Lorsque la série japonaise Goldorak débarque en France à l’été 1978, personne n’imagine l’ampleur du phénomène. Diffusée pour la première fois dans l’émission Récré A2, animée par Dorothée, elle déclenche un véritable raz-de-marée. Dans les cours d’école, les enfants s’identifient à Actarus et chantent à tue-tête les thèmes du dessin animé.
Le succès musical accompagne immédiatement celui de la série. Le chanteur Enriqué Fort est choisi pour interpréter les adaptations françaises. Sous la houlette du producteur Eddie Barclay, trois titres deviennent rapidement incontournables : Accours Vers Nous, Prince de L’Espace (générique d’ouverture) et Va Combattre Ton Ennemi (générique de fin). Ces morceaux s’imposent comme des classiques indissociables de la série.
Pourtant, derrière cet engouement massif se cache une polémique qui éclate quelques semaines après le lancement.
Le vers qui dérange
Si le générique d’ouverture s’impose immédiatement comme un hymne, celui de fin suscite une vive réaction au sein de la chaîne, deux mois après sa première diffusion. Les paroles françaises, écrites par Pierre Delanoë à partir des versions originales chantées au Japon par Isao Sasaki, contiennent un passage qui fait débat :
Va combattre ton ennemi
Il est moins vaillant que toi
Goldorak pour notre vie
Je suis sûr que tu vaincras
Toi, le prince de l’espace
Le champion de la Terre
Tu vas sauver notre race
Nous redonner la lumière
C’est la phrase “Tu vas sauver notre race” qui suscite des tensions. À Antenne 2, la direction juge que ces mots peuvent être interprétés comme porteurs d’une connotation raciste. Jacqueline Joubert, alors responsable de l’unité jeunesse, participe à la décision de retirer le générique.
Toei
Le producteur Jacques Canestrier, qui avait collaboré avec Bruno-René Huchez pour faire venir la série en France, se souvient de l’ampleur de la réaction : “Ça a généré un tollé à l’intérieur de la chaîne. Tout le monde disait qu’Antenne 2 diffusait pour les enfants un dessin animé raciste”, a expliqué Jacques Canestrier au micro de VL Média.
Du côté du jeune public, pourtant, l’interprétation est tout autre : beaucoup y voient simplement une allusion à la race humaine dans un contexte de science-fiction. Mais à la fin des années 70, les dessins animés japonais souffrent déjà d’une réputation sulfureuse, souvent jugés violents. La moindre controverse suffit à alimenter les critiques.
Un pari raté… et un triomphe
Ironie de l’histoire : Jacqueline Joubert n’était pas favorable à la diffusion de la série. Le contrat ayant été signé avant son arrivée, elle choisit de programmer Goldorak en plein été, période où elle pense que l’audience sera faible puisque les enfants sont en vacances.
Le plan ne se déroule pas comme prévu. L’été 1978 est pluvieux, les jeunes téléspectateurs restent devant leur écran et la série explose les audiences. La chaîne reçoit une avalanche de lettres enthousiastes. Impossible, dès lors, d’ignorer le phénomène.
Avec le temps, la polémique s’essouffle d’elle-même, d’autant que d’autres génériques prennent le relais. Parmi eux, Goldorak le grand, interprété par Noam, propose un ton plus poétique et moins martial. Le 45 tours se vendra à 3,5 millions d’exemplaires, preuve éclatante que la série a définitivement conquis le public français.
Quarante-huit ans plus tard, l’affaire du générique censuré apparaît comme un épisode révélateur d’une époque méfiante envers l’animation japonaise. Mais elle n’aura en rien freiné l’ascension fulgurante de Goldorak, devenu depuis une véritable légende de la télévision.
Pour les nostalgiques, Goldorak est actuellement diffusée sur la chaîne Mangas et est également disponible en DVD.
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