Le Rêve américain : l'histoire du film avec Raphaël Quenard et Jean-Pascal Zadi est incroyable... et elle est vraie
Maximilien Pierrette
Journaliste cinéma - Tombé dans le cinéma quand il était petit, et devenu accro aux séries, fait ses propres cascades et navigue entre époques et genres, de la SF à la comédie (musicale ou non) en passant par le fantastique et l’animation. Il décortique aussi l’actu geek et héroïque dans FanZone.

Six ans après son très réussi "Play", Anthony Marciano est de retour au cinéma avec "Le Rêve américain" : soit l'histoire vraie de deux Français (joués par Raphaël Quenard et Jean-Pascal Zadi) devenus des agents parmi les plus influents de la NBA.

Ça parle de quoi ?

Personne n'aurait parié sur Jérémy, coincé derrière le comptoir d’un vidéo club à Amiens, ou sur Bouna, lorsqu'il faisait des ménages à l’aéroport d’Orly. Sans contacts, sans argent et avec un niveau d'anglais plus qu’approximatif, rien ne les prédestinait à devenir des agents qui comptent en NBA. Inspiré d’une histoire vraie, ce film raconte le parcours de deux outsiders qui, grâce à leur passion absolue pour le basket et leur amitié indéfectible, ont bravé tous les obstacles pour réaliser leur Rêve Américain.

Le Rêve américain
Le Rêve américain
Sortie : 18 février 2026 | 2h 01min
De Anthony Marciano
Avec Jean-Pascal Zadi, Raphaël Quenard, Olga Mouak
Presse
3,6
Spectateurs
4,3
Séances (91)

Dream Bigger

"J'entends des parents qui me disent qu'ils vont emmener leurs enfants voir ce film, ou des gens qui me parlent de leurs choix de carrière, de leurs envies et du fait que ça les a boostés. Si ça a un impact sur leur vie, j'aurais réussi mon coup" : s'il est encore trop tôt pour évaluer les conséquences de son Rêve américain sur le public, Anthony Marciano a encore frappé ! Six ans après son excellent Play, il signe un nouvel opus très personnel et universel à la fois, dans sa manière de parler à tout le monde.

Là où il puisait un peu plus directement dans son vécu pour raconter les années 90 et 2000 dans l'opus sorti dans nos salles en janvier 2020, le réalisateur et scénariste s'inspire ici d'une histoire vraie : celle Bouna Ndiaye et Jérémy Medjena, deux amis français partis de rien et sans le moindre contact pour devenir des agents parmi les plus influents de la NBA (National Basketball Association, la ligue de basketball professionnelle américaine), qui ont permis à Rudy Gobert, Nicolas Batum ou Victor Wenbayama de s'imposer outre-Atlantique.

"Si ça a un impact sur leur vie, j'aurais réussi mon coup"

Une success story, une vraie. Qui, dans sa manière de parler de suivre ses rêves et de surmonter des obstacles, parvient à tous nous toucher, que l'on soit des amateurs de basket ou non, et permet de sortir de la salle avec une énergie positive et l'envie de prendre des risques, comme Anthony Marciano a pu le constater aux avant-premières, avant que l'on évoque le long métrage avec lui.

Anthony Marciano : Pour moi ce n'était pas un film de basket. Je ne voulais pas faire ça. Pas faire un film d'agents surtout, avec du business, des manigances. C'est pourtant ce que tu crains quand tu associes les mots "basket" et "agent", mais il est vrai que tu pouvais avoir exactement la même histoire dans un autre milieu. Et on en ressort avec une histoire d'amitié, de persévérance, de détermination, de valeurs. Ce sont des mecs que j'ai appris à connaître et qui ne sont pas là par hasard : ils sont là parce qu'ils se sont bien comportés avec les joueurs ou l'un envers l'autre. Ils ne se sont jamais disputés pour des fioritures, ils ne sont jamais allés piquer les joueurs des autres agences.

Ils ont toujours regardé droit devant : quand ils ont été trahis par des joueurs, ils auraient pu faire des procès et tout, mais ils n'ont jamais considéré ce genre de démarche, ils ont continué à avancer. Et je pense que ce n'est pas pour rien qu'ils sont arrivés là, parce qu'ils défendent des valeurs. Ils sont intègres.

Gaumont

AlloCiné : On imagine que quand on fait un film comme celui-ci, on projette sa propre carrière et la manière dont on surmonte des obstacles et échecs, donc que vous n'auriez pas pu le faire beaucoup plus tôt car il vous fallait plus de vécu.

Anthony Marciano : Peut-être oui. J'ai travaillé dessus pendant trois ans, mais ce n'est qu'en le projetant à l'équipe à côté de Jean-Pascal Zadi - donc pas pendant l'écriture ni la fabrication - que je me suis dit que j'avais déjà vécu cette histoire. J'avais complètement mis ça de côté dans ma tête, mais moi j'étais dans la musique avant et je produisais des artistes, dont un qui s'appelle Humphrey : j'étais parti avec lui à New York, avec les maquettes que j'avais imprimées et les CD que j'avais gravés, j'allais à des soirées où j'allais prendre la tête de Jay Z.

Je suis évidemment reparti avec rien. J'avais des rendez-vous dans des maisons de disques qui m'ont dit qu'ils allaient le signer et ils ne l'ont pas fait, mais ces histoires, je les ai connues. Donc il y a du vécu là-dedans. Et les tempéraments de Bouna et Jérémy, comme ceux de Jean-Pascal et Raphaël, qui ont eu un parcours similaire, résonnent beaucoup avec le mien. On avait monté un label avec des potes, et on trimballait notre rappeur, qui mesurait 1m93, dans le coffre de notre R5, et il ne m'a jamais trahi. C'est certainement ce qui a inspiré leur relation avec Didier Mbenga dans le film : c'est une histoire vraie, mais la chair vient aussi de ce vécu.

On travaillait dans un petit bureau avec mes associés, rue Pierre-Demours dans le XVIIème, et on faisait des paroles, des dessins animés... Tout ce qu'on pouvait facturer, on le faisait. Puis on a monté un site qui s'appelait My Major Company. Ça a commencé à marcher, mais à un moment les titres ne rentraient pas en radio donc on n'avait plus d'argent, et alors qu'on était en train de revendre les parts de la boîte, le jour-même vraiment, NRJ rentre "Toi + Moi" de Grégoire, et là ça devient un hit et tout démarre pour nous. Donc ce qu'ils ont vécu, je l'ai vécu dans la musique. À une autre échelle, mais je l'ai vécu.

Donc c'est vous qui êtes à l'initiative de ce projet ?

C'est complètement moi qui ai écrit cette histoire, dans mon coin. Et je ne vais même vous dire plus : j'ai tenté de les joindre et je n'ai pas réussi. J'ai tout essayé, je suis allé devant leur bureau, je leur ai écrit des lettres, j'ai envoyé des messages à chacun et tout, mais je n'avais pas de réponse. Mais j'aimais trop cette histoire donc j'ai voulu l'écrire quand même, et je suis allé chercher toutes les vidéos YouTube, les podcasts, les articles que je pouvais commander à La Voix du Nord, pour ensuite recroiser toutes les infos et écrire de mon côté.

Je me suis dit que j'allais y consacrer neuf mois, et que si, par chance, ils aimaient le script, ils accepteraient peut-être que je raconte leur histoire. Et j'ai eu la chance que ça se soit passé comme ça.

"Pour moi ce n'était pas un film de basket. Je ne voulais pas faire ça"

Et ça a été compliqué, une fois que vous avez réussi à les joindre, de leur faire accepter que le projet se lance ?

Ça a été immédiat ! Le plus compliqué a été de leur faire lire le scénario, donc on est passés par des gens qui les connaissaient, dont la production connaissait quelqu'un qui les avait déjà côtoyés par le passé, Luc Dayan, qui a eu accès à eux et leur a dit qu'il serait bien de lire ce scénario sur eux. Et là, ils l'ont enfin lu, et ils m'ont rappelé dans la semaine en disant qu'ils aimeraient me rencontrer : ils étaient hyper émus et m'ont dit que c'était incroyable, que c'était leur vie et qu'ils ne savaient pas comment j'avais fait ça, car ils n'avaient pas souvenir d'avoir raconté tout cela à la presse. Mais ils étaient avec moi et, à partir de là, ils m'ont accompagné tout de suite.

Est-ce qu'ils ont été impliqués ensuite, dans le tournage ou sur le choix des comédiens ?

Non, ils m'ont vraiment laissé travailler dans mon coin. Ils avaient compris qu'ils avaient leur métier et que j'avais le mien, mais ils m'ont demandé comment ils pouvaient m'aider : je leur ai demandé des contacts à la NBA pour obtenir les droits sur des images, et on a eu les portes grandes ouvertes, on a pu faire des choses que peu de gens ont pu faire sur des films, grâce à eux. Et j'ai évidemment passé du temps avec eux, individuellement, pour que l'un me parle de l'autre à chaque fois. C'était ça qui m'intéressait, c'était ce duo.

Je voulais aller plus en profondeur dans l'alchimie qu'ils ont, et dans cette amitié très unique qu'ils partagent. Et qui est d'ailleurs, de manière assez surprenante, proche de l'amitié entre Raphaël et Jean-Pascal. Il y a quelque chose du même ordre. De l'amour même, mais c'est très difficile de préserver ça dans une association quand il y a de l'argent en jeu, quand il y a des choix cruciaux à faire. Ils ont le même état d'esprit, de toujours regarder devant, de ne pas se laisser abîmer par des échecs. Je les ai vus chacun de leur côté pour qu'ils me parlent l'un de l'autre, et ça m'a permis d'ajouter de la chair au personnage, ou des anecdotes qu'ils m'ont racontées sur leur vie de couple qu'ils ne racontent pas à la presse.

Gaumont

Je me suis justement demandé si le fait que Jean-Pascal Zadi et Raphaël Quenard se connaissent avant avait eu un impact sur leur choix pour les rôles de Bouna ou Jérémy, ou si c'était le hasard ?

C'était ma volonté première, et c'est même Raphaël qui m'a présenté Jean-Pascal : je connaissais Raphaël et il m'avait demandé de lui faire lire ce scénario, mais je refusais en lui disant que le rôle n'était pas pour lui, car je voulais un petit [l'acteur mesure 1m88 et Jérémy Medjena 1m70, ndlr]. J'avais écrit un rôle de petit qui voulait faire du basket car c'était ça pour moi le film, mais il a fini par lire le scénario et m'a dit que, si je réécrivais le rôle, il le faisait tout de suite car il était pour lui. Et là j'ai vu que l'histoire de la taille n'avait pas d'importance : c'est un détail quand on voit le reste de leur personnalité et on pouvait la raconter autrement cette frustration de ne pas avoir été pro.

Comme je savais qu'il était proche de Jean-Pascal, que je connaissais mal, j'en ai profité pour lui dire qu'il avait le scénario dans sa boîte mail depuis six mois, qu'il me disait à chaque fois qu'il allait le lire mais qu'il ne le faisait pas. Donc je lui ai demandé de lui mettre un petit coup de pression, il l'a fait, Jean-Pascal a accepté de le lire et il m'a appelé le lendemain à 17h pour me dire qu'il voulait le faire tout de suite. Parce qu'il contenait tout ce qu'il aimait et que c'est un film qu'il voulait voir au cinéma, or c'est la raison pour laquelle je l'avais écrit.

Je pourrais faire des films hyper personnels sur mon parcours mais je ne sais pas si j'aurais le sentiment qu'il sont nécessaires pour les autres. Je n'aurais pas cette prétention alors que là, c'est une histoire qui, j'en ai l'impression, va toucher et peut inspirer beaucoup de monde. Ce film, je voulais le voir. Lorsque j'écris, je cherche toujours une référence dont je peux m'inspirer. Là il s'agit de deux gars, deux potes qui s'associent pour créer leur affaire ; c'était une histoire vraie et une success story, mais je n'ai trouvé aucun film. Ni français, ni américain. Aucun.

Ça ne m'étonne pas plus que cela pour la France car je me faisais la réflexion que le "Rêve américain" du titre, on le retrouvait aussi dans la photo et la mise en scène.

C'est le premier truc que j'ai dit à mon chef opérateur : "Je veux faire un film américain !" Je voulais que le film ait l'esthétique de leur rêve américain. Et comme ils n'avaient jamais foutu le pied aux Etats-Unis, tout ce qu'ils connaissent alors de l'Amérique ce sont les films des années 90 et 2000, donc je voulais être dans leur tête, qu'ils voient l'Amérique en grand comme dans les films.

"Je voulais que le film ait l'esthétique de leur rêve américain"

Pour en revenir à Raphaël et Jean-Pascal : la perspective de leur faire jouer des personnages différents de ceux auxquels ils nous ont habitués a-t-elle pesé dans la balance ?

C'était ma volonté profonde. J'ai prévenu Raphaël que s'il jouait dans ce film, ce ne serait pas Raphaël Quenard mais le personnage. Et Jean-Pascal avait peur de pas être assez drôle, mais je l'ai rassuré en lui disant qu'il était acteur et qu'il pouvait, car j'avais vu pendant les lectures ce dont il était capable. Il m'a bluffé car j'ai découvert un acteur qui pouvait nous emmener dans une émotion qu'on ne soupçonnait pas chez lui. C'est ce charisme et cette sobriété que je cherchais chez eux et que j'ai pu obtenir grâce à leur talent infini.

C'est pas simple de défaire quelque chose, surtout quand les gens vous connaissent bien à travers les interviews. D'aller gommer les choses, d'aller vers un autre registre sans se sentir obligé de faire rire parce qu'on est Jean-Pascal Zadi. Mais on l'oublie rapidement, ils sont très vite les personnages, et ça c'était l'une de mes volontés à la base. De les prendre à contre-emploi.

Est-ce que vous vous souvenez de la fin de ces trois années de travail, de ce moment où vous avez découvert le film fini, en compagnie de Raphaël et Jean-Pascal, mais aussi de Jérémy et Bouna ?

Je l'ai d'abord vu avec Jean-Pascal et Raphaël, chez ce dernier parce qu'il était entre mille trucs et n'avait pas de temps. On était tous les trois, et quand le film s'est fini, il y a eu un grand blanc et je me suis dit qu'ils n'avaient pas aimé. Mais là je les ai sentis bouleversés. Jean-Pascal m'a juste fait "Waouh !", il s'était pris l'histoire. Après il y a eu plein de remontages avant de pouvoir montrer la version définitive à Bouna et Jérémy, qui sont venus avec leurs familles des Etats-Unis.

Bouna est venu avec une grande boîte de mouchoirs, et à la fin elle était vide. C'est véridique. Il m'a dit qu'il n'avait jamais autant pleuré de sa vie, et on avait du mal à se parler après le film parce qu'ils étaient émus et moi aussi. Mais je me disais que j'avais réussi mon coup, j'avais réussi à raconter leur histoire qui a résonné en eux, en leurs familles. Et ça a été d'autant plus fort que Jean-Pascal et Raphaël ont réalisé qu'ils touchaient à une histoire vraie. Tu l'oublies ça quand tu es en tournage, dans le personnage.

"Ce film qui est vu par des gens, c'est mon rêve américain"

Surtout qu'eux n'ont pas les images d'archive que l'on voit à la fin.

Oui, et Bouna m'a d'ailleurs dit qu'il n'arrivait toujours pas à les regarder ces images, parce qu'il doit sortir et se cacher sinon il se met à pleurer et n'arrive plus à parler. Et moi, quand je suis dans la salle avec les deux acteurs et les deux agents, je réalise à quel point c'est incroyable de vivre ça car je me revois dans mon petit bureau, tout seul, pas payé puisque personne ne m'avait commandé ce scénario. Ça pouvait aller nulle part, mais mon rêve c'était juste qu'ils le lisent.

Et maintenant ils sont avec moi. Ils me disent que si j'ai envie d'une info ils me la donnent, c'est incroyable, comme de voir les vrais, les faux. Et puis ce film qui est vu par des gens, c'est mon rêve américain surtout que je voulais devenir basketteur quand j'étais petit, avec mon petit 1m70. C'est peut-être aussi ma revanche sur le basket.

Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Paris le 5 février 2026

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