"Pourquoi m'infliger ça ?" : il a joué les durs à cuire chez Scorsese et Spielberg, mais rien n'avait préparé cet acteur culte au rôle le plus difficile de sa carrière
Vincent Formica
Vincent Formica
-Journaliste cinéma
Bercé dès son plus jeune âge par le cinéma du Nouvel Hollywood, Vincent découvre très tôt les œuvres de Martin Scorsese, Coppola, De Palma ou Steven Spielberg. Grâce à ces parrains du cinéma, il va apprendre à aimer profondément le 7ème art, se forgeant une cinéphilie éclectique.

Dans une carrière artistique, il faut parfois se confronter à des sujets extrêmement éprouvants. C'est le défi auquel a dû faire face ce comédien culte il y 27 ans, quand il a été choisi par Tim Roth pour le rôle le plus dur de sa carrière.

En 1999, le comédien Tim Roth passe derrière la caméra pour mettre en scène ce qui sera son seul et unique film en tant que réalisateur : The War Zone. Le récit nous présente Tom, 15 ans, un jeune homme qui traverse une adolescence orageuse. Muré dans son silence, à fleur de peau, il subit sans mot dire le déménagement familial vers une maison isolée, perdue au cœur de la campagne.

The War Zone
The War Zone
Sortie : 26 janvier 2000 | 1h 38min
De Tim Roth
Avec Freddie Cunlife, Ray Winstone, Tilda Swinton
Presse
3,5
Spectateurs
3,7

Tandis que sa mère vient de donner naissance à une petite fille, bouleversant un équilibre déjà fragile, Tom s'enfonce dans un sentiment d'abandon, écrasé par l'ennui et une solitude qui le ronge. Mais ce huis clos apparent bascule lorsqu'il fait une découverte aussi brutale qu'inimaginable.

En perçant les non-dits qui gangrènent sa famille, Tom met au jour un secret sombre, dérangeant, qui unit son père à sa grande soeur Jessie. Dès lors, plus rien n’est comme avant : le malaise se mue en menace, et l'adolescent comprend qu'il vient de franchir un point de non-retour.

Un rôle sombre et exigeant

Ce drame déchirant évoque un sujet extrêmement délicat et traumatisant : l'inceste. Dans le film, c'est le père, incarné par Ray Winstone, qui est coupable de ce terrible crime envers sa fille, et cette expérience a été la plus douloureuse de sa carrière. Le comédien a été contraint d'explorer des recoins sombres de l'Humanité, et cela lui a beaucoup coûté.

"C'est le seul personnage que je n'aimais pas parmi tous ceux que j'ai interprétés", a-t-il confié au New York Times en 1999. "Le plus drôle, c'est que je jouais en réalité plus mon propre rôle que celui de n'importe quel autre personnage, non pas dans le sens de la violence, mais dans celui d'un père, préparant des tomates et des toasts, et parlant à ses enfants", a-t-il indiqué.

Une scène atroce se déroulant dans un bunker a failli être la goutte d'eau qui a fait déborder le vase pour Ray Winstone, qui était prêt à tout abandonner. "Je me suis demandé : Pourquoi m'infliger ça, à moi et à cette jeune fille [Lara Belmont] ? Mais, aussi absurde que cela puisse paraître, c'est elle qui m'a soutenu. Elle est venue me remercier après, ce qui m'a évidemment fait du bien", a expliqué l'acteur.

Je me suis demandé : Pourquoi m'infliger ça, à moi et à cette jeune fille ?

Comédien au physique imposant, habitué aux rôles de durs à cuire (Les Infiltrés, Indiana Jones 4, The Gentlemen, London Boulevard, Gunman...), Ray Winstone a malgré tout été terrassé par ce tournage éprouvant. Soutenu par sa jeune partenaire Lara Belmont, il a tenu bon, ne claquant pas la porte du plateau de Tim Roth.

Lara Belmont et Ray Winstone Fandango
Lara Belmont et Ray Winstone

Finalement, Winstone livrera l'une des performances les plus marquantes et impressionnantes de sa carrière, justifiant ainsi son choix d'aller jusqu'au bout. En effet, à ce moment de son parcours artistique, le Britannique était déjà familier des rôles exigeants, mais il y a un écart entre jouer un dur à cuire et plonger dans un personnage psychologiquement bien plus perturbant.

Des projets de cette nature requièrent un investissement émotionnel qui va au-delà de la simple interprétation, poussant les acteurs à affronter des facettes du comportement humain particulièrement ardues à explorer, et plus encore à rendre crédibles à l’écran. Ray Winstone a réussi ce défi avec brio.

"L'inceste est un sujet grave qui n'est pas toujours traité avec intégrité au cinéma", a déclaré Tim Roth en 2009 dans les colonnes du DailyMail. "Je voulais faire un film sur l'enfance mais d'un point de vue adulte. Pas ce que l'on voit habituellement, pas un film hollywoodien".

Pari très risqué mais réussi pour son premier galop d'essai en tant que réalisateur. D'autant que l'oeuvre a une portée à la fois salutaire et intime pour lui. 10 ans après la sortie du film, il avait révélé avoir été victime d'abus sexuels durant son enfance.

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