Ni Shining, ni Les Evadés : ce thriller fantastique sorti il y a 42 ans est l'une des meilleures adaptations de Stephen King, et vous êtes passés à côté
Vincent Formica
Vincent Formica
-Journaliste cinéma
Bercé dès son plus jeune âge par le cinéma du Nouvel Hollywood, Vincent découvre très tôt les œuvres de Martin Scorsese, Coppola, De Palma ou Steven Spielberg. Grâce à ces parrains du cinéma, il va apprendre à aimer profondément le 7ème art, se forgeant une cinéphilie éclectique.

Quand on évoque le nom de Stephen King, on pense notamment à Shining, La Ligne verte, Misery ou encore Les Evadés. Mais on oublie trop souvent cette adaptation formidable, signée du maestro du body horror himself, David Cronenberg.

Sorti en France le 7 mars 1984, Dead Zone est une des adaptations de Stephen King les plus méconnues. Pourtant, le film de David Cronenberg s'avère être une des meilleures transpositions cinématographiques du maître de l'horreur.

The Dead Zone
The Dead Zone
Sortie : 7 mars 1984 | 1h 45min
De David Cronenberg
Avec Christopher Walken, Herbert Lom, Brooke Adams
Presse
4,7
Spectateurs
3,7
Streaming

Un récit unique

En effet, quand on évoque les adaptations ciné de l'écrivain culte, on cite souvent Shining, La Ligne verte, Carrie, Misery ou encore Les Evadés, et on oublie trop souvent Dead Zone ! Pourtant, il est mis en scène par un maestro du genre, David Cronenberg !

Le récit nous présente le personnage de Johnny Smith, jeune professeur dans une petite ville de province. Un soir, il est victime d'un accident de la route, peu de temps après avoir raccompagné sa fiancée, Sarah. Il ne revient à lui qu'au bout de cinq années de coma. Sarah est à présent mariée.

Johnny s'aperçoit que passé, présent et futur se confondent dans son esprit. C'est ainsi qu'il réussit à sauver d'un incendie l'enfant de son infirmière et qu'il révèle à son médecin que sa mère, qu'il croyait morte en déportation, est en fait toujours vivante.

Publié en 1979, le roman de Stephen King est un best-seller, confirmant le talent d'un écrivain qui ne cesse de développer son succès depuis le triomphe de Carrie, paru (1974). Très vite, l'idée d'en faire une adaptation au cinéma germe chez le studio Lorimar, qui achète les droits du livre.

Stanley Donen est envisagé à la réalisation mais la société, souffrant de difficultés financières, cède les droits à Dino De Laurentiis. Ce dernier engage Debra Hill pour s'occuper de la production du long-métrage. Elle fait alors appel à David Cronenberg pour la réalisation.

Bill Murray, premier choix de Stephen King pour interpréter Johnny Smith, est fortement pressenti pour le rôle. Finalement, De Laurentiis, en concertation avec Cronenberg, engageront Christopher Walken. À noter que ce personnage, qui développe des dons de médium après un coma de 5 ans, est inspiré par la vie d'un célèbre parapsychologue, Peter Hurkos.

Un acteur fragile et habité

Si cette adaptation de Stephen King fait partie des meilleures, c'est déjà en grande partie grâce à son casting parfait. Christopher Walken est parfait en jeune professeur à qui tout sourit, mais qui va tout perdre du jour au lendemain. Il va certes gagner un don de médium, mais ce cadeau sera plus une malédiction pour lui.

Après avoir brillé dans Voyage au bout de l'enfer ou Les Portes du Paradis, le comédien montre une autre facette de son talent avec ce personnage mélancolique à souhait. C'est assurément un de ses plus grands rôles, et il est malheureusement souvent oublié aussi !

Le comédien dégage une fragilité touchante, jouant sur l'étrange sans être caricatural. Johnny Smith n’est jamais un héros, juste un homme gentil coincé dans un cauchemar moral : Faut-il faire le mal maintenant pour éviter un mal plus grand plus tard ? C'est un thème qui nous parle à tous et qui touche directement la corde sensible.

Le reste du casting est également exceptionnel, avec Brooke Adams, Tom Skerritt et surtout Martin Sheen en Greg Stillson, politicien corrompu prêt à tout pour accéder au pouvoir.

Lorimar

Surnaturel, intime et tragédie

Par ailleurs, si Dead Zone est aussi intéressant en tant qu'adaptation de Stephen King, c'est parce qu'il se concentre sur le tragique intime. Ici, pas d'horreur frontale, et c'est très bien comme ça. De plus, ce n’est pas juste une histoire de pouvoirs psy cools, c’est le récit d’un homme dépossédé de sa vie. David Cronenberg, obsédé par le corps, la perte de contrôle et l’aliénation, était parfait pour prendre les rênes du film.

De manière judicieux, Dead Zone ose la retenue, et c'est précisément ce qui rend le récit plus fort. Cronenberg utilise très peu d’effets spectaculaires, préférant jouer sur les silences et les regards. Ainsi, le surnaturel est presque banal, pesant, comme une malédiction quotidienne pour Johnny Smith. C’est exactement l’esprit du roman de King.

La morale et le politique

Au fond, le coeur du film est moral, pas vraiment fantastique, et c'est c'est sûrement une des raisons pour lesquelles il est injustement oublié aujourd'hui. Le vrai sujet, ce n’est pas la précognition, c'est le libre arbitre, la responsabilité morale et la solitude de celui qui sait. La question centrale est glaçante et toujours actuelle : Si tu pouvais stopper un monstre avant qu’il ne devienne monstrueux… le ferais-tu ? Cette interrogation est absolument fascinante.

Par ailleurs, son propos politique est presque trop dérangeant aujourd'hui, car il fait forcément écho aux enjeux géopolitiques actuels. Cependant, cela ne l'empêche pas d'être un des adaptations les plus fidèles à l’âme de Stephen King.

Dead Zone est un film mature, mélancolique et moralement complexe, un joyau discret coincé entre des oeuvres plus bruyantes comme Shining ou Misery. C'est un long-métrage ne crie pas pour exister et qui, pour cette raison même, mérite d’être redécouvert. Dernier point, et pas des moindres, la sublime musique signée Michael Kamen, une des plus belles du cinéma !

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