De quoi ça parle ?
Dans le New Jersey, un adolescent de 16 ans surnommé « Pyteh » partage son temps entre les tapis de lutte et le petit restaurant tcherkesse de sa famille, au bord de la faillite. Mais une décision impulsive de son père, éternel opportuniste, vient bouleverser sa trajectoire — façonnant peu à peu un récit de fierté, d’héritage et de masculinité.
Butterfly Jam était à la Quinzaine des cinéastes à Cannes, présenté en ouverture. Ce nouveau film du petit prodige Kantemir Balagov touche par son atmosphère qui rappelle le cinéma de Scorsese et Cassavetes. Kantemir Balagov a précédemment réalisé Tesnota et Une grande fille, tous deux très remarqués par la critique.
Avec ce troisième long métrage, le cinéaste passe un nouveau cap, en s’entourant d’un casting international composé notamment de Barry Keoghan vu notamment dans The Batman, Riley Keough, remarquée dans American Honey, et Harry Melling, incontournable Dudley dans Harry Potter. AlloCiné a pu s'entretenir avec Riley Keough et Harry Melling au Festival de Cannes.
AlloCiné : Une première question sur Cannes où nous nous rencontrons ! Quel en est votre souvenir le plus inoubliable ?
Harry Melling : Pour ma part, c'était mon tout premier Cannes l'année dernière, avec Pillion. J'ai déjà fait quelques festivals, mais celui-ci est vraiment unique. Je n'oublierai jamais le moment où j'ai vu le film, le générique de fin qui défilait, puis la réaction de la salle... Je ne m'y attendais absolument pas.
C'était un accueil tellement chaleureux pour quelque chose dans lequel on avait investi énormément de temps et d'amour. Et puis être de retour ici avec un film que j'adore, le revoir et entendre à nouveau cette réaction du public qui semble vraiment conquit, c'était juste incroyable.
Riley Keough : J'ai plusieurs souvenirs très marquants. Je dirais ceux liés à mon premier film, War Pony, qui a été projeté à Cannes. Je venais de partir quand j'ai reçu un appel me disant : « Tu peux revenir ? ». J'ai commencé à réaliser et à me demander : « Attends, on est en train de gagner quelque chose ? ». Mais c'était impossible pour moi de faire demi-tour, je n'ai jamais pu revenir à temps. On a fini par remporter la Caméra d'or.
J'étais en Grèce, en train de travailler. Donc j'étais là, sur la plage en Grèce, le jour de mon anniversaire, à regarder la remise des prix quand ils ont annoncé notre victoire. Je n'étais pas à Cannes, mais mon film y a gagné la Caméra d'or, c'était assez mémorable.
Et comment avez-vous récupéré le prix ? Quelqu'un s'est dévoué ?
Riley Keough : J'ai une co-réalisatrice, Gina Gammell. On travaille, écrit et réalise ensemble. Elle venait justement me rendre visite en Grèce, mais elle a fait demi-tour, a repris l'avion et a atterri juste à temps. Elle a foncé en sortant du taxi pour aller chercher notre prix et le récupérer pour nous deux.
Et en tant qu'actrice, avez-vous aussi un grand souvenir ?
Riley Keough : Je dirais la fois où on est venus présentés American Honey. C'était un moment tellement sympa. On dansait sur le tapis rouge, oui. Wouah, ça date tellement... C'est fou, c'était il y a près de dix ans.
Pour rester sur la France : j'ai entendu dire qu'une partie de Butterfly Jam avait été tournée ici. Mais ça ne se voit pas du tout à l'écran !
Riley Keough : C'est amusant, mon compagnon est Français et il m'a dit exactement la même chose. Je me demandais si les Français pouvaient le deviner... Genre : « Ah, ça c'est la lumière française ! ». Mais comme les extérieurs sont censés être le New Jersey, c'est difficile à dire.
Vous avez travaillé avec une équipe française sur place ?
Riley Keough : Oui, des producteurs français, une équipe technique française. Évidemment, quand on est partis tourner aux États-Unis, ça a un peu changé à cause des lois du travail là-bas, mais la majeure partie du film était totalement française.
C'était dans le Nord de la France ?
Riley Keough : À Dunkerque et à Roubaix. Avec ce musée incroyable, La Piscine. Vraiment très chouette.
Quel est votre film français préféré ?
Riley Keough : Un film français... Oh c'est trop dur. Vas-y, vas-y, à toi.
Harry Melling : Je pense à Un prophète. J'adore ce film.
Riley Keough : Oh mon dieu, oui ! Excellent film.
Harry Melling : Ouais, va pour Un prophète collectivement.
Riley Keough : Et La Haine. J'adore La Haine !
Harry Melling : La Haine, oui ! Incroyable. Ces deux-là.
En parlant de grands réalisateurs comme Jacques Audiard ou Mathieu Kassovitz, réalisateurs respectivement d'Un Prophète et La Haine, qu'est-ce qui rend le style du réalisateur de Butterfly Jam, Kantemir Balagov si particulier ? Comment définiriez-vous sa touche ?
Harry Melling : Je ne sais pas exactement ce qu'il fait de spécifique, mais c'est une patte très affirmée. Il prend quelque chose de très ancré dans le réel et le transpose presque dans un autre univers - que ce soit par l'esthétique du film, le jeu d'acteur, le rythme ou les silences.
Ça devient une expérience hypnotique, presque irréelle. Il fait ça dans absolument tous ses films, et c'est pareil pour Butterfly Jam. C'est comme un conte de fées étrange raconté à travers le regard de ce jeune garçon, Talha Akdogan qui incarne le personnage de Pyteh.
Riley Keough : Kantemir Balagov est aussi incroyablement doué pour capter des moments. Il écrit des moments d'une noirceur terrifiante, mais aussi des scènes d'une beauté, d'une douceur et d'une tendresse infinies. Et il est drôle, aussi ! Ses films sont très vivants.
Pouvez-vous nous parler de la scène de danse au coeur du film ?
Riley Keough : Je l'adore, cette scène.
Harry Melling : Moi aussi.
Riley Keough : Elle était écrite au scénario, puis on l'a jouée. On a pris quelques cours de danse. On n'a pas tout utilisé à l'écran parce qu'il voulait que ce soit plus naturel, mais on avait appris la chorégraphie traditionnelle au complet. On l'a ralentie pour en faire une version plus onirique.
Harry Melling : C'est tellement beau. C'était dans le script, je me rappelle l'avoir lue... Il y a ce moment magnifique où ils n'ont plus de mots et se mettent à chanter cette petite chanson. Quand j'ai lu ça au départ, je me suis dit que ce serait délicat à jouer, et au final c'est venu tout naturellement.
Pour terminer, je me dois de vous poser une question sur Harry Potter ! Riley, étiez-vous fan de la saga lorsque vous étiez jeune ?
Riley Keough : Je suis une immense fan d'Harry Potter. Désolée, mais oui ! Les livres, les films, la totale. Je suis pile de cette génération.
Riley Keough : Je ne t'avais jamais dit ça, Harry ! J'espère qu'on pourra revoir cette interview quelque part, juste pour revoir le moment où je te l'avoue. Je suis une fan absolue mais dans l'ombre.
Harry Melling : Vraiment ? À ce point ?
Riley Keough : Carrément.
Je me demandais, enfin, si vous aviez un message pour le nouvel acteur qui va jouer Dudley...
Harry Melling : Je lui ai juste écrit une petite carte pour lui souhaiter de bien s'amuser et de profiter. C'est vraiment mon message : profites-en, parce qu'à cet âge-là, on ne réalise pas vraiment ce qu'on fait. C'est génial que ça recommence et qu'il ait l'opportunité de jouer ce personnage si marrant qu'est le vieux Dudley.
Jouer dans Harry Potter a changé votre vie ?
Harry Melling : Oui et non, d'une certaine manière. J'ai eu de la chance : je tournais pendant un mois et ensuite je retrouvais ma vie normale de tous les jours. Je n'étais pas sur le plateau toute l'année, donc ça m'a permis d'avoir un très bon équilibre.
À 18 ans, je suis reparti à zéro : je suis allé en école d'art dramatique pour retenter ma chance dans la comédie. Je me suis formé, et me voilà aujourd'hui.
Propos recueillis au Festival de Cannes 2026 par Brigitte Baronnet