Wolverine : le personnage Marvel sort à nouveau ses griffes, mais pour quel résultat ?
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Disponible depuis le 15 septembre, "Marvel's Wolverine" est le nouveau jeu d'Insomniac Games, à qui l'on doit notamment les fantastiques jeux Spider-Man en Open World. Un pari colossal pour le studio, mais pour quel résultat ?

Par Olivier Pallaruelo

Racheté par Sony Playstation pour un peu plus de 200 millions de dollars en 2019, le studio de développement Insomniac Games est devenu en quelques années une véritable martingale pour la firme; un pilier incontournable, ayant des franchises ultra puissantes dans sa besace, comme Ratchet & Clank, dont le dernier, Rift Apart (2021) était formidable et techniquement très impressionnant.

Un très solide pedigree

En 2018, le studio avait eu l'insigne d'honneur d'illustrer le virage qualitatif voulu par la firme Marvel, lassée (et à raison...) des massacres réguliers de ses licences en jeux vidéo, bien trop longtemps considérés comme de simples produits dérivés accompagnant les sorties des films en salle.

Marvel's Spider-Man, exclusivité pour la console PS4 de Sony, puis porté sur PC, a été un colossal succès, avec plus de 20 millions d'exemplaires vendus. Spider-Man : Miles Morales, qui était un des fers de lance pour épauler le lancement de la PS5, s'est lui aussi vendu à plusieurs millions d'exemplaires. Marvel's Spider-Man 2, sorti en octobre 2023 ? Plus de 16 millions d'exemplaires vendus sur PS5, avec des ventes additionnelles sur Steam pour un total de recettes dépassant les 1,2 milliard de dollars.

A l'aune de ce pedigree, c'est peu dire que le nouveau jeu du studio, cette fois-ci basé sur Wolverine, un des personnages les plus iconiques de l'écurie Marvel, était attendu de pied ferme par une armée de fans. Qui ont d'ailleurs dû prendre leur mal en patience un sacré moment : annoncé en 2021, ce Marvel's Wolverine a déboulé dans les linéaires ce 15 septembre.

"Créer un jeu centré sur un personnage aussi apprécié depuis si longtemps est une tâche intimidante, mais c'est un défi que nous avons accepté avec enthousiasme. Il s'agit d'un exercice d'équilibre passionnant : proposer une nouvelle interprétation de l'histoire de James Logan Howlett, alias Wolverine, tout en restant fidèles à ce qui le rend si spécial" : telle était la profession de foi du studio. Dans la pratique, qu'est-ce que cela donne manette en main ?

Insomniac Games

Une aventure beaucoup plus linéaire

Insomniac plante d'abord le cadre de son récit à une époque où les X-Men n'existent pas encore. Les mutants vivent dans l'ombre, terrifiés par ceux qui les traquent, tandis que le reste de la société ignore tout de leur existence. Parmi ces chasseurs figurent les Reavers, une milice cybernétique de mercenaires chargée de capturer et de livrer les mutants à Bolivar Trask, un milliardaire partisan de la suprématie humaine. Les seuls potentiellement capables de protéger les leurs sont les membres de la Team X, une unité d'intervention mutante en dernier recours, et que Logan rejoint après l'avoir quittée trois ans auparavant...

Ceux et celles qui attendaient un jeu en monde ouvert à l'instar des opus Spider-Man en sont pour leurs frais : l'aventure est beaucoup plus linéaire, avec un level design logiquement beaucoup plus fermé. Ce n'est d'ailleurs pas un handicap en soi.

Ce choix fait même sens, au regard du personnage : Wolverine ne possède pas de gadgets, et s'il est d'une agilité surhumaine, c'est un personnage / créature bestiale, massif. Pas d'acrobaties ou autres exercices de haute voltige comme nombre de ses copains Marvel. Insomniac compense cet état de fait en offrant aux joueurs un personnage assez jouissif à contrôler, dans son déchaînement de rage meurtrière mettant littéralement en pièces détachées les ennemis croisant sa route.

Insomniac Games

Tout au long de l'aventure, qui dure environ une bonne quinzaine d'heures de jeu, voire un peu plus si vous chercher à le platiner à 100%, la palette des coups de Wolverine s'étoffe grâce à de nouvelles techniques se déverrouillant : sprint féroce, coup curatif, frappe ascendante, tourbillon acéré, possibilité de frapper les ennemis d'un coup de genou les assommant pour enchaîner derrière sur un combo dévastateur...

Mais il y a plus : des points d'adaptation se greffent par-dessus. Ils s'obtiennent en franchissant au gré du récit des portes cauchemardesques, qui sont des défis à relever, et permettent surtout à Wolverine de retrouver peu à peu des fragments de sa mémoire. Ces points d'adaptation augmentent la puissance de Logan, comme une jauge de rage montant plus vite, une régénération plus active de sa barre de vie, etc... Il existe différente combinaisons possibles d'ailleurs, ce qui offre plusieurs approches intéressantes en fonction de son style de jeu. Même si, au bout du compte, et de par la nature même du personnage, tout est fait pour encourager les joueurs à jouer de manière agressive.

Le chaud et le froid

Marvel's Wolverine est un jeu qui souffle le chaud et le froid. Parmi ses qualités, on peut déjà souligner que l'acteur Liam McIntyre, qui prête ses traits et sa voix à Wolverine, s'en sort avec les honneurs. Si côté cinéma le personnage de Wolverine est associé (pour l'éternité ?) à l'acteur Hugh Jackman, absolument parfait dans le rôle, ce n'est pas le moindre des exploits de l'ex acteur de Spartacus de parvenir malgré tout à imprimer sa propre patte (sa griffe plutôt...) dans son pendant vidéoludique.

L'acteur est ainsi tout entier au service d'un récit qui sait ménager ses effets et se déploie telle une matriochka. Pour tout dire, une histoire qui n'évite certes pas les ressorts habituels des récits Marvel, mais qui se suit vraiment sans déplaisir, au point même d'en être, oui oui, émouvant dans son épilogue.

Insomniac emballe aussi son jeu dans un écrin visuel capable d'impressionner, notamment sur son époustouflant travail concernant les jeux de lumière, en particulier lorsque Logan se trouve à Madripoor, l'île-nation fictive de l'univers Marvel située en Asie du Sud-Est. C'est absolument splendide.

Insomniac Games

Et puis il y a, à côté, les choses qui crispent et / ou déçoivent. Présence de nombreux bugs (on a eu des cut scenes ne se lançant pas, passage de la VO à la VF sans crier gare...), un bestiaire ennemi quand même très redondant et limité, peu de combats de boss mémorables, une direction artistique parfois mal assurée, et plus encore une volonté tenace de prendre le joueur par la main qui peut être vraiment agaçante, comme l'a révélé la vive polémique sur le chemin mis en surbrillance par un effet de gaz bleu, que le studio vient d'ailleurs d'atténuer dans une récente mise à jour.

Pourquoi un tel choix alors que l'on évolue déjà dans un environnement fermé et qu'il n'y aucun risque de se perdre ? De même que le jeu se montre très (trop) permissif : il est ainsi possible de laisser dérouler une séquence entière (courses à moto) sans même intervenir avec sa manette, des QTE qui peuvent se boucler sans notre aide (alors même que l'on a pas activé l'option "QTE automatiques" dans les paramètres)... Certes, le jeu comporte cinq niveaux de difficulté : le niveau "mutant", par défaut, correspondrait à un niveau de difficulté normale. Et c'est déjà trop facile. On vous conseille de rehausser d'un cran pour un peu plus de challenge.

Un budget et un pari colossal

En fait, par ses choix de game design et de gameplay, Insomniac a cherché à valider un cahier des charges destiné à rendre Marvel's Wolverine très grand public. C'est que, derrière, les enjeux financiers sont absolument colossaux. On parle d'un budget de développement vertigineux d'un peu plus de 300 millions de dollars.

Sony n'a pas encore communiqué de chiffres de vente officiels, mais les premières données suggèrent que le jeu s'est vendu à 1,9 million d'exemplaires depuis sa sortie le 15 septembre, générant environ 130 millions de dollars de revenus. Il va quand même falloir en vendre encore beaucoup pour espérer un retour sur investissement. Peut-être que le prochain film Marvel en salle, Avengers : Doomsday, prévu le 16 décembre prochain, pourrait l'y aider. Mais, même avec cette éventuelle perspective, on voit mal comment Marvel's Wolverine pourra tutoyer les chiffres stratosphériques réalisés par les trois jeux Spider-Man du studio.

Marvel's Wolverine n'est pas un grand jeu. Mais, en dépit de vraies réserves, il est malgré tout un bon jeu. Et c'est déjà pas mal, non ?

Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.
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