En 2014, Luc Besson triomphe au box-office mondial avec Lucy, récoltant 458 millions de dollars pour un budget de 40 millions. Ce succès permet au cinéaste de mettre en chantier le projet d'une vie : l'adaptation de Valérian et la Cité des mille planètes.
Le film est basé sur la série de bandes dessinées de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières, une oeuvre qui a bercé l'enfance de Besson. Pour parvenir à réaliser son rêve, le réalisateur met le paquet ! Valérian bénéficie du plus gros budget pour un film français, avoisinant les 200 millions d'Euros. Le papa du Cinquième Elément prend de gros risques, notamment via sa société EuropaCorp, qui produit le long-métrage.
Un rêve d'enfant
"À l’âge de dix ans, je me rendais chez le marchand de journaux tous les mercredis. Un jour, j’ai découvert un magazine intitulé Pilote, où on trouvait la BD Valérian et Laureline. Je me suis dit : ‘Mais qu’est-ce que c’est ?’ Ce jour-là, je suis tombé amoureux de Laureline et j’ai aspiré à devenir Valérian.
C’étaient les années 70, et c’était la première fois qu’on voyait un personnage féminin moderne aussi dur à cuire. Il ne s’agissait pas d’une histoire de super-héros en costumes, c’était bien plus léger, bien plus libre, et bien plus satisfaisant, parce que Laureline et Valérian sont l’équivalent de deux flics tout à fait normaux, sauf qu’ils évoluent au XXVIIIe siècle et que leur univers est à la fois étrange et merveilleux", confiait le cinéaste.
Après un tournage d'une grande ampleur, Valérian débarque en salles le 26 juillet 2017. Cette super-production s'annonce comme un carton planétaire après celui de Lucy 3 ans plus tôt.
Quelques temps après la sortie du film, c'est la douche froide pour Luc Besson. Son rêve vacille sous le poids de son échec astronomique au box-office. Avec seulement 225 millions de dollars de recettes mondiales, l'oeuvre va sonner le glas d'EuropaCorp. Finalement, les pertes ont été estimées à 82 millions de dollars, ce qui a eu un véritable impact pour un long-métrage produit de manière indépendante.
EuropaCorp
Un flop monumental
Les 4 millions de spectateurs hexagonaux ne suffiront pas à sauver le soldat Valérian. Luc Besson doit se rendre à l'évidence, il n'a pas réussi son pari. Très amer, le producteur a tenté d'expliquer les raisons de ce flop au micro de Collider en novembre 2017 :
"En réalité, nous avons eu une très, très mauvaise campagne de presse aux Etats-Unis pour la sortie en salle, très mauvaise. C’est mon opinion. Une partie des critiques, environ 70%, étaient positives et 30% mauvaises, comme d’habitude. Une partie des avis négatifs s'est propagée dans le monde entier, certains articles ont de l’écho...
Ils se retrouvent sous les yeux de toute personne qui tient un journal entre ses mains, jusqu’en Chine. Ils lisent cet article qui arrive d’Hollywood. Toute l’entreprise a été flinguée par un ou deux papiers. Soudain, le reste du monde se demande " Woah, qu'est-ce qui se passe aux Etats-Unis avec ce film ?" Et après il est devenu très compliqué de s’adresser aux gens, de leur dire "Les gars, jugez par vous-mêmes, allez voir le film", analyse Luc Besson.
Ce ratage a beaucoup affecté EuropaCorp, qui misait sur un rattrapage venant du côté du côté de la Chine. Elle en sera là aussi pour ses frais. Le film a récolté un peu plus de 62 millions de dollars dans l'Empire du Milieu, pas assez pour redresser la barre.
Une suite toujours possible ?
Dans ces conditions, difficile de mettre en chantier un second volet de Valérian. En janvier 2018, Variety révélait que Besson était en négociations avec Netflix pour signer un contrat de plusieurs films. Un deal qui aurait pu sauver la franchise Valérian ? On ne le saura jamais car cela j'a jamais été concrétisé.
Malgré les difficultés, EuropaCorp et Luc Besson tentent le tout pour le tout en 2019 avec Anna, un film d'action porté par Sasha Luss. Tourné pour 30 millions de dollars, il n'en rapporte que 31 à l'international. Ce nouvel échec cuissant sonne le glas de la société française, placée en procédure de sauvegarde en juillet 2019.
En février 2020, EuropaCorp est racheté par la firme américaine Vine Alternative Investments. Luc Besson abandonne la gestion de l'entreprise, mais reste en tant que directeur artistique pour une durée de 5 ans. En août 2020, Axel Duroux est nommé directeur général de la société par le conseil d'administration.
Déboires judiciaires
Depuis, Besson s'est retrouvé dans la tourmente judiciaire. En mai 2018, l'actrice Sand Van Roy portait plainte pour viol contre le réalisateur suite à un rendez-vous dans un hôtel parisien. Deux mois plus tard, la jeune femme dénonçait une relation "d'emprise professionnelle" avec le producteur, rapportant d'autres faits de viols, d'agressions sexuelles et de rapports toxiques.
Après plusieurs mois d'enquête, sa plainte avait été classée sans suite en février 2019 par le parquet de Paris, estimant n’avoir pu "caractériser l’infraction dénoncée dans tous ses éléments constitutifs." Suite à cette décision de justice, la comédienne belgo-néerlandaise avait de nouveau porté plainte avec constitution de partie civile.
Une information judiciaire pour viol a été ouverte le 2 octobre 2019. L'enquête a donc été relancée et Luc Besson a été placé sous le statut de témoin assisté en janvier 2021. Le cinéaste a toujours contesté ces accusations, évoquant une relation consentie. Après plusieurs années d’investigations, un non-lieu avait été prononcé en décembre 2021, puis confirmé par la cour d’appel de Paris en 2022 et par la Cour de cassation en juin 2023.
EuropaCorp
Besson a tourné la page
Après l'échec cuisant (même la catastrophe industrielle) de Valérian combiné aux déboires de Besson, il est très peu probable de voir une suite à ce film dans les années à venir. Cela demanderait un budget énorme et une logistique titanesque.
Or, le public a tranché en n'allant pas voir le premier opus, condamnant l'oeuvre à demeurer unique. Valérian restera ainsi le film de science-fiction le plus cher de l’Histoire du cinéma européen, et malheureusement, l’un des plus gros échecs de tous les temps également.
Par ailleurs, le metteur en scène de 67 ans est passé à autre chose depuis, réalisant des longs-métrages plus modestes comme Dogman, June and John et Dracula. Il a également un nouveau projet de science-fiction, The Last Man, avec Snoop Dog dans le rôle principal.
Il s'agira d'un récit post-apocalyptique, avec une intrigue inspirée de La Planète des singes, qui pourrait être connectée d'une façon ou d'une autre à la chanson de Snoop Dogg, Last Man Standing.
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