Pour Nicolas Winding Refn, Her Private Hell est autant un retour sur grand écran (et à Cannes) qu'à la vie. Dix ans après The Neon Demon, le réalisateur de Drive est venu présenter son nouveau long métrage sur la Croisette, thriller qui navigue entre la science-fiction, l'horreur et les contes de fées, grâce auquel il nous rappelle qu'il n'a rien perdu de son talent de plasticien.
Si le mot "émotion" est très rarement associé à Nicolas Winding Refn, ce dernier a surpris tout le monde pendant la conférence de presse, en racontant avoir été victime d'une insuffisance mitrale (ou fuite de valve cardiaque) qui lui a valu d'être mort pendant vingt-cinq minutes. Après avoir expliqué ce que cet événement avait changé pour lui, le cinéaste a en effet fondu en larmes.
"L'expérience de la mort est très intéressante", a-t-il commencé, avec une pointe d'humour. "Avant de mourir, j'en étais arrivé à la fin de ma carrière, car je n'avais plus rien en moi. Donc je n'avais plus rien à faire. Puis j'ai eu ce qui s'appelle une fuite de valve cardiaque, ce qui signifie que le sang reflue dans le coeur, et que j'étais en train de mourir car mes poumons se remplissaient de sang. Cette situation a été découverte par accident, et on m'a soudainement dit que je ne survivrais probablement pas. Mais que si j'y parvenais, ils ne savaient pas ce qu'il se passerait."
"Deux semaines plus tard, j'ai donc été opéré. Et, Dieu merci, le chirurgien était Tom Cruise ! Parce qu'il pouvait traverser mon corps avec ses capacités, et ouvrir mon coeur pour le réparer. Moi qui pensais être un génie, ce type était au-delà (rires) Puis on m'a réassemblé avec de l'électricité, comme Frankenstein. Ensuite, quand je suis revenu, j'ai réalisé que j'avais vécu cinquante ans de ma vie et qu'il m'en restait peut-être vingt-cinq, mais que j'allais devoir faire bon usage de ces vingt-cinq années."
"Soudain, le temps devient plus une essence. Le temps est tout. Et quand vous créez, il y a une interaction avec le public qui vous donne de son temps, et il faut le respecter. C'est comme un échange en or, on se doit de donner quelque chose en retour, à mon avis. Et c'est ce que je pense être ici pour faire, autant que possible, avec tout le monde autour de moi. Maintenant, je suis comme l'homme bionique, et j'ai réalisé avant de mourir qu'on m'avait fait un cadeau : je pouvais recommencer à zéro. Combien de personnes ont une seconde chance dans leur vie ?"
"J'ai compris que j'avais reçu un seconde chance de Dieu et que j'allais utiliser cette chance pour quelque chose qui allait être bien"
"J'ai compris que j'avais reçu un seconde chance de Dieu et que j'allais utiliser cette chance pour quelque chose qui allait être bien. Quelque chose qui, au moins pour moi, me permettrait de me questionner sur la façon d'élargir l'horizon de mes enfants. Celui des enfants de tout le monde. C'est pour les enfants !" Une dernière phrase en forme de point final, prononcée avec une voix tremblante et qui lui a valu une salve d'applaudissements, lesquelles ont fait couler les larmes du réalisateur, et donné naissance à l'un des moments les plus inattendus de cette édition cannoise.
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