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    "Caché" : la conférence de presse cannoise
    14 mai 2005 à 17:24

    Michael Haneke, réalisateur de "Caché", en lice pour la Palme d'or, et ses acteurs Daniel Auteuil, Juliette Binoche et Maurice Bénichou, rencontraient ce samedi la presse internationale. Morceaux choisis.

    Sur la manipulation et la preuve par l'image
    Michael Haneke : Presque tous mes films traitent de la nature de la vérité au cinéma. Je doute qu'on puisse avoir une idée de la vérité quand on regarde un film. Je dis toujours qu'un long métrage, c'est vingt-quatre fois par seconde le mensonge, peut-être au service d'une vérité mais pas toujours. Je pense que le traitement de la vidéo ici déstabilise la confiance du spectateur envers la réalité. Dans Caché, on croit que le plan d'ouverture est la réalité alors qu'en fait c'est une image volée avec une caméra vidéo. Naturellement, je me méfie de cette prétendue réalité dans les médias.

    Sur l'oubli de l'Histoire
    Michael Haneke : L'oubli existe partout. Les conséquences politiques pour une société sont sûrement différentes selon les pays. On ne peut pas comparer la France à l'Autriche et l'Autriche à l'Allemagne. Personnellement, je n'approuve pas l'attitude du peuple autrichien vis-à-vis du passé. Dans n'importe quel pays, vous trouverez une situation cachée parce qu'on ne veut pas en parler. Je trouve ça très dangereux, cela m'incite à réagir.

    Les acteurs sur leur collaboration avec le réalisateur autrichien
    Juliette Binoche : Sur Code inconnu, j'avais l'impression que Michael lisait en moi, il se promenait dans le labyrinthe de mon jeu. Il répondait à toutes les questions qu'un acteur peut se poser. Pour Caché , c'était très différent. J'étais un petit peu parano, car il ne me disait strictement rien. Je me suis dit qu'il ne s'intéressait pas spécialement au personnage. J'étais dubitative. Puis au bout d'un mois, je lui ai demandé le pourquoi de ce silence. Il était étonné. Après, il ne m'a plus lâchée sur les derniers quinze jours. J'aurais mieux fait de me taire (rires). C'est quelqu'un de très précis mais qui donne la liberté nécessaire à ses acteurs. Il a une précision proche de la musique, il aime les souffles, les pauses.

    Daniel Auteuil : J'évite le plus possible de poser des questions au réalisateur. J'aime les metteurs en scène qui me disent par où je rentre, par où je sors, plus vite ou moins vite. Et avec ça, on s'en sort.

    Maurice Bénichou : Je ne crois pas que ce serait intéressant si on nous expliquait ce qu'on doit faire. On risque de jouer l'explication et non pas l'interprétation. Comme disait Daniel, on va entrer, sortir, moins fort, plus fort, plus vite, moins vite. C'est uniquement ce qu'indiquent les metteurs en scène qui ont des choses importantes à raconter. Finalement, leur parole écrite, le scénario, passe par le corps de l'acteur.

    Recueilli à Cannes le 14 mai 2005 par Joël Dumont
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