Si on ne présente guère plus sa cultissime trilogie du dollar, et encore moins son monument qu'est Il était une fois dans l'Ouest, son plus gros succès au box office en France avec plus de 14,8 millions de spectateurs en 1969, Sergio Leone a signé trois ans plus tard un autre chef-d'oeuvre : Il était une fois la révolution. Différent de ses oeuvres précédentes mais gardant un esprit très picaresque, ce western ne possède certes pas les répliques culte en pagaille du Bon, la Brute et le Truand.
Mais n'en reste pas moins baigné par un très puissant souffle dramatique et même poignant, porté par une sublime partition d'Ennio Morricone. James Coburn y est extraordinaire, sous les traits de Sean Mallory, révolutionnaire irlandais spécialisé dans les explosifs, contraint de fuir son pays et faire alliance malgré lui avec Juan Miranda (Rod Steiger), pilleur de diligences dans un Mexique plongé en pleine guerre civile.
Entre ironie mordante et pure tragédie, le ton du film peut sembler déconcertant. Mais il est brillamment maintenu dans un équilibre qui serait à bien des égards précaire chez nombre de cinéaste. Mais pas chez un génie comme Leone.
A ce titre, on n'ose imaginer ce qu'aurait donné le film entre les mains de Peter Bogdanovich, qui devait initialement le réaliser... Ce dernier passa d'ailleurs quatre mois à Rome sous la tutelle de Leone, pour y élaborer un traitement scénaristique qui fut non seulement rejeté par Leone, mais même par le studio, qui rappela in fine Bogdanovich aux Etats-Unis. En clair : le film ne se ferait tout simplement pas si Leone ne prenait pas lui-même les commandes.
"C'est le film le plus dur sur lequel j'ai travaillé"
Le Maître raconta ainsi ces savoureuses coulisses dans une master class qu'il donna à la Cinémathèque de Paris, le 6 mai 1986 :
"Le film était destiné à quelqu'un que je n'estimais pas du tout. Qui s'appelle [Peter] Bogdanovich. On m'a envoyé ce garçon d'Amérique, d'United Artists, je l'ai laissé travailler pendant 3 ou 4 mois à Rome, et je voyais qu'il faisait seulement des projections de son premier film, La Cible, sans s'occuper du film. Finalement, un jour, j'ai dit : "Il faut écrire quelque chose", et il m'a répondu : "Moi, je travaille avec maman..." J'ai dit : "Maman ? Ta mère ?" Il a dit : 'Non, j'ai ma femme, je l'appelle maman".
Alors j'ai fait venir maman et on commence à travailler. Il a écrit un découpage, pas un découpage, une sorte de traitement, je l'ai lu, je me le suis fait traduire, et je croyais que le traducteur n'était pas bon, alors j'ai changé le traducteur... J'en ai pris un autre, mais la matière restait toujours la même, alors j'ai envoyé le traitement à United artists, et j'ai dit : "Voilà le film que M. Bogdanovich veut faire, mais moi je ne marche pas". Un télégramme est arrivé avec des instructions de le faire rentrer en classe touriste tout de suite.
Ils [United Artists] avaient déjà dépensé une grosse somme d'argent, alors j'ai été obligé de prendre la direction du film et j'ai tout changé - j'ai fait le film au jour le jour. Je l'ai écrit pendant le tournage. Et c'est le film le plus dur, si vous voulez, mais aussi le film que j'aime un peu plus à cause de cette situation, parce que c'est un film sur lequel j'ai beaucoup travaillé".
Il était une fois la révolution, diffusé sur TCM à 20h50.
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