Parfois, un film est tellement marquant, tellement viscéral, tellement dérangeant, qu'on ne peut vraiment pas le voir une seconde fois. Certains évoquent L'Exorciste, d'autres Antichrist ou Cannibal Holocaust, mais le long-métrage qui met très souvent tout le monde d'accord est sorti il y a 25 ans : Requiem For A Dream.
Mis en scène par Darren Aronosfky, le film est porté par Jared Leto, Jennifer Connelly, Marlon Wayans et Ellen Burstyn. Cette dernière incarne Sara Goldfarb, une habitante de Coney Island. Cette mère de famille mène une existence solitaire, bercée par les souvenirs et les émissions de télévision qui rythment ses journées.
Veuve excentrique et profondément attachante, elle nourrit un rêve qui vire peu à peu à l’obsession : être invitée sur le plateau de son programme favori. Convaincue que ce jour viendra, elle s’impose un régime drastique dans l’espoir de pouvoir à nouveau enfiler la robe rouge qu’elle réserve pour cette occasion tant attendue.
Pendant ce temps, son fils Harry tente d’échapper à son quotidien par la drogue. Aux côtés de sa compagne Marion et de son ami Tyrone, il s’abandonne à des rêves de réussite, d’amour et de liberté, persuadé qu’un avenir meilleur est à portée de main.
Mais leurs aspirations se heurtent rapidement à la réalité de leurs dépendances. À mesure que leurs illusions se fissurent, chacun s’enfonce dans une descente vertigineuse où les espoirs se transforment en obsessions, et où la quête du bonheur laisse place à l’angoisse, à la souffrance et à l’autodestruction.
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Une oeuvre qui prend aux tripes
Rythmé par la musique lancinante de Clint Mansell, Requiem For A Dream est un véritable trip viscéral qui dissuaderait n'importe qui de toucher à la drogue. L'histoire nous entraîne dans une descente aux enfers d'une hallucinante virtuosité, Aronofsky parvenant à nous faire ressentir les sensations des personnages par la mise en scène et le montage.
Le réalisateur utilise un montage extrêmement nerveux, des répétitions visuelles et sonores, des accélérations de rythme et des effets de caméra qui plongent le spectateur dans l'état mental des personnages. On ne regarde pas simplement l'addiction, on en ressent la mécanique obsessionnelle.
Cependant, le film n'est pas si choquant que ça, au sens traditionnel du terme ; il est extrêmement troublant car il est émotionnellement éprouvant. Le film laisse souvent une impression durable de malaise, de tristesse et d'impuissance qui décourage un second visionnage.
Contrairement à de nombreux récits tournant autour de la drogue ou les addictions, Requiem ne ménage pratiquement aucun répit. Dès le début, le spectateur comprend que les personnages poursuivent des rêves voués à se déformer et à les détruire. L'histoire progresse comme une chute ininterrompue, sans véritable moment de catharsis ou d'espoir.
On est loin des stoners movies de l'époque, ce genre cinématographique tournant autour du cannabis, comme How High ou la saga Friday. De manière générale, ces oeuvres dépeignent la consommation de cette substance de façon comique et positive. Dans le long-métrage de Darren Aronofsky, rien de tout ça, bien au contraire !
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Regard cinglant sur l'addiction
Ici, le récit ne présente pas ses protagonistes comme des caricatures. Sara, Harry, Marion et Tyrone sont avant tout des personnes qui cherchent à être heureuses, aimées ou reconnues. Le spectateur peut facilement s'identifier à leurs désirs, même s'il ne partage pas leur abandon dans l'addiction. Cette proximité rend leur déchéance particulièrement douloureuse à observer.
De plus, si l'intrigue est si éprouvante à suivre, c'est surtout pour l'horreur psychologique qu'elle instille en nous. Même si certaines scènes comportent des images difficiles, ce qui marque le plus est souvent la destruction mentale des personnages. Le parcours de Sara, notamment, est fréquemment considéré comme le plus bouleversant.
Son désir innocent de passer à la télévision se transforme progressivement en obsession pathologique. Cette tragédie touche à des peurs universelles comme la solitude, le vieillissement, le besoin de reconnaissance et la perte de contact avec la réalité.
Par ailleurs, Requiem For A Dream nous gratifie d'un des fins les plus dévastatrices du cinéma contemporain. La conclusion ne propose ni rédemption ni consolation. Chaque personnage est confronté à une forme de ruine correspondant à son rêve initial. Cette cohérence tragique donne au film une puissance émotionnelle rare, mais aussi une dureté qui ne donne absolument pas envie de le revoir.
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Le danger des obsessions
Au fond, ce qui rend Requiem For A Dream si dérangeant, ce n'est pas seulement la drogue ou la violence. Ce qui est extrêmement troublant, c'est la manière dont il montre que les rêves les plus ordinaires, c'est-à-dire être aimé, réussir sa vie, se sentir important, peuvent devenir des pièges lorsqu'ils se transforment en obsession.
Le film touche alors à quelque chose de très universel, et c'est souvent cette proximité qui met les spectateurs le plus mal à l'aise. Cette approche rend le récit plus troublant qu'un simple film de prévention.
Et l'image la plus terrible du film est sans doute la vision du bras d'Harry tellement nécrosé à cause des piqûres de drogue, qu'il doit être amputé. Il n'y a pas d'échappatoire possible pour nos protagonistes ; en quelque sorte, Harry perd son corps, Sara perd la raison, Marion perd son âme et Tyrone perd sa liberté. Tel est le prix des addictions.
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