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Un monstre de porcelaine brutal et coriace…
Pour leur regard vitreux, leur teint de cire ou leur innocence apparente, les poupées constituent, malgré leur visage angélique, une véritable source d’inquiétude. De cette dualité naît une fascination intemporelle, que le cinéma d’épouvante n’a eu de cesse d’exploiter depuis plusieurs décennies : Chucky, Annabelle ou plus récemment M3GAN… Rares sont les créatures horrifiques à avoir autant la cote que les terribles poupons maléfiques. Vous pensiez avoir fait le tour de ce bestiaire de porcelaine ? Que nenni ! Une nouvelle référence du genre vous attend dans les salles obscures et risque bien de rebattre les cartes : Dolly.
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Alors qu’elle part randonner en forêt avec son petit ami Chase (Seann William Scott), la jeune Macy (Fabianne Therese) ne se doute pas qu’elle va faire la rencontre d’une créature monstrueuse, bien décidée à l’élever comme sa propre enfant. S’engage alors une bataille effrénée pour sa survie…
Présenté en compétition au prestigieux festival du film fantastique de Gérardmer, Dolly marche dans les pas de classiques de l’horreur tels que Ghostland ou In a Violent Nature en parvenant à bouleverser ses spectateurs par l’inconfort de son atmosphère. Dans un cadre sylvestre et isolé d’abord, puis dans une vieille bâtisse aux allures de maison de poupées rafistolée, Macy est prisonnière de l’emprise de sa tortionnaire. Chaque détail contribue alors à exclure les personnages du monde civilisé, à les enfermer dans un environnement anxiogène où le moindre détail est étudié pour contribuer à l’inévitable montée d’angoisse. Terreux, poisseux, le décor se meut progressivement en véritable maison de l’horreur où Macy fait figure de poupée à taille humaine, victime des moindres crises de sa ravisseuse.
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Les aficionados de films d’épouvante le savent bien : une intrigue horrifique ne serait rien sans un bon antagoniste. Leatherface de Massacre à la tronçonneuse, Michael Myers de Halloween, Jason Voorhees de Vendredi 13 ou encore le Ghostface de la saga Scream, autant de figures masquées devenues icônes du genre, auxquelles s’ajoute désormais la très intimidante Dolly : un bon mètre 90 de stature, la carrure d’une armoire à glace, le tempérament colérique d’un enfant immature et, surtout, un terrifiant masque de porcelaine, évoquant les poupées les plus terrifiantes. Tortionnaire aussi imposante que dangereuse, dont le moindre coup de sang se transforme pour ses victimes en véritable boucherie, la mystérieuse Dolly n’en demeure pas moins une figure fascinante.
… qui dissimule un cœur brisé
Bien plus qu’une simple référence aux poupées tueuses du 7e art, Dolly s’impose comme un personnage de chair et de sang, dont le cœur continue de battre derrière la porcelaine. Entre deux gazouillis quasiment enfantins, particulièrement perturbants, l’immense personnage surprend surtout par sa capacité, inattendue, à créer de l’empathie chez les témoins de son carnage. Pour les personnages comme les spectateurs, pris au dépourvu par son caractère enfantin, Dolly s’impose en effet comme une figure pathétique, voire tragique, qui interroge nécessairement sur les raisons de son déséquilibre.
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Celui qui en parle le mieux, c’est encore son “père”, le cinéaste Rod Blackhurst, pour qui Dolly est loin d’être une créature monolithique : “C’est un monstre mélancolique, clairement habité par un profond traumatisme, explique-t-il.. [...] Un être brisé, devenu un monstre prisonnier de son manque d’amour, et cherchant un sens à sa vie.
Dolly est née de la crainte de ce qui survient lorsque le contrôle se substitue à l’amour, lorsque la protection maternelle bascule vers la possession. Le film puise ses racines dans des angoisses très concrètes liées aux traumatismes familiaux, et aux récits que nous imaginons pour parvenir à y survivre.”
Récompensé aux Emmy Awards pour le documentaire Netflix Amanda Knox, Rod Blackhurst est en effet parvenu à donner vie à un personnage particulièrement dérangeant et terrifiant, pourtant habité par l’essence même du drame : aussi fissurée que son masque de porcelaine, la psyché de Dolly est marquée par de profondes blessures personnelles, que cette dernière tente par tous les moyens de soigner en se substituant à la figure maternelle qu’elle semble rechercher depuis toujours. Mais préférant suivre la règle d’or du genre horrifique, “suggérer plutôt que montrer”, Rod Blackhurst fait le pari de ne pas trop en révéler pour conserver, autour de son personnage déjà culte, un délicat linceul de mystère.
Dolly est à découvrir actuellement au cinéma.