Si la Deuxième Guerre mondiale a très souvent inspiré le cinéma français, peu de films se sont intéressés au sujet de la collaboration. Parmi les quelques exemples, on peut citer Lacombe Lucien de Louis Malle, sorti en 1974. Avec Les Rayons et les Ombres, Xavier Giannoli regarde là où personne n'ose réellement regarder. Il relate le glissement du journaliste Jean Luchaire et de sa fille, l'actrice Corinne Luchaire, dans la collaboration sous l'Occupation nazie.
D'une durée de 3h15, ce drame historique impressionne de par son ambition. Le film, doté d'un budget estimé à 30 millions d'euros, est l'un des projets français les plus importants de l'année. Mais c'est dans l'écriture et le développement de ses personnages que le réalisateur frappe fort. Sans jugement, il nous éclaire sur leur complexité et les erreurs qu'ils ont pu commettre.
Un film historique... qui parle de notre époque
Comme avec son adaptation d'Illusions perdues, qui abordait, entre autres, le sujet des fausses informations, le cinéaste utilise de nouveau le genre du film historique pour parler de notre époque. Il y est cette fois question de naïveté et d'aveuglement face à la montée du fascisme.
Dans les rôles principaux, Nastya Golubeva - 21 ans - est une véritable révélation et signe ici une interprétation intense qui l'impose déjà comme l'un des visages qui feront le futur du cinéma français. Jean Dujardin est, lui aussi, d'une grande justesse sous les traits d'un homme corrompu, à la fois instrumentalisé par l'extrême droite et qui tire profit des privilèges que les nazis lui accordent.
Ce qui est intéressant, c'est de comprendre comment on peut glisser. Des Jean Luchaire, je pense qu'il y en a eu pas mal à l'époque.
"Je ne suis pas du tout fasciné par le personnage, explique Jean Dujardin à AlloCiné. Je n'ai pas essayé de m'accrocher à sa personnalité. Il n'est pas question d'incarner un personnage, mais plutôt de raconter cette époque, le chaos et les mauvais choix. Jean Luchaire n'est qu'un véhicule finalement. Ce qui est intéressant, c'est de comprendre comment on peut glisser. Des Jean Luchaire, je pense qu'il y en a eu pas mal à l'époque."
Pour l'acteur, Les Rayons et les Ombres met en lumière ce que le cinéma français a toujours été frileux de montrer : "Nos racines ont tendance à disparaître, mais c'est tout de même ce qui nous constitue. Ce qu'il s'est passé entre 40 et 45, ce sont des racines un peu malades. On sait qu'il y a eu des résistants, des collabos, mais beaucoup de choses restent troubles. Le film ne juge pas, il dit ce qui n'est pas dit."
WAITING FOR CINEMA – CURIOSA FILMS – GAUMONT – FRANCE 3 CINÉMA
Il poursuit : "On a la version officielle, celle des manuels scolaires, mais pas forcément les faits. Ici, Xavier Giannoli a travaillé pendant sept ans avec des biographes, des historiens pour reconstituer cette époque. Il raconte des choses de nous, des choses que l'on ne veut pas savoir. Et je pense que le cinéma a cette fonction là : nous éclairer pour nous permettre de corriger notre société."
Propos recueillis par Olivier Portnoi, à Paris, en mars 2026
Les Rayons et les Ombres, actuellement au cinéma