Ça parle de quoi ?
De retour en Tunisie pour les funérailles de son oncle, Lilia retrouve une famille qui ignore tout de sa vie à Paris. Déterminée à éclaircir le mystère de cette mort soudaine, Lilia se retrouve confrontée aux secrets d'une maison où cohabitent trois générations de femmes.
Secrets et mensonges
En 2021, au coeur de l'été, Leyla Bouzid avait fait sensation en clôture de la Semaine de la Critique du Festival de Cannes avec Une histoire d'amour et de désir. Et ce titre pourrait très bien coller avec le contenu de son troisième long métrage, car il est notamment question de ça dans À voix basse, mais pas seulement, puisque c'est la mort qui fait office de point de départ de ce récit : celle de l'oncle de Lilia (Eva Bouteraa, vraie révélation), qui la contraint de quitter sa vie à Paris pour retourner dans sa Tunisie natale, où sa famille ignore tout d'elle.
Il est aussi question de secrets : celui du défunt, mort dans d'étranges circonstances, et celui de Lilia vis-à-vis des siens et des autres générations de femmes de sa famille, chez qui l'homosexualité est taboue. Et c'est par ce prisme queer que la réalisatrice, comme dans ses deux longs métrages précédents (À peine j'ouvre les yeux et Une histoire d'amour et de désir), mêle l'intime et le politique, tout en se confrontant aux traditions de la Tunisie, pays dans lequel elle revient poser ses caméras.
"Avec la trajectoire de Lilia se joue l’émancipation d’une femme face à sa famille et à son pays"
"Perçue comme une tare, traitée comme une maladie, le mal-être suscité s’est propagé à tous", raconte la réalisatrice dans le dossier de presse de son film présenté en Compétition au dernier Festival de Berlin. "J’ai été saisie en découvrant à quel point, dans chaque famille tunisienne, il y a un 'Daly'. Cet oncle, ce cousin, cette connaissance, dont l’existence a été écrasée, et qui est resté un être fantomatique. Cette mort terrible de Daly devait avoir un sens. Permettre à Lilia de se révéler."
"Avec la trajectoire de Lilia [venue avec sa compagne, jouée par Marion Barbeau, qu'elle fait passer pour sa colocataire, ndlr] se joue l’émancipation d’une femme face à sa famille et à son pays. Comment avoir le courage et la force d’être qui elle est ? Comment construire, avoir un enfant sans le dire à sa propre mère ? Comment se déployer vers un avenir en n’assumant pas son présent ? Cela, Lilia ne le voit pas encore au début du film, elle croit que tout est sous contrôle. Et c’est là, en Tunisie, dans un contexte hostile à ce qu’elle est, que sa réalité commence à s’effriter."
Memento Distribution
D'où le titre de ce beau drame, sensible, qui évoque les non-dits comme les choses que l'on tente de cacher, pour des questions d'image et de respect des traditions, quand bien même celles-ci entravent une possible émancipation ("Ingénieur ça n'est pas un métier pour une femme", dit-on à l'héroïne). À voix basse ne révolutionne pas sa manière d'aborder ses sujets, mais le fait avec beaucoup de justesse en mettant en parallèle le parcours de Lilia et celui de Daly, qu'elle découvre au fil de son enquête. Et cette progression se retrouve également dans la mise en scène et le travail du chef opérateur, avec une lumière qui entre de plus en plus dans la maison, décorée avec des objets ayant appartenu à la famille de Leyla Bouzid.
Si le côté personnel de l'ensemble ne faisait aucun doute, ces éléments du décor ne font que le confirmer, alors que le titre désigne aussi le tact avec lequel elle déroule son histoire. D'amour, de désir, de famille et de mort. Dans un troisième long métrage qu'il convient de ne pas manquer, pour ses sujets, ses comédiennes et sa réalisatrice, plus que jamais à suivre.
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