"J'étais profondément écoeuré" : depuis 15 ans, le réalisateur de la Guerre des boutons garde un très mauvais souvenir de ce film avec Alain Chabat
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Balayant sa filmographie dans les colonnes du dernier numéro mensuel du magazine Les Années Laser, le réalisateur Yann Samuell évoque la douloureuse expérience que fut son film "La Guerre des boutons", dénonçant même des "procédés mafieux".

Après être passé par la case des courts métrages dans les années 80-90, puis une série documentaire, Les jardins de traverse, c'est en 2003 que le réalisateur Yann Samuell livre un premier long métrage très remarqué, Jeux d'enfants, une comédie romantique douce-amère qui réunit Guillaume Canet et Marion Cotillard, et qui séduira plus d'un million de spectateurs.

Comme bien d'autres avant lui, le cinéaste a connu des hauts et des bas. Grâce au succès surprise de son dernier film, Compostelle, sorti en avril dernier et qui a rassemblé plus de 1,22 million de spectateurs, il a pu se remettre en selle. C'est à la faveur de la sortie de ce film sur support physique qu'il a accepté de longuement s'épancher sur sa carrière dans les pages du dernier numéro du mensuel Les Années Laser.

"J'appelle ça des procédés mafieux, et je pèse mes mots"

Et d'évoquer la douloureuse expérience que fut l'aventure du film La Guerre des boutons, sorti en 2011. Si le film reste à date son plus grand succès en salle, avec près d'1,5 million d'entrées, l'expérience côté coulisses s'est révélée être un cauchemar.

Pas tant sur le tournage à proprement parler, mais parce qu'un projet concurrent sur le même sujet fut mis en chantier, La Nouvelle Guerre des Boutons, réalisé par Christophe Barratier et produit par Thomas Langmann. La raison ? Les droits du roman La Guerre des boutons, roman de ma douzième année de Louis Pergaud venaient de tomber, au mois de septembre 2010, dans le domaine public...

"C'est sans doute le film qui m'a procuré les joies les plus intenses et les plus grandes blessures professionnelles. Au départ, j'ai refusé le projet. Je ne voulais surtout pas refaire le film d'Yves Robert, puis j'ai lu le roman de Louis Pergaud et j'ai compris qu'il restait une autre adaptation à inventer, beaucoup plus fidèle à son esprit.

Pendant près d'un an, nous avons cherché les enfants. des milliers de candidatures, des centaines d'essais., des semaines de répétitions où je jouais avec eux pour devenir leur copain avant d'être leur metteur en scène. [...] Puis la folie a commencé. Alors que nous avions près d'un an et demi d'avance, le producteur Thomas Langmann a décidé de lancer une autre Guerre des boutons dans le seul but de sortir en même temps que nous car le livre venait de tomber dans le domaine public.

Alain Chabat dans le film de Yann Samuell. UGC Distribution
Alain Chabat dans le film de Yann Samuell.

J'ai alors découvert des méthodes que je n'aurai jamais imaginées. Les agents d'Alain Chabat et Mathilde Seigner ont reçu un appel leur promettant le double de notre cachet s'ils abandonnaient mon film. On a même tenté de bloquer notre financement en multipliant les manoeuvres administratives. J'appelle ça des procédés mafieux, et je pèse mes mots.

Mon producteur Marc du Pontavice m'a protégé autant qu'il a pu en m'empêchant de regarder ce qui se passait autour de moi, mais une fois le tournage terminé, j'ai compris l'ampleur de cette "guerre". Le plus triste, c'est qu'au bout du compte, le public s'est retrouvé face à deux versions presque identiques sorties au même moment [NDR : à peine dix jours entre les deux sorties, en septembre 2011] sans savoir laquelle choisir.

Je reste persuadé qu'il n'y avait de la place que pour une seule Guerre des boutons. Réunis, ces spectateurs auraient changé le destin du film et, peut-être, le cours de ma carrière". La Nouvelle guerre des boutons fera au bout du compte un peu plus d'entrées que la version de Yann Samuell : 1,54 millions.

L'expérience, logiquement douloureuse, laissa des traces profondes chez le cinéaste : "après cette épisode cauchemardesque, j'étais profondément écoeuré. J'ai volontairement coupé avec le cinéma pendant deux ans pour retrouver mes enfants et voyager avec eux avant de repartir presque de zéro".

Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.
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