, même dans les films à message.

"Si vous voulez faire passer un message, que vous y croyez profondément et que vous réalisez un film à message, vous devez vous rendre compte que votre public sera très limité. Et c’est dommage, car vous avez un message à faire passer. Si vous limitez votre public à ce film à message, vous limiterez également la portée de votre message ; il ne sera pas diffusé" explique Donner.

Et de citer en exemple le film Un monde à part de Chris Menge, qu'il avait beaucoup aimé : "je pense que c'était sans doute la réalisation la plus brillante de l'année. Je pense que la performance de la petite fille méritait amplement d'être reconnue par l'Académie. Celle de Menges aussi ; le film également. Personne ne l'a vu, personne ne l'a remarqué. C'est une industrie malade".

"On a fait passer quelques messages sous couvert de divertissement"

Il ajoute : "quand on a commencé à travailler sur L'Arme fatale, il était écrit à l'origine que les gros bras étaient colombiens. Je m'ennuyais et j'ai dit : "Jeff [NDR : Jeffrey Boam, le scénariste] trouvons autre chose ; inventons quelque chose d'un peu plus original.

Alors on s'est demandé : qui sont les méchants ? Si on était en 1942, ce seraient les nazis. Où sont-ils maintenant ? Ils sont en Afrique du Sud, ils dirigent le gouvernement ; alors s'ils sont en Afrique du Sud, faisons d'eux les méchants.

En plus de ça, instaurons l'immunité diplomatique pour que Mel Gibson puisse brandir une pancarte anti-apartheid. On peut avoir une immunité diplomatique aux États-Unis et dans tous les pays signataires, et puis on voit des types qui ont commis des agressions sexuelles sur mineurs et qui, grâce à cette immunité, s'en tirent avec une simple tape sur les doigts dans leur pays, renvoyés à l'étranger.

On a donc fait passer quelques messages sous couvert de divertissement. On a réussi à faire comprendre que manger du thon, c'est tuer des dauphins, et ça me fait plaisir, mais c'était vraiment sous couvert de divertissement".

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