"Construire ce film comme un thriller" : comment Charlotte Gainsbourg est devenue Gisèle Halimi pour L'affaire Marie Claire
par Brigitte Baronnet
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"L'affaire Marie Claire" avec Charlotte Gainsbourg arrive au cinéma ce mercredi. Ce film inspiré de faits réels est basé sur un procès remontant à 1972 dont Gisèle Halimi était l'une des avocates.

De quoi ça parle ?

Novembre 1972. Au tribunal de Bobigny, un procès hors norme secoue la France entière. Marie-Claire Chevalier, 16 ans, est accusée d’avoir avorté illégalement. À la barre, sa mère et toutes les femmes qui l’ont aidée. Leur avocate, Gisèle Halimi, fait un pari fou, insensé : elle leur demande de ne pas plaider coupable. Gisèle va faire ce qui n’a jamais été fait auparavant, elle va accuser et attaquer la loi, au risque de tout perdre.

L'Affaire Marie-Claire
L'Affaire Marie-Claire
Sortie : 4 novembre 2026 | 1h 42min
De Lauriane Escaffre, Yvo Muller
Avec Charlotte Gainsbourg, Cécile de France, Grégory Gadebois
Presse
3,4
Spectateurs
4,4
Séances (804)

Charlotte Gainsbourg prête ses traits à Gisèle Halimi. L'avocate célèbre pour avoir défendu cinq femmes jugées pour complicité ou pratique de l'avortement lors d’un procès historique en France est au coeur de ce film.

L'affaire Marie Claire n'est cependant pas un biopic sur l'avocate, mais plutôt un film centré sur cette affaire qui eut un rôle majeur dans l'évolution du droit des femmes françaises et dans la dépénalisation de l’IVG, obtenue en 1975.

Le long métrage, écrit et réalisé par Lauriane Escaffre et Yvo Muller, a notamment pour intention de mettre en lumière l'affaire qui gagne à être connue de tous, et toucher notamment un public plus jeune. Donner de l'écho à ce sujet aux résonances toujours très actuelles.

"Les droits acquis ne l’étant jamais de façon définitive, il faut rester vigilant. On le voit particulièrement bien dans nos sociétés où le droit des femmes à disposer de leur corps est régulièrement mis à mal. En France, le droit à l'avortement a été inscrit dans la Constitution le 8 mars 2024 mais à l'échelle du monde, cela reste inquiétant. Il n’y a qu’à voir aux États-Unis, où l’on note un terrible retour en arrière ; en Pologne ; et même à Monaco où en novembre 2025, le prince Albert réaeirmait l'illégalité de l'avortement", souligne Yvo Muller, l'un des co-réalisateurs et coscénaristes.

"Le film rappelle quelque chose d’essentiel : derrière les grands débats politiques ou idéologiques, il y a toujours des vies concrètes, des femmes, des familles, des corps, poursuit Charlotte Gainsbourg dans le dossier de presse. C’est ce que Gisèle Halimi avait profondément compris avec le procès de Bobigny, c’est qu’il fallait sortir l’avortement du débat abstrait, moral ou idéologique, pour ramener la question à la réalité vécue.

"Gisèle Halimi a déplacé le regard de toute une société"

En donnant un visage et une parole à ces femmes, elle a déplacé le regard de toute une société. C’est sans doute pour ça que cette histoire résonne encore aussi fortement aujourd’hui."

Le tandem de réalisateurs avait précédemment mis en scène Maria rêve, une comédie avec Karin Viard. Le point commun entre ces deux films ? Tous deux mettent en scène un personnage de femme forte qui "sort des cadres et remet en cause l'ordre établi de la société".

L'affaire Marie-Claire accorde une large place aux scènes de procès, qui donnent toute son ampleur à la figure de Gisèle Halimi, en reprenant presque mot pour mot pour sa parole.

Marie-Camille Orlando / Gaumont

"Le procès nous a permis de reconstituer le fait historique en retranscrivant au mot près la plaidoirie de Gisèle Halimi et de nombreux témoignages, indique Lauriane Escaffre, co-scénariste et co-réalisatrice. Et il était si passionnant qu’il nous a inspiré l’envie de construire ce film comme un thriller. Le titre L’Affaire Marie- Claire fait d’ailleurs écho à quelque chose de l'ordre du polar, du thriller. Si on connait l’issue, on ne peut s’empêcher de se demander comment Gisèle, Michèle et Marie-Claire Chevalier vont y arriver. C’est là que s’immisce la part intime. Et l’émotion naît grâce à l'humanité et la sensibilité de ces femmes."

Le scénario se base sur gros travail de documentation, nourri de témoignages de personnes proches de cette histoire. Annick Cojean qui a écrit le dernier livre avec Gisèle Halimi, Une farouche liberté, des membres de l'association Choisir la cause des femmes (dont Gisèle Halimi était cofondatrice avec Simone de Beauvoir) ou encore Jean-Yves Halimi, le fils de Gisèle ont apporté leur contribution.

Comment Charlotte Gainsbourg a-t-elle été choisie ?

Charlotte Gainsbourg a été choisie pour enfiler la robe de Gisèle Halimi, mais sans chercher à imiter, mais plutôt apporter sa vision.

"Incarner une personne qui a réellement existé implique une forme de responsabilité différente", souligne Charlotte Gainsbourg. Et d'ajouter : "Lauriane et Yvo m’ont dit quelque chose qui m’a beaucoup aidée : ils ne voulaient pas que je me transforme entièrement en Gisèle Halimi mais que s’opère un mélange entre elle et moi. Ça a ouvert quelque chose de beaucoup plus libre dans le travail, avec tous les curseurs qu’il a fallu mesurer ensemble : jusqu’où aller ? Qu’est-ce qui sert le rôle ? Qu’est-ce qui, au contraire, risque de le desservir ?"

"Un mélange d’autorité, de froideur et de fragilité qui nous rappelaient Gisèle"

Pour Lauriane Escaffre, "Charlotte Gainsbourg était l’actrice idéale pour ne pas faire d’Halimi un personnage monochrome car elle aussi est une femme dotée de plusieurs facettes. Elle a un côté rock mais surtout un mélange d’autorité, de froideur et de fragilité qui nous rappelaient Gisèle. On adorait sa sensibilité à fleur de peau, cette blessure originelle qu’elle laisse paraitre, et sa filmographie nous permettait de croire qu’on pourrait l’amener là où nous voulions. On ne savait pas exactement à quoi cela allait ressembler et cela nous excitait beaucoup.

Autour de Charlotte Gainsbourg et Cécile de France dans le rôle de Michèle Chevalier, le casting est composé de Saül Benchetrit dans la peau de sa fille, Marie-Claire, Grégory Gadebois, Sarah Suco, Florence Loiret Caille et Xavier Robic.

Après avoir été présenté hors compétition à Cannes ou plusieurs festivals dont celui du film francophone d'Angoulême, L'affaire Marie Claire sort au cinéma ce mercredi 4 novembre 2026.

Brigitte Baronnet
Brigitte Baronnet
-Journaliste cinéma
Passionnée par le cinéma français, adorant arpenter les festivals, elle est journaliste pour AlloCiné depuis 15 ans.
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