Avec Pour le plaisir, actuellement en salles, Reem Kherici réalise son quatrième long métrage. La comédienne et cinéaste s'intéresse ici à un sujet encore jugé tabou : celui du plaisir féminin.
Pour le plaisir suit Fanny (Alexandra Lamy) et Tom (François Cluzet), un couple marié et heureux depuis 20 ans. Mais un jour un secret éclate : Fanny n’a jamais eu d’orgasme. Tom, ingénieur, décide alors de relever un défi audacieux : créer l’objet qui révolutionnera le plaisir féminin. Ensemble, ils se lancent dans cette quête aussi déjantée qu’émouvante qui va transformer leur couple.
Le long métrage s’inspire librement de la création du Womanizer, sans pour autant raconter l’histoire des véritables inventeurs, les Allemands Michael et Brigitte Lenke. Ce qui intéressait surtout Reem Kherici était ailleurs : explorer la communication dans le couple, le désir féminin et ce que l’on ose, ou non, se dire après des années de vie commune.
L'importance du regard bienveillant de Reem Kherici
Pour filmer les scènes intimes, la réalisatrice, également actrice, a tenu à instaurer un climat de confiance très précis sur le plateau. Une coordinatrice d’intimité était présente durant le tournage et échangeait individuellement avec les comédiens afin de définir clairement ce qu’ils acceptaient ou non de montrer à l’écran. Lors des séquences les plus sensibles, l’équipe technique était réduite au strict minimum.
Mais pour Alexandra Lamy, le dispositif ne suffisait pas à lui seul : c’est surtout le regard de Reem Kherici qui a changé l’expérience du tournage.
Marie-Camille Orlando
“Au-delà de la coordinatrice d’intimité, qui est extrêmement importante, il y avait aussi le point de vue de la réalisatrice. Elle nous mettait elle-même en confiance”, explique l’actrice à notre micro.
Elle ajoute : “Je pense que si ça avait été réalisé par un homme, ne serait-ce que pour l’orgasme, il aurait peut-être voulu quelque chose de plus démonstratif, un geste, une main, un gros plan… Alors qu’elle, elle filme ça de l’intérieur. On ne voit presque rien et pourtant on ressent tout.”
La comédienne raconte également combien la précision de la mise en scène a contribué à créer un climat apaisé : “Quand j'ai lu le scénario je me suis demandée comment elle allait filmer les scènes de baisers et d'orgasme. C’est quand même un enjeu. C’est extraordinaire d’avoir une réalisatrice qui t’explique exactement ce qu’il va se passer. Elle nous a mis de la musique pour nous mettre dans l’ambiance avec François. Elle nous dit exactement comment la caméra va tourner, elle nous met à l’aise... C’était une fluidité extraordinaire."
Une expérience douloureuse sur le tournage de Colombiana
Une attention particulière que Reem Kherici relie directement à sa propre expérience d’actrice. “Être actrice m’a aidée à considérer encore plus la pudeur d’Alexandra, à vouloir davantage la protéger et la sublimer”, explique-t-elle à notre micro avant de revenir sur un événement marquant de sa carrière de comédienne.
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Reem Kherici ajoute alors : "C’est un pacte de femme et une responsabilité de metteur en scène et aussi de l’actrice en moi qui a été bafouée. Et j’en ai souffert sur un film sur qui s’appelle Colombiana. (NDLR : film d'action sorti en 2011 mis en scène par Olivier Megaton et produit par Luc Besson et Robert Mark Kamen). On n’a pas du tout respecté ce qui était prévu et je me suis fait virer du projet.
Ça n'a pas plu et je me suis fait virer !
Lors d'une scène, j'étais sur le bord de la piscine et l'acteur devait me porter comme une princesse. Finalement il a décidé de me jeter sur son épaule, mes fesses étaient face à la caméra et il m’a donné une fessée !
Professionnelle que je suis je ne coupe pas la scène mais j’appelle mon agent et je lui dis : "Bah voilà en fait ça m’a mise mal à l’aise, on ne m’a pas demandé la permission..., j’aimerais pouvoir connaître les prochaines scènes et savoir comment ça va se passer." Ça n'a pas plu et je me suis fait virer du projet".
Une expérience qui semble avoir profondément marqué la cinéaste, aujourd’hui particulièrement attentive au consentement et au respect de ses acteurs sur les tournages. Écartée d’un projet après avoir exprimé son malaise sur une scène qu’elle estimait non conforme à ce qui avait été prévu, Reem Kherici semble désormais vouloir construire un cinéma où la confiance fait pleinement partie de la mise en scène.
Pour le plaisir est à voir au cinéma.
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