"Je cherchais une expérience presque hallucinatoire" : comment Arthur Harari a-t-il façonné L'Inconnue avec Léa Seydoux et Niels Schneider ?
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AlloCiné a pu échanger avec Arthur Harari, réalisateur de "L'Inconnue", actuellement à l'affiche, avec Léa Seydoux et Niels Schneider. L'occasion de parler de cinéma fantastique et inspirations.

L'Inconnue avec Léa Seydoux et Niels Schneider est sorti mercredi dernier au cinéma. Un long métrage dont l'expérience peut déplacer et interroger le spectateur. L'occasion d'échanger avec Arthur Harari, son réalisateur, et coscénariste.

L'histoire nous invite à suivre David Zimmerman, photographe mais personne ne le sait. Alors qu'il ne sort presque jamais de chez lui, des amis le traînent dans une fête insensée. Il y repère une femme dans la foule, ne peut en détacher le regard, la suit... Quelques heures plus tard, David se réveille : il est dans le corps de l’inconnue.

AlloCiné : L'Inconnue est un film dont on peut avoir un vécu assez sensoriel. Comment abordez-vous la réalisation pour transmettre ces sensations ?

Arthur Harari : Chercher une façon de faire pour que le film soit la seule manière de raconter un sujet. Se dire : qu'est-ce qu'il y a de spécifique et d'irréductible dans l'expérience du cinéma ?

Le cinéma est pour moi quelque chose de très physique. Il nous confronte à un reflet du réel. J'ai été beaucoup marqué, plus jeune et encore maintenant, par des expériences où j'avais l'impression de ressentir la physicalité des choses : sentir le mur qui est là, la porte qui se ferme, la présence des gens. On peut atteindre avec le cinéma quelque chose de l'ordre de la pure présence.

Je ne me suis pas dit théoriquement « c'est ça que je veux pour ce film », mais il était question de gens qui acquièrent une autre présence parce qu'ils ne sont plus dans leur corps. J'ai eu envie de traiter cela de la façon la plus concrète possible. Qu'on ait la sensation, au bout d'un moment, d'être dans le corps de ces gens qui ont quitté le leur. Le film est assez réaliste, mais le réel, quand il est déplacé à ce point, devient une expérience presque hallucinatoire. C'est ce que je cherchais.

Diriez-vous que L'Inconnue est un film fantastique ?

Oui, au sens originel de la littérature fantastique : l'irruption d'un élément anormal ou surnaturel dans notre monde, avec ou sans explication.

Quand on prend les origines du genre au XIXᵉ siècle — Stevenson, Maupassant, Théophile Gautier, Gogol ou plus tard Kafka —, c'est proprement un film fantastique.

Est-ce par le fantastique que vous avez commencé à aimer le cinéma ?

Non, c'était plutôt par les films de genre : le film noir et le film d'aventure. La matrice commune reste le récit d'aventure.

Dans l'aventure, il y a quelque chose de sombre, une attirance pour le danger, le mal, la transgression. Littérature et cinéma sont très complémentaires pour moi, ce sont deux faces d'une même dynamique. L'aventure déplace des personnages vers des endroits imprévisibles, en leur faisant traverser toute une série de frissons et d'émotions. Cela peut se décliner de façon plus ou moins réaliste, ou au contraire surnaturelle, ou un mélange des deux comme dans le fantastique.

Vous avez cité Kafka. Quelles sont vos autres influences pour ce film ?

Il y a d'abord la bande dessinée, puis le cinéma. Côté bande dessinée, je pense à Daniel Clowes — un auteur américain qu'on aime énormément avec mon frère —, notamment son album David Boring, une œuvre majeure des dernières décennies. De l'autre côté du spectre, il y a Jacques Tardi, très centré sur Paris et sa banlieue, avec une forte dimension réaliste et atmosphérique.

Côté cinéma, le travail de Michelangelo Antonioni est très perceptible. Son film le plus influent pour moi est Profession : reporter, qui traite de la perte d'identité et de la dissolution du moi — le sujet même de mon film. Il y a aussi des éléments venus des premiers films de Wim Wenders sur la perte et le travail de la photographie. Et puis, beaucoup de choses s'infiltrent presque inconsciemment.

Propos recueillis par Brigitte Baronnet au Festival de Cannes 2026

L'inconnue d'Arthur Harari est actuellement au cinéma.

Brigitte Baronnet
Brigitte Baronnet
-Journaliste cinéma
Passionnée par le cinéma français, adorant arpenter les festivals, elle est journaliste pour AlloCiné depuis 15 ans.
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