En 1971, Jean Gabin tourne avec Pierre-Granier Deferre avec qui il venait de faire le méconnu La Horse. Le courant est bien passé entre les deux hommes, et ils préparent l'adaptation d'un roman de Simenon intitulé Le Chat. Le projet enthousiasme Gabin, qui en plus va pouvoir travailler avec une comédienne qu'il admire.
Mais un événement va lui gâcher la fête.
Une grande déception
Gafer
Depuis le tournage du Tatoué avec Louis de Funès (1968), qui ne s'est pas du tout bien passé, Jean Gabin a l'image d'une star qui refuse de partager l'affiche avec une autre vedette. Aussi lorsqu'il est annoncé qu'il va donner la réplique à la grande Simone Signoret, tout le monde prédit une nouvelle catastrophe. Ce sera tout le contraire.
Le tournage se passe merveilleusement bien avec sa partenaire, avec laquelle il voulait tourner depuis longtemps. La destruction du couple formé par leurs personnages à l'écran n'a rien à voir avec l'ambiance en coulisses, comme en témoignent les mémoires de Signoret :
"Les préoccupations de Gabin dans la vie courante sont absolument opposées aux miennes", écrira Simone Signoret dans ses mémoires. "Je ne fais pas courir de trotteurs à Vincennes, je n'élève pas de vaches, et on n'a pas les mêmes idées sur bien des choses. Sauf sur une, et elle est de taille : 'Comment jouer la comédie ensemble ?'. Nous nous sommes tendrement aimés à jouer à nous haïr dans le film. Pendant les pauses, il me racontait son Hollywood à lui, son Jean Renoir et son Jacques Prévert, et c'était beau de retrouver dans son oeil le regard du déserteur de Quai des brumes, dans son sourire le sourire du capitaine Maréchal de La Grande illusion."
Un échec qui va durablement marquer Gabin
Gafer
Le film possède un sujet fort, des interprétations remarquables et une mise en scène qui met en parallèle la destruction d'un quartier de Courbevoie en région parisienne pour y installer La Défense avec l'annihilation de l'amour entre ces deux êtres au bout du rouleau. Pourtant, malgré ces qualités évidentes, Le Chat est un relatif échec en salles.
Un million de personnes se déplacent, mais moins de 400 000 en région parisienne. Un chiffre qui a beaucoup déçu Gabin, qui croyait dur comme fer au succès du projet, comme l'écrit son biographe et ami André Brunelin dans son ouvrage Gabin :
"Jean considérait Le Chat comme un de ses plus beaux films de la seconde partie de sa carrière, un de ceux, en tout cas, qui lui avait fait retrouver son enthousiasme et sa passion du temps de Quai des brumes et du Jour se lève. Le relatif insuccès populaire du film, qu'il avait coproduit avec sa société Gafer, lui procura une grande déception : 'Qu'est-ce qu'ils veulent que je fasse ?' me questionnait-il, amer, s'en prenant aux spectateurs qui avaient ignoré ce film."
Après cela, Gabin relèvera peu de nouveaux "défis" professionnels, tournant des rôles plutôt attendus (Le Tueur, Deux hommes dans la ville). Seul L'Affaire Dominici représentera pour lui une occasion de montrer qu'il peut tout jouer, et ce rôle inspiré d'une histoire vraie lui demandera un effort tout particulier, et il épluchera soigneusement toutes les informations disponibles sur l'affaire. Hélas, celui-ci aussi, sera considéré comme un échec au box-office (1,3 million d'entrées tout de même, mais moins de 200 000 sur Paris).
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