Fameux réalisateur d'origine hongroise, Istvan Szabo trouva auprès du très grand acteur Klaus Maria Brandauer une puissante matière d'inspiration. En 1981, leur première (des trois) collaborations entre les deux accouchait déjà d'un chef-d'oeuvre, Mephisto, magistrale adaptation du roman de Klaus Mann, récompensée par l'Oscar du Meilleur film étranger en 1981 et le Prix du meilleur scénario au Festival de Cannes la même année. Quatre ans plus tard, c'est un nouveau chef-d'oeuvre : Colonel Redl.
Fils de cheminot admis à l’Académie militaire de l’Empire austro-hongrois, Alfred Redl se lie d'amitié avec un jeune aristocrate. Dissimulant ses origines comme son homosexualité, il gravit rapidement les échelons de la hiérarchie. A la veille de la Première Guerre mondiale, l’archiduc François-Ferdinand lui confie la responsabilité des services secrets…
Le film se base sur le destin du vrai du colonel Redl, chef des puissants services secrets de l'Empire Austro-Hongrois, contraint au suicide le 25 mai 1913, alors qu'il fut accusé de haute trahison pour avoir vendu aux Russes des plans secrets militaires autrichiens, en particulier les plans des forteresses de Galicie.
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Le scandale fut tel que les parents proches de Redl changèrent leurs noms de famille par crainte de devenir des parias. Au-delà de son implacable et brillante démonstration, Szabo dessine le portrait d'un Empire Austro-Hongrois, véritable mozaïque de peuples, lancé inexorablement dans la marche à la guerre, alors qu'il est en proie à de fortes tensions au sein de ses minorités, et à un nationalisme exacerbé.
C'est d'ailleurs un nationaliste Serbe, Gavrilo Princip, membre de la société secrète de la Main noire ayant des ramifications dans l'armée serbe, qui assassina à Sarajevo le 28 juin 1914 l'Archiduc héritier François-Ferdinand (joué dans le film par le toujours impeccable Armin Mueller-Stahl). Un mois plus tard, le gouvernement austro-hongrois déclencha une guerre préventive pour punir la Serbie. La "machine infernale" s'enclencha, entraînant avec elle le suicide de l'Europe. Et c'est d'ailleurs précisément là-dessus que Colonel Redl se referme...
"Klaus était paralysé par l'uniforme"
Soif de pouvoir, ambition, soumission jusqu'à la perte d'identité : Istvan Szabo signe avec Colonel Redl un film porté par un extraordinaire Klaus Maria Brandauer qui trouve ici le plus grand rôle de sa carrière. Un rôle qui s'est aussi révélé très difficile à incarner pour lui :
"Redl a été très difficile à jouer pour Klaus" confiait le cinéaste dans un entretien accordé au Los Angeles Times en 1985, "parce qu'il est un acteur qui aime être dans la lumière, le mouvement et le bruit. C'est pour cela que Méphisto était si bon : c'est ce type d'acteur ! Mais Klaus était paralysé par l'uniforme.
Il me disait : "qu'est-ce que tu me fais ? Tu me tue ! Je ne peux pas jouer en uniforme !" Je répondais : "tu es très en colère contre moi, et ce sentiment ressort dans tes yeux, et ca me suffit". J'ai dit à Klaus que son charisme ressortait, mais ca a vraiment été très difficile pour lui".
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