Pedro Almodóvar est de retour à Cannes avec son 25ᵉ long métrage, Autofiction. Le réalisateur espagnol entretient une longue histoire avec le festival, où il a présenté de nombreux films et décroché un Prix de la mise en scène en 1999 pour Tout sur ma mère, ainsi qu'un Prix du scénario pour Volver en 2006. Sélectionné en compétition, ce nouveau film lui offre l'occasion de livrer un portrait quasi autobiographique, porté par Leonardo Sbaraglia, Bárbara Lennie et Aitana Sánchez-Gijón.
Raúl est un cinéaste culte en pleine crise créative. Lorsqu’un drame frappe l’une de ses plus proches collaboratrices, il s’en inspire pour écrire son prochain film. Peu à peu, il imagine Elsa, une réalisatrice en pleine écriture, dont le parcours commence à refléter le sien. Les deux cinéastes deviennent les deux facettes d’un même personnage, dans un jeu de miroirs où l’impudeur de l’autofiction dévoile autant qu’elle détruit. Mais jusqu’où peut-on aller pour raconter une histoire ?
Qu'ont pensé les spectateurs du nouveau film quasi autobiographique de Pedro Almodovar ? Sur AlloCiné, le film obtient actuellement une moyenne de 2,6 sur 5, basée sur 133 notes et 29 critiques.
Almodóvar se met à nu
Les fans du réalisateur comme le grand public sont conquis par ce nouveau long métrage. L'exploration de l'autofiction et de l'autocritique, portée par un scénario intelligent, est saluée. La maîtrise visuelle et les performances des acteurs sont, elles aussi, fidèles à la patte d'Almodóvar.
Claude Super (5/5) : "Scénario intense mis en image avec brio et servi par des actrices superbes dans la justesse de l'interprétation."
Remyll (4,5/5) : "Au cœur d'«Autofiction» se trouve le fameux débat sur la propriété des scénarios. Pedro Almodóvar est reconnu comme un réalisateur tellement original et entier que son seul nom évoque un style bien particulier et immédiatement identifiable. (...) Le thème est donc exploré ici sans relâche, dépeint avec un brio saisissant, avec une délicatesse troublante n'empêchant pas les brusqueries et une pincée d'humour assez tordante, typique des films d'Almodóvar. Clairement, je pense qu'ici Pedro Almodóvar s'identifie à ses deux personnages principaux : le beau Raúl (Leonardo Sbaraglia) et la si ravissante Elsa (Bárbara Lennie) et, pour tout dire : on ne s'en lasse pas !"
Copyright El Deseo / Iglesias Más
Vince (4/5) : "Bien que confus et complexe, le nouveau projet d'Almodóvar est intéressant, magnifié par la présence de Bárbara Lennie, qui crève l'écran à chaque apparition. Mais, entre fiction et réalité, histoire dans l'histoire, Pedro Almodóvar peut parfois se perdre..."
Catherine Lenne (4/5) : "Oui bien sûr, Almodóvar parle de lui-même, mais c'est vraiment un grand plaisir de le retrouver. Le scénario est extrêmement bien construit, intelligent et je ne me suis pas ennuyée une seconde. L'interprétation et, comme d'habitude, les rôles confiés aux femmes sont formidables. On a souvent le sourire, tellement on reconnaît la pâte d'Almodóvar. Je recommande ce film."
DUCARNE (4/5) : "(...) En tout cas, les actrices sont impressionnantes et ravissantes, en particulier Bárbara Lennie que je ne connaissais pas, au charme dévastateur, et la toute jeune Milena Smit : absolument envoûtante. Les hommes aussi sont magnifiques. Bref, c'est sûr : on ne regrette pas sa soirée !"
Un cinéaste face à ses propres limites
Les spectateurs déçus pointent surtout le manque d'originalité du film. Une impression de répétition et d'essoufflement scénaristique donne le sentiment d'une œuvre de trop, voire narcissique.
Cédric L. (3,5/5) : "Qu'est-ce qu'un artiste ? Un être à part, tellement à part, qu'il est souvent incompris. Pedro Almodóvar nous dévoile sa nouvelle œuvre comme une sorte de miroir, pour nous faire comprendre ce que lui et ses homologues vivent ou ont vécu lorsqu'il s'agit de créer. En même temps, c'est une véritable déclaration d'amour aux auteurs, dramaturges, écrivains, etc. Je n'irais pas jusqu'à dire qu'Almodóvar est narcissique... Mais toujours est-il que le metteur en scène est tellement obnubilé, passionné par son art, que sa propre vie est ce qui lui sert de socle, de moteur pour sa création. Dans ce film, il est intéressant de voir PA faire du PA : toutes les belles couleurs utilisées rendent le film visuellement très plaisant à regarder, et on sent qu'il s'inspire de ses films précédents, notamment Femmes au bord de la crise de nerfs. (...)"
Yves G. du Club AlloCiné (3/5) : "(...) Almodóvar n'a plus rien à prouver et peut tout se permettre. Aucun producteur n'aura le culot de s'opposer à lui. Peut-être le sait-il un peu trop et s'autorise-t-il une liberté qu'il ne se serait pas permise à l'époque de "Tout sur ma mère". Ici, sans fard, il se livre à travers son double autobiographique, Raúl, dans l'intimité de sa splendide résidence madrilène, avec son compagnon, avec ses crises d'angoisse et ses emprunts revendiqués à la réalité. Le scénario du film et celui du film dans le film évoluent en fonction de l'inspiration du démiurge. Ils se terminent en queue de poisson, donnant la fâcheuse impression que le septuagénaire en avait marre et ne s'est guère donné de mal."
Copyright El Deseo / Iglesias Más
Melvin Richer (2,5/5) : "Un film pour les almodovariens, en fait… ou ceux qui n'ont jamais vu son cinéma. Je ne suis pas du tout rentré dans l'histoire. Il y a beaucoup de petits défauts, comme si le scénario et le découpage étaient trop brouillons et qu'il avait bâclé le film. Il y a des manques de cohérence, des moments de répétition qui rendent la séance vraiment longue, même si à la base l'idée est intéressante. Bref, il ne s'est pas pris la tête sur celui-là."
Alan.B.Demented (2/5) : "Palme probable du plus gros nombril de Cannes 2026. Déployer un tel dispositif gigogne, esthétiquement toujours aussi travaillé, avec pour simple finalité d'exposer au spectateur que s'il est une merde, ce n'est pas de sa faute : c'est son métier de scénariste qui veut ça. Mission réussie."
Lcampa (1/5) : "Encore ! Un écrivain qui écrit, quelle originalité ! Il se sert des gens autour de lui pour créer leur double dans un roman. Alors on a tout en double. Tout ! Ce n'est plus possible — on est en 2026 quand même. Ce scénario, on l'a déjà vu mille fois au cinéma. Qu'est-ce qu'on s'ennuie devant ces grandes bourgeoises et leurs bobos. Non mais franchement ? Ce n'est pas parce qu'une actrice porte un beau pull rouge pétant que l'image est belle ! Ce n'est pas parce qu'une larme coule sur une joue qu'on est ému... Ce n'est plus forcément ça, le cinéma (en tout cas filmé de cette façon). Suis sorti en colère de la projection : "trop peu n'est pas assez" !"
En résumé
Autofiction séduit avec son dispositif de film dans le film et sa démarche autocritique assumée. La mise en scène, les couleurs et les performances des acteurs portent indéniablement la marque d'Almodóvar. Pourtant, la répétition des thèmes et des ingrédients chers au réalisateur laisse certains spectateurs sur leur faim, oscillant entre admiration et sentiment de déjà-vu.
Autofiction actuellement au cinéma.
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