I Want Your Sex. Il y a, dans ce titre frontal et osé, plusieurs sens : un clin d'œil, tout d'abord, au célèbre tube de George Michael ; le sujet du film dans sa forme la plus littérale ; et une réponse à un monde gouverné par les algorithmes, où le mot «sexe» devient «s*x» pour contourner la censure. On reconnaît là l'esprit rebelle de Gregg Araki. Avec ce film, il signe son retour au cinéma après douze ans d'absence.
Beaucoup de choses ont changé depuis. Aux États-Unis, l'administration Trump mène une guerre ouverte à la communauté LGBT, tandis qu'une forme de puritanisme fait son retour chez les jeunes. En 2023, une étude américaine révélait que près de la moitié de la génération Z souhaitait voir moins de sexe sur les écrans. Il n'en fallait pas plus pour inspirer Gregg Araki.
Le choc des générations
Dans le film, Elliot (Cooper Hoffman), jeune stagiaire engagé dans une galerie d'art, entame une liaison avec sa patronne, l'artiste Erika Tracy (Olivia Wilde). Cette dernière, connue pour sa forte personnalité, initie son protégé à des pratiques sadomasochistes à mesure qu'elle étend son emprise sur lui. S'il s'ouvre sur un hommage à Boulevard du crépuscule, le classique de Billy Wilder, I Want Your Sex est avant tout une relecture moderne et pop des thrillers érotiques des années 1980 et 1990.
Gregg Araki dresse le constat d'un fossé qui se creuse entre une génération qui s'est construite sexuellement avant l'ère #MeToo et une autre, plus sensible aux questions de consentement et d'égalité entre les sexes. Le réalisateur réussit le pari périlleux d'en tirer une comédie drôle et effrontée, sans tomber dans l'écueil du film de «boomer» ni dans celui d'une œuvre aseptisée par peur de froisser.
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I Want Your Sex ne rivalise toutefois pas avec le Gregg Araki des années 1990, dont la Teenage Apocalypse Trilogy (Totally F**ed Up*, The Doom Generation et Nowhere) avait marqué son époque. Il faut dire que l'industrie du cinéma indépendant n'est plus la même. L'insouciance a disparu et la présence de stars hollywoodiennes - Olivia Wilde en tête, excellente dans son rôle - ajoute inévitablement un vernis dont le film aurait peut-être pu se passer.
Le réalisateur reste malgré tout fidèle à son style décalé, à ses couleurs et à son goût pour les bandes originales démentes. I Want Your Sex est bien la comédie osée et divertissante de l'été, peut-être même de l'année, à moins que d'autres films ne comptent s'aventurer aussi loin.
I Want Your Sex, actuellement au cinéma

