Richard Harrison, l'acteur qui recommanda Clint Eastwood à Sergio Leone, s'est éteint à 90 ans
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Richard Harrison, l'acteur américain qui s'était forgé une longue carrière de vedette dans le cinéma populaire européen puis hongkongais, s'est éteint à l'âge de 90 ans.

Par Olivier Pallaruelo

Richard Harrison, l'acteur américain qui s'était forgé une longue carrière de vedette dans le cinéma populaire européen puis hongkongais, est mort le 18 septembre 2026 à Los Angeles, à l'âge de 90 ans, de causes naturelles. Sa disparition a été annoncée par sa productrice et amie de longue date, Joan Borsten, dans un message posté sur Facebook.

Tous les chemins mènent à Rome

Né le 26 mai 1936 à Salt Lake City, Harrison débute par de petits rôles à Hollywood avant de rapidement partir s'installer en Italie au début des années 1960. Il y devient une figure du cinéma du genre Péplum, baptisé Sword & Sandal aux Etats-Unis, en cherchant à marcher dans les pas de Steve Reeves avec Le Gladiateur invincible. Puis toute une floppée de films du même acabit : Hercule contre les mercenaires, La Révolte des prétoriens, Persée L'invincible, Les sept gladiateurs...

"J'ai toujours voulu aller en Italie. Le producteur Italo Zingarelli m'a donc fait venir, et j'ai commencé à travailler. Je pensais que j'allais faire un film là-bas, peut-être davantage, mais je n'imaginais pas que j'allais passer une bonne partie de ma vie en Italie" confiait l'acteur à l'équipe du site Nanarland, qui était partie là-bas en 2006 pour longuement s'entretenir avec lui et balayer une hallucinante filmographie de près de 200 rôles.

Harrison décline une poignée de dollars

Après des films d'espionnage à l'italienne, il s'impose dans le western spaghetti. C'est là que se situe l'anecdote la plus célèbre de sa carrière : Sergio Leone lui aurait proposé le rôle principal de Pour une poignée de dollars (1964), mais Harrison a décliné l'offre — et aurait lui-même recommandé au réalisateur un jeune acteur alors peu connu, Clint Eastwood, pour incarner l'homme sans nom. Harrison plaisantait souvent en disant que ce refus resterait sa plus grande contribution au cinéma, puisque le film allait propulser Eastwood au rang de star mondiale.

Toujours est-il que Harrison et sa période italienne de westerns spaghetti a servi de modèle partiel d'inspiration à Tarantino pour écrire le personnage de Rick Dalton dans Once Upon a Time in Hollywood, incarné par Leonardo DiCaprio.

Toujours plus de ninjas !

Dans les années 1970, alors que le western spaghetti s'essouffle, Harrison part tourner à Hong Kong, où il travaille notamment pour la Shaw Brothers avant de devenir une figure centrale des films d'arts martiaux bricolés par le réalisateur et producteur sans vergogne Godfrey Ho.

Ce dernier réutilisait ses scènes dans de multiples films cut-and-paste, faisant de lui, souvent à son insu, la vedette d'au moins une vingtaine de longs-métrages. C'est d'ailleurs un producteur allemand fou de rage qui apprendra les arrières cuisines de Godfrey Ho à Richard Harrison :

"Il m'a dit : "Richard, comment as-tu pu me faire ça ?" j'ai demandé ce que j'avais fait. Il m'a répondu : "j'ai acheté dix de tes films, parce que tu étais à l'affiche". Moi de répondre : "mais je n'ai pas fait dix films, j'en ai fait un, même si j'avoue que je n'ai pas lu le scénario". Ils avaient en fait pris des bouts de films et mélangé ça au montage avec 30 secondes d'images de moi, et vendu ça comme des films "avec Richard Harrison".

Parmi eux figurent des classiques du nanar comme Ninja Terminator (1985), Golden Ninja Warrior et le légendaire Hitman le cobra (1987), devenus depuis des objets cultes pour les amateurs de séries B.

Richard Harrison dans IFD Films and Arts
Richard Harrison dans "Ninja Terminator" (1985).

De retour à Los Angeles en 1986, Harrison et sa deuxième épouse, Francesca, ont acheté une propriété délabrée à Malibu, offrant une vue imprenable sur le Pacifique, et y ont fait construire une maison qu’ils ont baptisée "Villa Francesca". Cette maison a toutefois été détruite l’année dernière lors du gigantesque incendie qui a ravagé la Californie.

"Harrison ne s’est jamais laissé griser par son statut de star de cinéma, surtout en Italie où il ne pouvait pas marcher dans la rue sans être reconnu" écrit Joan Borsten dans son message sur facebook. "Au contraire, il considérait sa carrière inattendue comme une occasion de découvrir le monde et de rencontrer des gens intéressants. Lorsqu’on lui demandait comment il choisissait son prochain projet, il répondait qu’il demandait au producteur où le tournage allait avoir lieu et qu’il acceptait s’il n’avait jamais mis les pieds à cet endroit. Ce n’est qu’une fois dans l’avion qu’il lisait enfin le scénario".

Avec près de 200 rôles à son actif, Richard Harrison laisse derrière lui l'une des carrières les plus singulières et prolifiques du cinéma d'exploitation.

Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.