"Je n’obtiens pas beaucoup de réponses qui me rassurent" : l'inquiétude de Steven Spielberg face au manque de culture cinématographique des jeunes générations
Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.

Dans un entretien daté de 2011, Steven Spielberg exprimait son inquiétude face au manque de culture cinématographique des jeunes générations, encourageant la découverte des films produits avant les années 1960 pour comprendre l'évolution du cinéma.

DOMINIQUE JACOVIDES / BESTIMAGE

Le 30 janvier dernier, The Atlantic publiait un article plutôt inquiétant, sinon triste. Intitulé The Film Students Who Can No Longer Sit Through Films, il expliquait qu'aux Etats-Unis, les enseignants ont de plus en plus de mal à montrer des films à leurs élèves, qui viennent pourtant étudier le cinéma. En cause : des étudiants devenus beaucoup trop accros à leurs smartphones, incapables de se concentrer longtemps, et donc de concentrer leur attention sur des films trop longs.

"Tout le monde sait qu’il est difficile de faire lire les étudiants, mais la crise de la concentration ne se limite pas à l’écrit : les professeurs constatent désormais qu’ils n’arrivent même plus à faire regarder des films à leurs étudiants en cinéma” écrit la journaliste du mensuel américain.

"Certains étudiants en cinéma refusent catégoriquement l'idée de projections en présentiel"

Si quelques professeurs confient à la journaliste “n’avoir constaté aucun changement”, la plupart ont le sentiment inverse et vont, pour certains, jusqu’à comparer leurs étudiants “à des fumeurs en manque”. Et de citer l’exemple d’un professeur qui, malgré l’interdiction d’utiliser des appareils électroniques pendant les projections, observe que la moitié de ses étudiants “finissent par jeter des coups d’œil furtifs à leur téléphone”.

Face à "certains étudiants [qui] refusent catégoriquement l’idée de projections en présentiel”, plusieurs professeurs “les autorisent désormais à visionner des films en streaming”. Même là, ce ne semble pas toujours être le cas. The Atlantic cite ainsi l’exemple de l’Université de l’Indiana, où les enseignants peuvent vérifier si les élèves regardent les films sur la plateforme de streaming interne du campus. Et les chiffres sont alarmants : en moyenne, moins de 50 % lancent le film et seulement 20 % le regardent jusqu’au bout...

"je suis un peu triste que beaucoup de jeunes d’aujourd’hui ne connaissent pas beaucoup de films d’avant"

A l'aune de de constat, il est d'autant plus intéressant de revoir cette interview (repérée par DepressedBergman) de Steven Spielberg datée de 2011 pour le compte de l'AFI (American Film Institute), dans laquelle le cinéaste exprime son inquiétude face au manque de culture cinématographique des jeunes générations, mais aussi comment il a réussi à faire voir des films en noir & blanc à ses enfants, alors qu'ils étaient fortement réticents.

"Je côtoie beaucoup de jeunes et j'ai remarqué que bon nombre d'entre eux connaissent tous mes films, voire mieux que moi, et qu'ils connaissent tous les films de Marty, ceux de Brian De Palma, ceux de George Lucas, et qu'ils commencent à découvrir les trois films de Quentin Tarantino.

Mais ce qui se passe, c'est qu'ils n'ont pas grand-chose d’autre que ça, et quand je leur demande quels sont leurs films préférés de l’époque, de l’époque du noir et blanc des années 30 et 40, je n’obtiens pas beaucoup de réponses qui me rassurent, et je me rends compte que si les gens se contentent d’étudier les Movie Brats des années 70, ce qu’ils apprennent n’est qu’une pâle copie.

Parce que tous ces Movie Brats ont eux-mêmes appris des maîtres des années 30, 40 et 50, et je sûr que ceux des années 30, 40 et 50 ont eux-mêmes appris des maîtres du cinéma muet, et donc nous transmettons tous des influences et nous nous inspirons de génération en génération. Et je suis un peu triste que beaucoup de jeunes d’aujourd’hui aient en quelque sorte une limite à leurs influences personnelles, c’est-à-dire qu’ils ne connaissent pas beaucoup de films d’avant.

Mes enfants me demandent toujours si c'est en noir et blanc, parce que je leur montre souvent des films, et leur plus grande crainte, c'est que ce soit en noir et blanc. Et quand je leur dis que oui, ils ne veulent pas le voir. Donc, en réalité, la première réaction instinctive de mes enfants, c'est de ne pas vouloir voir un film en noir et blanc.

Mais ensuite je leur dis : "vous allez devoir le faire, pas le choix". Et je vous promets qu’au bout de 10 minutes, ils ne savent plus si c’est en noir et blanc ou en couleur, ni si le format est 16:9 ou 2:35. ils sont plongés dans le film et, en général, quand ils aiment le film, à la fin, ils en sont ravis". Ou comment cultiver le goût de l'effort.

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