"J'aime vraiment ce personnage" : injustement oublié, ce formidable thriller sorti il y a 23 ans est l'un des meilleurs films de Kurt Russell
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Au début des années 2000, Kurt Russell se trouve dans une période artistiquement compliquée, marquée par des échecs successifs en salle. Parmi eux pourtant, un solide thriller passé inaperçu qui mérite pourtant une sérieuse découverte : "Dark Blue".

On pourrait presque parler d'une sorte de malédiction à propos de Kurt Russell. L'acteur, aujourd'hui âgé de 75 ans, a été l'incarnation de personnages souvent devenus culte, voire carrément entrés par la grande porte du panthéon de la pop culture.

Il sait ainsi ce qu'il doit à John Carpenter, qui lui avait confié l'inoubliable rôle de Snake Plissken dans New York 1997. Celui, tout aussi iconique, de George McReady dans The Thing. Ou encore celui de Jack Burton coincé dans les griffes du mandarin. Le psychopathe cascadeur Stuntman Mike dans Death Proof de Quentin Tarantino. Le rôle de Wyatt Earp dans le formidable western Tombstone; un des meilleurs films du genre des années 90. Au final, de fameux voire très fameux rôles, dans des oeuvres qui furent pourtant toutes de gros échecs en salle.

Des échecs cuisants en rafale

A l'orée - début des années 2000, l'acteur est un peu à la croisée des chemins, dans une période artistiquement compliquée, marquée par des échecs en salle : le film de science-fiction Soldier, de Paul W.S. Anderson, est un désastre absolu, avec moins de 15 millions de dollars de recettes, pour un budget de 60 millions. Trois ans plus tard, il est de retour à l'écran dans Destination : Graceland, un thriller d'action policier qu'il déteste par-dessus tout. Il en parlera même comme le pire film de sa carrière. C'est évidemment son droit, mais c'est aussi un avis qu'on ne partage absolument pas.

En 2002, il est la tête d'affiche d'un solide thriller, hélas pas mal oublié depuis mais qui mérite une sérieuse découverte : Dark Blue. L'histoire ? Elle se déroule à Los Angeles en 1992, juste avant les émeutes qui ont suivi le verdict du procès Rodney King.

Kurt Russell y interprète Eldon Perry, un inspecteur vétéran de la police de LA, cynique et corrompu, membre d'une unité d'élite qui n'hésite pas à fabriquer des preuves et à user de violence pour "boucler" ses affaires. L'intrigue suit une enquête sur un quadruple meurtre qui va peu à peu révéler la corruption systémique au sein du département de police, sur fond de tensions raciales grandissantes dans la ville.

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"C'est la performance la plus satisfaisante de toute ma carrière"

Mêlant polar noir et critique sociale, en utilisant les émeutes de L.A comme toile de fond dramatique à la corruption policière, Dark Blue fut écrit par David Ayer, qui reprenait une histoire originale de l'écrivain James Ellroy. L'immense auteur, qu'on ne présente plus, avait en effet écrit le scénario en 1993 (le film s'appelait alors "The Plague Season"), en imaginant directement Kurt Russell dans le rôle du sergent raciste du LAPD, Eldon Perry. Le projet a donc mis près d'une décennie avant de se concrétiser.

À ce moment de sa carrière, Russell cherchait à changer de registre, et le rôle d'un flic vétéran corrompu qui initie sa jeune recrue aux zones grises de la loi correspondait parfaitement à cette envie. D'ailleurs, bien que le film n'ait été tourné qu'avec un budget de 15 millions de dollars — ironiquement à peu près ce que Russell avait touché à lui seul pour Soldier — il ne l'a clairement pas fait pour l'argent. "J'aime vraiment ce personnage [...] C'est la performance la plus satisfaisante de toute ma carrière" avait commenté l'acteur (via Farout).

En dépit de bonnes critiques, saluant notamment la performance de Russell, Dark Blue a été un échec là aussi cinglant au box office, avec à peine 12,1 millions de dollars au compteur. Sa sortie française, en pleine torpeur estivale au mois d'août 2003, n'avait attiré qu'un peu plus de 151.000 spectateurs. Envie de découvrir le film ? Il est disponible en VOD, ainsi qu'en DVD / Blu-ray.

Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.
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