Sorti en janvier 1998 en France, L'Associé du diable a réuni 1,3 million de spectateurs. Mis en scène par Taylor Hackford, le long-métrage est porté par un duo exceptionnel, Keanu Reeves et Al Pacino.
Orgueil et vanité
Le récit nous présente Kevin Lomax, jeune avocat aussi brillant qu'ambitieux. Ce dernier n'a jamais perdu un seul procès. Son talent exceptionnel attire l'attention d'un prestigieux cabinet new-yorkais qui lui offre une carrière de rêve et une fortune inespérée.
Mais derrière les façades luxueuses et le pouvoir sans limites, une présence inquiétante semble manipuler les destins. Tandis que Kevin gravit les échelons, son épouse sombre peu à peu dans une spirale de peur et d'hallucinations. Déchiré entre sa conscience et son ambition, il découvre que chaque victoire a un prix.
Son mystérieux patron, John Milton, paraît toujours avoir un coup d'avance et cache un secret qui dépasse l'entendement. Entre tentation, corruption et lutte pour son âme, Kevin est entraîné dans un jeu dont il ne maîtrise plus les règles.
Plus il s'approche de la vérité, plus il comprend qu'il affronte une force d'une puissance inimaginable. Dans ce thriller psychologique mêlant fantastique et suspense, le véritable ennemi pourrait bien être le désir de pouvoir lui-même.
Avant d'exploser avec Matrix, Keanu Reeves livrait une performance fabuleuse dans cette oeuvre devenue culte. Cependant, Al Pacino était un véritable spectacle à lui tout seul dans le costume de Satan.
Ce dernier a livré un discours phénoménal à la fin du film, qui a marqué des millions de spectateurs. Le voici, pour le plaisir de le lire, avec la voix de l'acteur dans la tête. Pour les amateurs de VF, ils auront à l'esprit le timbre rocailleux de son comédien de doublage attitré, José Luccioni, qui délivre également un travail fabuleux.
Warner
Un discours légendaire
"Pour qui tu le portes ton sac de briques, dis-moi, Kevin ? Dieu, c'est ça ? Dieu, tu sais quoi ? Je vais te dévoiler une petite info exclusive au sujet de Dieu. Dieu aime regarder, c'est un farceur ! Réfléchis. Il accorde à l'Homme les instincts."
"Il vous fait ce cadeau extraordinaire et ensuite, qu'est-ce qu'il s'empresse de faire, et ça je peux te le jurer, pour son propre divertissement, sa propre distraction cosmique, personnelle ? Il établit des règles en opposition."
"C'est d'un mauvais goût épouvantable ! "Regarde, mais surtout ne touche pas. Touche, mais surtout ne goûte pas. Goûte, n'avale surtout pas !" Et pendant que vous êtes tous là à sautiller d'un pied sur l'autre, lui, qu'est-ce qu'il fait ?"
"Il se fend la pêche à s'en cogner son vieux cul de cinglé au plafond ! C'est un refoulé ! C'est un sadique ! C'est un proprio qui habite même pas l'immeuble. Vénérer un truc pareil ? Jamais ! J'ai passé mon existence ici, je suis resté collé à l'Homme depuis qu'on l'a mis là !"
"J'ai nourri chacune des sensations que l'Homme a eu la bonne inspiration d'avoir. J'ai cherché à lui donner ce qu'il voulait. Je ne l'ai jamais jugé. Pourquoi ? Parce que je n'ai jamais rejeté l'Homme, en dépit de toutes ses imperfections. Parce que moi, j'aime l'Homme ! Je suis un humaniste. Peut-être même le dernier humaniste."
Par-delà le Bien et le Mal
Ce monologue est brillant car il dépasse le simple affrontement entre le Bien et le Mal. C'est avant tout un débat philosophique sur la liberté humaine, le pouvoir et l'orgueil. Tout au long du film, Milton ne cherche pas à imposer le mal par la force. Il argumente et attaque Dieu avec une logique séduisante.
Selon lui, Dieu crée les désirs humains, fixe les règles, puis punit ceux qui y cèdent. Lui, au contraire, affirme qu'il ne fait que laisser les hommes être eux-mêmes. Cette inversion des rôles est déstabilisante car elle oblige le spectateur à réfléchir plutôt qu'à simplement condamner le personnage.
Ainsi, le film nous interroge sur le libre arbitre. John Milton répète qu'il ne force personne. Les humains choisissent eux-mêmes leurs actes, et cette idée est essentielle dans le récit. En effet, Kevin n'est pas victime d'un pouvoir magique, il est victime de son ambition, de son ego et de ses compromis successifs. Le Diable agit comme un tentateur plus que comme un manipulateur absolu.
Warner
Al Pacino magistral
Par ailleurs, la scène fonctionne énormément grâce au jeu d'Al Pacino, que certains prennent pour du cabotinage. L'acteur mythique réussit l'exploit d'alterner le charme, l'humour, la colère, la jubilation et une énergie presque théâtrale.
Il ne joue pas un démon silencieux et froid, mais une incarnation de l'excès, du narcissisme et de la séduction. Son débit, son regard et ses changements de ton donnent au monologue une intensité mémorable.
Ce discours rend le film particulièrement fort. Il ne suggère pas que le mal triomphe par la violence ou la peur, mais qu'il s'appuie sur des qualités humaines poussées à l'extrême : l'ambition, le désir de réussir, la confiance en soi, jusqu'à ce qu'elles deviennent de l'orgueil.
Le discours de Milton est donc moins une glorification du Diable qu'une démonstration de son arme la plus efficace : convaincre les êtres humains qu'ils choisissent librement ce qui, en réalité, flatte leurs faiblesses. "La vanité, c'est décidément mon péché préféré", dira Satan à la toute fin du film...