C'est fait, le diptyque La Bataille de Gaulle a passé le cap des 5 millions d'entrées ! Il devient ainsi le projet français ayant attiré le plus de spectateurs cet été, devant De la Comédie-française (tout proche du million au moment où nous écrivons ces lignes) et Tombé du ciel et ses 600 000 entrées.
L'occasion de se pencher sur le parcours atypique de ce projet très ambitieux au budget particulièrement élevé. Après des débuts difficiles, le diptyque réalisé par Antonin Baudry s'est solidement accroché, grâce à un joli bouche à oreille, et effectué une belle remontada comme on en a rarement vu au cinéma. Retour sur la bataille menée pour s'imposer !
En germe depuis 20 ans
Le projet d'un film sur De Gaulle est initié par Jérôme Seydoux, co-Président de Pathé, qui rêve de faire un film sur cette grande figure historique depuis 20 ans, et qui, étonnamment, n'a pas fait l'objet de beaucoup de films. Le déclic vient lors de la lecture des mémoires signées de l'histoirien britannique Julian Jackson.
Le film, qui ne s'appelle pas encore La Bataille de Gaulle, entre en écriture en 2020, au moment où Pathé souhaite se repositionner plus franchement sur les grandes licences et les projets très ambitieux valorisant l'expérience cinéma.
150 jours de tournage
Le projet est annoncé à l'été 2021 dans la presse professionnelle américaine, avec Antonin Baudry à l'écriture et à la mise en scène, mais pas encore de casting. Il faudra attendre août 2023 pour que le nom de Simon Abkarian dans le costume du Général de Gaulle soit révélé.
Le projet dont le budget est estimé entre 74 à 80 millions nécessite 150 jours de tournage (dont des reshoots, c'est à dire des jours de tournage additionnels)... Une durée particulièrement longue quand on sait qu'un tournage se situe généralement autour de 30 jours.
La post production du film est assez longue, en raison du choix de sortir les deux films à la suite, et non pas laisser plusieurs mois entre les deux parties, comme cela avait été le cas pour Les Trois Mousquetaires. Un temps envisagé pour une sortie en 2025, le diptyque vise finalement une sortie au début de l'été 2026, avec une étape sur la Croisette.
Un projet ambitieux, l'un des plus chers du cinéma français...
Le diptyque ne cache pas son ambition qu'il s'agisse de son budget donc, ou son ampleur en terme de production. Lors du lancement international du premier film au Festival de Cannes 2026, écrin idéal pour donner de l'écho à cette sortie, le réalisateur Antonin Baudry développe : "Moi j'aime les films qui me font rêver, qui ont le potentiel de faire rêver. J'ai suivi ce fil là et de le faire à hauteur d'homme, ce qu'ont vécu des gens dans leur présent, c'est à dire sans le regard rétrospectif. Et c'est vrai que ça, ça demande des moyens de cinéma. (...) Raconter cette histoire demandait cette ambition", explique-t-il lors de la conférence de presse du film.
Et d'ajouter : "Je crois qu'on ne devrait pas, nous Français, se priver, abandonner des pans de cinéma. Mon premier film, Le Chant du loup, je me souviens que plusieurs personnes m'avaient dit "oh mais ça en France on ne sait pas faire. Ce sont les Américains qui devraient faire ça'. Et heureusement, j'ai eu la chance là déjà d'avoir Jérôme Seydoux et Pathé qui croyaient au cinéma en France. Mais cette réaction m'a frappée car elle venait de professionnels français."
... comparé à Apocalypse Now !
Dans une rare interview accordée au Figaro, Jérôme Seydoux accepte de parler de ce projet et notamment répondre à des remarques sur cette production longue. Le journaliste demande "Selon vous, le tournage du film a-t-il été pour Pathé une sorte d’Apocalypse Now, à la fois chaotique, coûteux, mais extraordinaire ?".
Jérôme Seydoux répond : "J’emploierais volontiers la référence à Apocalypse Now, qui est pour moi un chef-d’œuvre. La Bataille de Gaulle, à sa manière, a été un tournage extrêmement complexe, marqué par de multiples difficultés. Le fait même de vouloir réaliser deux films a considérablement alourdi l’ensemble et plusieurs aléas sont venus compliquer le travail en cours de route. (...)
"Les œuvres ambitieuses ne naissent presque jamais dans la facilité"
J’ai toujours pensé que les grands films s’accompagnent souvent de difficultés. Les œuvres ambitieuses ne naissent presque jamais dans la facilité. J’ai donc plutôt vu là le signe d’un film important, engagé dans une fabrication exigeante.
Et d'ajouter : "Un film de cette ambition ne peut pas être jugé uniquement à l’aune de ses difficultés de fabrication. Ce qui compte, c’est qu’il ait pu exister sous cette forme, avec cette exigence et cette ampleur, malgré tous les obstacles rencontrés."
Un démarrage poussif, suivi d'une remontée inattendue
La sortie du premier volet suscite des inquiétudes. Les chiffres sont bien inférieurs à ceux espérés pour le film. En première semaine, L'âge de fer enregistre moins de 400 000 entrées. Idem les deux semaines qui suivent. Le film perd des spectateurs, jusqu'au sursaut de la semaine de la Fête du cinéma. A ce moment, le film gagne des spectateurs et frôle les 500 000 spectateurs sur une semaine, boostée par le tarif préférentiel de l'opération.
Comment expliquer cette trajectoire atypique ?
Il est très rare qu'un film se mette à gagner des spectateurs lorsqu'un lancement ne tient pas ses promesses. Interrogé sur les raisons du démarrage décevant du film, Jérôme Seydoux donne plusieurs explications : "J’ai le sentiment que plusieurs facteurs se sont combinés. D’abord, le film est sorti presque immédiatement après son achèvement, sans véritable temps de lancement. Ce qui a certainement pesé dans la balance. Ensuite, le sujet pouvait impressionner. Certains spectateurs craignaient que le film soit trop solennel, presque intimidant, alors qu’il s’agissait avant tout d’un récit vivant. Et puis le personnage du général de Gaulle faisait peur…", développait-il dans les colonnes du Figaro, début juillet.
Et comment expliquer le revirement ? "Le bouche à oreille a fini par jouer pleinement son rôle. Le film a bénéficié de retours très favorables dans la presse, quasiment unanimes. Puis les spectateurs ont commencé à se déplacer en nombre. J’ai même observé un phénomène rare : une remontée des entrées en troisième semaine, d’environ + 17%. C’est rarissime."
La date de sortie du 2ème volet qui devait initialement sortir après la Fête du cinéma est avancée d'une semaine, pour coïncider avec la Fête du cinéma. A ce moment, une vague de canicule s'abat sur la France, incitant aussi peut être les spectateurs à aller voir un film long pour profiter d'un espace climatisé le plus longtemps possible.
Les notes spectateurs AlloCiné sont exceptionnellement hautes, 4,4 sur 5 pour le premier volet, et 4,5 sur 5 pour le second !
"Une épopée" : noté 4,5 sur 5, c'est le meilleur film de juin à voir au cinéma !Les moyens marketing d'un blockbuster
Dans les colonnes de Variety, le 1er juillet dernier, Ardavan Safaee, Président de Pathé Films, indique que les moyens de communication pour lancer le film étaient les mêmes que ceux d'un blockbuster américain. "Quand le film est sorti, malgré une très forte campagne promotionnelle — nous étions partout, avec beaucoup d'affichage extérieur, de marketing digital, et nous avons vraiment dépensé comme pour un blockbuster —, le film n'a pas immédiatement attiré le public."
Mais comme Jérôme Seydoux, il considère que cette figure historique a pu sembler lointaine, institutionnelle ou politiquement chargée, ce qui a pu faire "peur" à certains spectateurs.
D'aucuns ont critiqué les premières affiches, considérées comme trop austères, avec les noms représentant une Croix de Lorraine. Une nouvelle série d'affiches a ensuite été lancée, centrée sur les acteurs, et des mots clés en écho avec le film.
Si l'on se plonge dans le magazine Première paru quelques semaines avant la sortie, on constate que le travail marketing a été particulièrement complexe. Quelle communication donner à un diptyque atypique ?
"C'est un film qui est assez protéiforme. Il a plein d'aspects. C'est aussi un film qui a de grosses séquences de guerre, des séquences d'ampleur. (...) Il y a aussi de l'humour. Ce n'est pas un film qui appartient à une case", explique Antonin Baudry, en tournée au Québec, au micro du média québecois QUB.
Antonin Baudry poursuit : "Le public l'a adopté. C'est un peu tout le monde. Ce sont des jeunes, des moins jeunes. En province comme à Paris.
Au début, il n'était pas facile à marketer ou je ne sais pas quoi. Mais le public l'a aimé, et du coup, il a connu une trajectoire qui est atypique en France." Simon Abkarian complète : "Parce qu'on ne markète pas de Gaulle !"
Et maintenant ?
En France, le diptyque a donc franchi le seuil des 5 millions d'entrées en ce 20 aout 2026. Les deux films sont toujours à l'affiche de nombreuses salles, avec toujours une très belle stabilité au niveau des entrées. La carrière internationale suit son cours.
Il est sorti au Québec la semaine dernière; il sortira au Royaume Uni la semaine prochaine. Cet été, il est sorti en Tunisie, au Sénégal, au Maroc, en Bosnie-Herzégovine, en Croatie, en Serbie, en Slovénie, aux Pays-Bas, au Danemark...
Le potentiel international reste déterminant dans des projets comme celui-ci. "Ces films sont plus difficiles à monter lorsqu'ils n'ont pas une très forte dimension internationale. La question désormais sera toujours : ce film peut-il voyager ? Quand on parle de films de cette échelle, ils ont aussi besoin d'une valeur internationale significative", explique Ardavan Safaee.
Le projet pourrait aussi connaitre une exploitation en série dans d'autres pays.
La Bataille de Gaulle partie 1 et 2 est actuellement au cinéma.