Si Catherine Frot a souvent fait rire les spectateurs, elle a également démontré qu’elle pouvait les glacer d’effroi. En 2004, l’actrice française prenait ainsi tout le monde à contre-pied en prêtant ses traits à l’impitoyable Folcoche dans Vipère au poing, adapté du célèbre roman d’Hervé Bazin.
Un personnage particulièrement sombre, bien loin de ceux auxquels elle avait habitué son public. Pourtant, si la comédienne garde un excellent souvenir de cette expérience artistique, elle a beaucoup moins bien vécu les réactions suscitées par sa prestation à la sortie du long-métrage.
“J’avais été très malheureuse”
En 2016, invitée de l’émission En aparté sur Canal+, Catherine Frot revenait sur les critiques qui l’avaient profondément affectée douze ans auparavant.
“C’est la presse qui a dit : ‘Mais qu’est-ce que Catherine Frot fait dans ce film ?’ Moi, j’avais été très malheureuse quand le film est sorti, c’était très dur ce qui m’était renvoyé, un contre-emploi absolu, quelle erreur…”, confiait-elle.
Il faut dire que le défi était de taille. Sous la direction de Philippe de Broca, qui réalisait alors son ultime long-métrage, la comédienne donnait la réplique à Jacques Villeret et se glissait dans la peau d’une mère tyrannique, dont la violence psychologique et la sévérité font vivre un véritable enfer à ses enfants.
Un changement radical pour celle que le public connaissait notamment grâce à ses rôles dans des comédies populaires. Mais loin d’avoir accepté le projet à contrecœur, Catherine Frot avait justement été séduite par la possibilité d’explorer une facette plus inquiétante de son métier.
“J’avais envie d’aller vers des choses un peu démoniaques, hors normes, théâtrales même”, expliquait-elle.
Rezo Films
Un personnage déjà marqué par une autre actrice
Autre difficulté : Catherine Frot devait succéder à une interprète qui avait durablement marqué les esprits. En 1971, Alice Sapritch avait en effet incarné Folcoche dans une adaptation télévisée du roman, livrant une prestation restée dans les mémoires. Une comparaison dont Catherine Frot avait parfaitement conscience, même si elle estimait que les deux versions ne poursuivaient pas nécessairement les mêmes ambitions.
“Bon, c’est vrai qu’Alice Sapritch à la télé, ça avait marqué, elle avait un visage génial… Mais c’était autre chose, le temps avait passé [...].”
Malgré les réserves exprimées à l’époque, Vipère au poing a tout de même trouvé son public, réunissant plus de 1,2 million de spectateurs dans les salles françaises. Et parmi eux, certains ont réservé à son interprète une réaction pour le moins inattendue.
Rezo Films
Des lettres qui l’ont profondément touchée
Si les critiques avaient fait souffrir Catherine Frot, les spectateurs les plus jeunes lui ont apporté un réconfort qu’elle n’avait pas anticipé. Après avoir découvert le film, de nombreux adolescents ont en effet pris la plume pour lui adresser des messages particulièrement bienveillants.
“Je n’ai jamais reçu autant de courriers de ma vie que pour ce film. Des courriers d’ados... ‘Madame Frot, n’ayez pas peur on ne vous veut pas de mal [...].’ Il y avait une compassion pour moi impressionnante, et pour le personnage, parce que, à cet âge-là, on mélange.”
Une réaction étonnante face à un personnage aussi détestable, qui témoigne de la force avec laquelle certains jeunes spectateurs avaient vécu cette histoire.
Si cette expérience reste associée à une période difficile de sa carrière, elle illustre aussi la volonté de Catherine Frot de ne jamais s’enfermer dans un seul registre. Déjà récompensée par un César du meilleur second rôle pour Un air de famille en 1997, la comédienne remportera d’ailleurs celui de la meilleure actrice en 2016 pour Marguerite, confirmant toute l’étendue de son talent.
Pour découvrir ou redécouvrir cette prestation marquante, Vipère au poing est disponible en VOD, selon les plateformes.