Après avoir marqué le cinéma de genre français avec Vermines, Sébastien Vaniček franchit une étape que peu de réalisateurs français ont eu l'occasion de connaître : prendre les commandes de l'une des franchises d'horreur les plus emblématiques du cinéma américain.
Présenté dans plusieurs festivals internationaux, dont Venise et Sitges, Vermines a également été récompensé au Fantastic Fest, où il a remporté les prix du Meilleur film et de la Meilleure réalisation. Une reconnaissance qui a rapidement attiré l'attention des studios hollywoodiens.
"Ça m'a fait passer au vert dans le fichier Excel des studios hollywoodiens", plaisante le réalisateur à notre micro.
Repéré par Sam Raimi, Sébastien Vaniček se retrouve alors à la tête du nouveau volet de la saga Evil Dead, débutée en 1981.
Dans Evil Dead Burn, porté par Souheila Yacoub, Hunter Doohan et Luciane Buchanan, Alice se rend dans la maison isolée de sa belle-famille après l'enterrement de son époux. Mais la réunion familiale bascule dans l’horreur lorsque ses proches se transforment, l’un après l’autre, en créatures démoniaques. Confrontée à cet enfer, Alice découvre que les vœux prononcés autrefois continuent de la lier à son mari… bien au-delà de la mort.
Avec ce nouveau film, le réalisateur de 36 ans est parvenu à réaliser ce que peu de cinéastes étrangers réussissent à Hollywood : conserver sa liberté créative.
Garder sa liberté créative
Car Sébastien Vaniček n'avait pas pour objectif d'aller tourner aux États-Unis à tout prix, comme il nous le confiait d'ailleurs dès l'annonce du projet.
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Aujourd'hui, il reconnaît que l'expérience de nombreux réalisateurs étrangers lui a servi de leçon : 'Il faut être bas sur les appuis, il faut faire très attention parce que des histoires de Français qui se font manger aux États-Unis, il y en a beaucoup. Je n'avais pas d’urgence à tourner là-bas et je n'en n'avais pas spécialement envie. J'étais très bien avec mes films français, j’avais la chance de pouvoir en faire un deuxième. "
Ce qui l'a convaincu d'accepter le projet, c'est la manière dont Sam Raimi et Bruce Campbell lui ont présenté. Ils ne lui ont pas demandé de reproduire une formule existante, mais de proposer sa propre vision.
Il poursuit : "On m’a parlé d’une franchise et on m’a dit : "On voudrait ton histoire, tes personnages, dans cette franchise." Donc du coup, à un moment, avec Florent Bernard (son co-scénariste), on a fait fi de la franchise, on a juste écrit un truc qui nous semblait bon avec des bons personnages, une histoire qui fonctionne. Et le Evil Dead est arrivé dans un deuxième temps et c’est ça qu’on a envoyé à Sam Raimi et son équipe et on a eu la chance qu’ils nous soutiennent dans cette vision."
C'est 100% mon film
Lorsqu'on évoque les contraintes que peut représenter une grosse production hollywoodienne, Sébastien Vaniček surprend par sa franchise : "Je ne peux pas me cacher derrière des trucs : c'est 100% mon film. Et s'il se plante, c'est moi. Je n'ai aucune excuse."
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Loin de l'image d'un studio omniprésent, le réalisateur raconte avoir bénéficié d'une confiance totale pendant toute la fabrication du film et cela en grande partie grâce à Sam Raimi.
"J’ai bossé avec des gens qui m’encourageaient dans ma créativité. Sam c’est un gars qui a eu 25 ans et qui a mis une caméra sur un motocross et qui s’est pété l’épaule parce qu'il voulait faire un plan de fou. Et il a encore cette folie. Il m’a soutenu, il m’a poussé à aller plus loin, il m’a toujours dit : "amuse-toi". Je n'ai pas eu un message, un mail, pendant le tournage."
En revanche, c'est après le tournage que les choses ont commencé à se compliquer comme le souligne le cinéaste, qui est cependant rester fidèle à ses convictions.
"J’ai fait mon montage et après le seul moment où on commence à se rendre compte qu’on est à Hollywood, c’est quand on finit son montage et que là d’un coup il y a 36 personnes qui débarquent de nulle part et qui regardent ce montage qui n’est pas fini, qui a besoin de beaucoup de choses et ils commencent à tous donner un avis.
Donc à cet instant il faut commencer à naviguer dans un truc de : « Alors lui ce qu’il dit c’est à côté de la plaque, lui c’est malin, ça c’est ça... » et essayer de filtrer un peu tout ça. Il faut être solide mais le process a été hyper sain."
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Des effets pratiques comme Sam Raimi
Comme Sam Raimi avant lui, Sébastien Vaniček a privilégié les effets pratiques dès que cela était possible. Un choix artistique, mais aussi une manière d'aider ses comédiens à s'immerger dans les scènes.
Je n'aurais pas pu faire jouer Souheila devant une balle de tennis.
"Je n'ai jamais voulu faire un film uniquement avec des effets spéciaux sans rien sur le plateau. Je n'aurais pas pu faire jouer Souheila devant une balle de tennis. Je veux des acteurs, je veux du make-up, je veux du feu, je veux éclairer mes personnages avec du vrai feu, je n'ai pas envie que ce soit une LED qui imite le feu parce que ça se voit directement sur la peau. Donc les choses étaient là au maximum pour leur faire ressentir. En plus c’était hyper difficile pour eux parce que c’est tellement technique que le temps de préparation de chaque plan est extrêmement long.
Donc quand ils arrivent, si au moins je peux faire en sorte qu’ils soient directement plongés dans la scène parce qu’il se passe quelque chose en face d’eux, qu’il y a des choses sur lesquelles s’accrocher, c'est mieux pour tout le monde.
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Donc les effets pratiques sont également pour ça. Et après bien évidemment, c’est toujours mieux de faire quelque chose sur le set et de le filmer quitte à le retravailler ensuite en VFX, on voit directement le rendu sur la caméra."
En trois ans seulement, Sébastien Vaniček est passé du statut de révélation du cinéma de genre français à celui de réalisateur d'une franchise culte hollywoodienne. Le parcours est d'autant plus remarquable que Vermines, son premier long métrage, était un projet profondément personnel, conçu loin des standards des grands studios.
Avec Evil Dead Burn, il est parvenu à conserver cette même exigence artistique, en imposant sa vision plutôt qu'en se pliant aux codes d'une franchise installée.
Evil Dead Burn est à découvrir au cinéma dès ce mercredi 8 juillet. Et surtout, ne quittez pas la salle trop vite : le film comporte deux scènes post-générique.