Tom Cruise comme vous ne l'avez jamais vu : avec Digger, il nous rappelle l'immense acteur qu'il est
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Éloigné (momentanément ?) des "Mission : Impossible" et autres "Top Gun", Tom Cruise s'offre l'un de ses rôles les plus flamboyants et extravagants dans "Digger", suprenante satire signée Alejandro Gonzalez Inarritu.

Par Maximilien Pierrette

Ça parle de quoi ?

L’homme le plus puissant au monde se lance dans une mission effrénée pour s'ériger en sauveur de l’humanité avant que la catastrophe, qu’il a lui-même déclenchée, n’anéantisse la planète.

Digger
Digger
Sortie : 30 septembre 2026 | 2h 09min
De Alejandro González Iñárritu
Avec Tom Cruise, Sandra Hüller, Riz Ahmed
Presse
2,9
Spectateurs
4,0
Séances (695)

Tom Creuse

Dire que les films qu'il fait depuis 2011 et son retour au sommet d'Hollywood (en même temps que celui du Burj Khalifa dans Mission : Impossible 4) ne font pas honneur à son talent serait faux. Car l'investissement de Tom Cruise et l'intensité qu'il met dans chacun de ses rôles ne sont plus à démontrer, lui qui a pris l'habitude de braver la mort à chaque sortie sous les traits d'Ethan Hunt, ou fait en sorte de pouvoir piloter des avions dans la suite de Top Gun.

Mais, en se focalisant davantage sur les franchises et s'entourant de faiseurs, aussi excellents que soient Doug Liman ou Christopher McQuarrie dans ce domaine, la star semblait avoir tiré un trait sur les auteurs capables de le sortir de sa zone de confort. Digger et Alejandro Gonzalez Inarritu nous prouvent donc que ça n'était pas le cas, et cela rend d'autant plus événementielle la sortie de ce long métrage pour le moins surprenant et indescriptible, car on ne sait jamais ce qui nous attend dans la scène suivante et qu'il contient plus que ce que la bande-annonce nous montre.

Warner Bros. Pictures

Dans la longue interview qu'il a accordée à GQ, Tom Cruise ne manque d'ailleurs pas de superlatif sur ce rôle, "le plus exigeant de [sa] carrière" (devant Eyes Wide Shut, Collateral ou Magnolia donc), "l'aboutissement d'un savoir-faire" qui se trouve "pile au point de convergence de toutes [ses] compétences", en matière de rythme, de langage, de timing... "Un diamant", va-t-il jusqu'à dire, en plaçant la barre très haut. À tel point que l'on a voulu savoir s'il s'agissait également d'un point culminant dans la carrière du réalisateur de 21 Grammes, Birdman et The Revenant.

"Vous accumulez de l'expérience au fil des années et des projets, et celui-ci m'a pris du temps", nous dit le cinéaste mexicain. "Je n'aurais peut-être pas pu faire ce film il y a dix ans, car il y avait beaucoup de choses à assembler. Je suis d'ailleurs très heureux de l'avoir fait là, et pas il y a six ou sept ans comme ça devait être le cas (rires) Je n'étais pas prêt, le scénario non plus et le monde encore moins." Et nous non plus quelque part. Car si le mot "expérience" fait partie de ces lieux communs que l'on utilise un peu trop pour décrire un film, avec "culte" ou "claque", il est pourtant difficile de ne pas l'employer pour parler de Digger.

Un opus qui est parvenu à nous surprendre plusieurs fois avant sa sortie : quand nous avons compris que le terme "homme le plus puissant du monde" évoqué dans le synopsis ne renvoyait pas à des super pouvoirs qu'à une immense richesse, et que nous avons découvert le look de Tom Cruise, méconnaissable comme il ne l'avait pas été depuis Tonnerre sous les tropiques et sa prestation survoltée en Les Grossman. Dix-huit ans plus tard, le "fat suit" est encore de sortie, il y a plus d'insanités dans ses dialogues que dans ceux de ses autres films de la décennie, et son apparence appuie le côté satirique du film.

"Je n'aurais pas pu faire ce film il y a dix ans. Je n'étais pas prêt et le monde non plus"

Car oui : se décrivant lui-même comme une "comédie d'ampleur catastrophique", Digger est aussi et surtout une satire de l'Amérique d'aujourd'hui et de la manière dont une poignée de vieux hommes blancs se partagent des richesses qu'ils ne cessent de vouloir accroître au détriment de l'avenir du monde. Avec John Goodman en Président des États-Unis colérique et grimaçant (ce que les nombreux plans en contre-plongée sur des doubles mentons soulignent bien) portant une cravate rouge, pour bien accentuer cet aspect, alors qu'il n'est pas nécessaire d'être fort en maths pour comprendre ce qui a pu changer dans le pays il y a dix ans, quand Inarritu a commencé à plancher sur le projet.

Qu'un réalisateur mexicain fasse ce film avec une star de l'envergure de Tom Cruise, soit l'un des visages le plus emblématiques d'Hollywood donc de l'Amérique, est un geste fort, mais le cinéaste affirme ne viser personne directement : "Je ne me suis pas inspiré de personnes en particulier mais d'événements survenus dans le monde, de comportements. La réalité nous a inspirés, avec ma co-scénariste Sabina Berman, mais il faut surtout de l'imagination. La réalité ne suffit pas, pas plus que l'imagination seule, il faut trouver le point d'intersection entre les deux, et c'est là que Digger prend sa source."

"Il ne s'inspire pas d'une personne en particulier mais de l'humanité, de sa cupidité, de son pouvoir et de sa stupidité. Qui vont souvent ensemble d'ailleurs (rires) C'est aussi drôle que terrifiant à voir. Et, forcément, le projet a beaucoup évolué au fil des ans : à ses débuts, nous avons étiré la satire pour qu'elle atteigne des événements difficiles à imaginer. Mais, comme vous le savez, la vie change très vite et très bizarrement, si bien que la réalité a commencé à nous rattraper, donc il nous a fallu trouver une parade et c'est pourquoi l'histoire est racontée ainsi : j'ai voulu créer l'espace dans lequel on pourrait se reconnaître et rire de nous-mêmes."

Une prestation fascinante dans un film à dig(g)érer

"L'humour était donc partie prenante du projet, mais la structure m'est apparue plus tard comme la seule façon de rendre cette histoire possible." Et qu'en est-il de Digger Rockwell alors ? Qui de Tom Cruise ou d'Alejandro Gonzalez Inarritu est le plus responsable de l'apparence et de la personnalité de ce personnage aussi haut en couleur ? "Il m'a d'abord demandé de lui lire le scénario à haute voix, ce que j'ai trouvé bizarre car je n'avais jamais eu ce genre de requête. Mais c'était en fait génial, car il voulait comprendre où était mon esprit, ce que j'attendais et la manière dont je voyais le personnage."

"Lire le scénario ainsi m'a donc été utile, car il m'a permis d'entendre le personnage pour la première fois, et pas dans ma tête. Tom était très concentré et aussi excité qu'un enfant, puis j'ai fait des recherches pendant plusieurs années sur des vieux magnats du pétrole des années 40 et 50, aussi bien leur apparence et le style de leur garde-robe, que leurs habitations - à savoir ces grands manoirs - ou les choses qui leurs centres d'intérêt, pour pouvoir lui montrer ces idées. J'ai aussi travaillé avec Kazu Hiro, le créateur des prothèses pour son maquillage, qui a planché sur des suggestions pendant quelques mois."

"Tom a choisi ce qui l'intéressait parmi différentes propositions, avant de se mettre à étoffer le personnage, de faire des répétitions avec le 'fat suit' et le maquillage, pour commencer à trouver le ton, la voix et sa manière de la projeter, son accent... Cela a pris du temps et c'était un travail d'équipe, mais il a conçu quelque chose d'extraordinairement drôle et réaliste à la fois." Arrivée sur le projet en 2019, la star donne absolument tout dans le rôle de Digger. Comme d'habitude, nous direz-vous, et c'est vrai. Mais il y a quelque chose de différent ici, une physicalité qui ne s'exprime plus par des cascades insensées mais une façon de se transformer et d'occuper le cadre.

Warner Bros. Pictures

Une entreprise qui culmine notamment dans cette scène au sein d'une amphitéatre, monologue d'une dizaine de minutes filmé en plan-séquence, où le jusqu'auboutisme de Tom Cruise et le style d'Alejandro Gonzalez Inarritu se marient parfaitement, dans ce film souvent étonnant et parfois déstabilisant, où il est notamment question de narration (l'un des sujets de prédilection du comédien), doté d'une direction artistique stupéfiante, et qui pourrait bien mener la star vers son premier Oscar du Meilleur Acteur en mars prochain.

Il est évidemment trop tôt pour se projeter à ce point, même si la campagne semble avoir débuté avant même que le premier teaser ne sorte. Mais Digger s'impose sans mal comme l'un de ses sommets, accentuant ce goût pour les masques qui, cette fois-ci, fait partie du projet en lui-même, et nous rappelle l'immense acteur qu'il est, si jamais quelqu'un l'avait oublié. Le long métrage ne laissera certes pas indifférent et il convient de le digérer (ou diggérer, pour le coup), mais son ambition est indéniable est il est plaisant de voir Tom Cruise prendre prendre à ce nouveau ce type de risque, tout en continuant de nourrir son oeuvre globale.

"Tom a conçu quelque chose d'extraordinairement drôle et réaliste à la fois"

De son côté, Alejandro Gonzalez Inarritu ajoute une superstar de plus à une filmographie qui comptait déjà Sean Penn, Brad Pitt, Emma Stone, Michael Keaton, Javier Bardem ou encore Leonardo DiCaprio, et avec laquelle il s'est trouvé un point commun : "Sa précision fait sa spécificité. Celle avec laquelle il travaille, et notamment en répétitions pour vraiment parvenir à saisir quelque chose en s'appropriant les mouvements, la maîtrise des mots et même les cascades, sur le plan émotionnel. Tout ce qu'il fait, c'est avec un incroyable degré de précision, qu'il répète encore et encore pour devenir meilleur."

"On le pense habitué à une précision quant aux questions de vie ou de mort, mais il l'applique aussi à une scène de dialogue, et c'est fascinant à regarder." Pour Alejandro Gonzalez Inarritu comme pour nous car, quoi que vous pensiez de Digger, vous risquez de vous souvenir longtemps de la performance de Tom Cruise, qui rayonne au milieu d'un casting contenant quand même Sandra Hüller, Riz Ahmed, John Goodman, Jesse Plemons, Sophie Wilde ou Michael Stuhlbarg, avec plus de nuances dans son personnage qu'on ne le pense.

Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Londres le 23 septembre 2026

Maximilien Pierrette
Maximilien Pierrette
-Rédacteur cinéma
Les collaborations de Tom Cruise avec les plus grands, son image qu’il façonne de film en film, les Mission Impossible… Une carrière fascinante qu’il suit depuis longtemps.
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