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    Lennie James : Un taxi dans "Le Prisonnier"...

    Connu pour son rôle mystérieux dans "Jericho", Lennie James revient dans la mini-série "Le Prisonnier" aux côtés de Jim Caviezel et Ian McKellen. L'acteur se livre dans une interview dense sur son travail, ces deux séries et leurs tournages...

    Allociné Séries : Aviez-vous déjà vu la série originale ?

    Lennie James : Oui je l’ai déjà regardée. Je ne dirais pas que je suis fan, pas parce que cela ne me plaisait pas, mais simplement parce que la série était à son apogée quand je n’étais pas encore né. J’ai vu des rediffusions étant enfant. C’était difficile de passer à côté en grandissant. [Le rôle principal de l’originale joué par Patrick] McGoohan était devenu une icône, c’était un symbole des années soixante ; chaque fois qu’on repassait par les années soixante, on parlait des Beatles, de George Best, le footballer, et Patrick McGoohan. Donc j’étais au courant. J’ai choisi de ne pas revoir l’originale quand j’ai intégré la production car je ne pensais pas que cela allait m’aider étant donné que ce sont les scripts de Bill Gallagher qui m’avaient attiré vers le projet. Je sais que certains de mes collègues l’ont regardée.

    Avez-vous une idée précise des différences entre la nouvelle version du "Prisonnier" et l’originale ?

    Elles sont très différentes. Je pense qu’il est très important de préciser aux fans de l’originale qu’il ne s’agit pas d’un remake ; il s’agit d’une réinvention de l’intrigue et des thèmes qui l’accompagnent. En toute honnêteté, je ne pense pas qu’il soit possible de faire un remake du Prisonnier et de rendre hommage à ce que cela représentait à l’époque. Il arrive parfois que l’on se rappelle ce genre de séries, considérées comme cultes, de manière erronée. À l’époque, Le Prisonnier était une merveille, parce que rien de concrètement semblable n’avait été fait avant. En revanche, en raison de l’impact de l’originale, nous avons depuis vu émerger beaucoup de séries qui y ressemblent. Même récemment, avecLost ou des séries dans le genre… ou X-Files : Aux frontières du réel. Elles doivent toutes beaucoup, d’une façon ou d’une autre, au Prisonnier original. De notre côté, en la retravaillant, nous avons dû trouver ce qui marche en ce moment, ce qui pourra attirer un public plus habitué à ce genre de choses tout en lui donnant envie de revenir semaine après semaine. Dans l’originale, chaque épisode contenait en son noyau la même histoire avec les tentatives d’évasion. C’était l’histoire du prisonnier chaque semaine. Aujourd’hui, nous étalons une histoire sur six épisodes. Il y a un arc qui apportera beaucoup de réponses sur Le Village, ce qu’à mon sens l’originale n’a pas eu le temps de faire.

    Qu’est-ce qui vous a plu dans ce projet ?

    Un de mes premiers gros rôles en Angleterre était dans une [série] appelée "Out of the Blue", scénarisée par Bill Gallagher et Peter Bowker. J’aimais beaucoup la façon qu’ils avaient de travailler et d’écrire. J’ai eu la chance de travailler par la suite sur deux autres projets que Peter avait écrit, mais je n’avais rien pu faire d’autre avec Bill. Donc quand ce nouveau Prisonnier est arrivé, un de ses premiers attraits pour moi fut la plume de Bill. Puis il y avait mon personnage et la très attrayante opportunité de travailler avec [Jim] Caviezel et [Ian] McKellen. Je n’avais jamais travaillé avec eux avant, ni avec la plupart de mes autres collègues d’ailleurs, donc c’était une nouvelle expérience pour moi, qui m’a beaucoup plu. Donc dans l’ordre, le script et le personnage.

    Votre personnage est-il principalement gentil, méchant, ou jouez-vous, comme votre personnage Robert Hawkins dans jericho, à Mister Ambiguité avec un grand A majuscule sur le torse ?

    (Rires) Il y a un petit "a" sur le torse de ce gars-là. Encore une fois, une des caractéristiques que j’aime chez ce personnage, c’est le fait que ce soit un homme qui se lance dans une aventure intense et c’est fondamentalement un autre homme à la fin de la série, en suivant l’évolution de l’histoire. Au début de celle-ci, mon personnage dans le script de Bill [le scénariste] est très "Village". C’est devenu notre mot passe-partout. Tout ce qui était inexplicable ou un peu étrange dans la série était qualifié de très "Village". J’incarne l’homme le plus à l’aise dans ce Village. L’étrange, le merveilleux, les secrets, la peur entourant le Village, tout cela fait partie intégrante de son quotidien. Il est le chauffeur de taxi du Village, et il est tout à fait heureux de mener cette vie, dans ce monde là. Les lois particulières du lieu, comme certains endroits du Village où il est interdit de se rendre, il l’accepte docilement : "Je n’ai pas le droit d’aller là, je n’ai pas besoin de savoir pourquoi, je n’ai pas besoin d’y aller, je laisse des personnes plus intelligentes que moi s’en préoccuper. Je vais simplement conduire mon taxi, rentrer chez moi retrouver ma femme et ma fille que j’adore, et vivre ma vie. Je ne pose aucune question, on me laisse tranquille et j’aurai une vie heureuse". Mais tout cela change quand N°6 [le personnage de Jim Caviezel] débarque.

    Votre personnage savait-il au départ que N°6 allait tout chambouler ou découvrez-vous dans le feu de l’action qu’il risque de poser des problèmes ?

    Je le réalise petit à petit. Comme tous les bons taxis, quand il y a un nouveau en ville, je l’accueille d’une manière très "Village", c’est-à-dire qu’avant même qu’il se rende compte qu’il a besoin d’un taxi, je suis là pour lui offrir une course.

    La production vous a-t-elle laissé conduire ?

    Oui, ils m’ont laissé conduire. Je devais conduire une voiture un peu bizarre (rires). C’est une petite Renault des années 30 ; si petite que Caviezel ne pouvait pas rentrer à l’arrière normalement donc nous étions obligés d’arrêter de filmer pour pouvoir le faire rentrer dans la voiture, et la conduite n’allait pas de soi. Je crois qu’ils l’ont trouvée dans une décharge et qu’ils ont payé quelqu’un pour essayer de la rénover. Mais au bout d’un moment, jusqu’à ce que la transmission nous lâche – ce qui n’était pas ma faute – j’ai pris du plaisir à la conduire.

    Où avez-vous tourné ?

    Tous les extérieurs sont filmés en Namibie, dans une ville appelée Swakopmund. C’est très particulier comme endroit. La Namibie a été colonisée pendant vingt-deux ans par l’Allemagne, et cet endroit est un vestige de cette période. C’est d’ailleurs irréel de voir ce grand village bavarois au milieu de l’Afrique entre l’Océan Atlantique et les dunes de Namibie. Il a son propre climat, un cachet unique qui correspondait parfaitement avec l’impression surréaliste du Village. Les bâtiments là-bas sont en forme de "A" et dès le moment où vous arrivez à Swakopmund, en les voyant, vous comprenez pourquoi nous avons tourné Le Prisonnier (2009)là-bas.

    Avez-vous ressenti un choc culturel en arrivant là-bas ?

    La Namibie fut un important choc culturel. Impossible de le nier. Ce n’est pas l’Afrique du Sud, même si elle fut gouvernée par celle-ci à un moment, et c’était très spécial de se retrouver dans un pays africain indépendant où la première langue fut l’Afrikaans, la seconde l’allemand et dans une ville aux fortes influences germaniques. Cela a été un choc culturel pour nous tous. Je suis allé en Afrique et j’y ai travaillé plusieurs fois, donc mon choc culturel ne venait pas de l’Afrique, mais de cette ville en particulier. Je ne plaisante pas quand je dis qu’elle avait son propre climat. Huit kilomètres à la ronde, le temps changeait radicalement. Le climat dans la ville était européen : c’était nuageux, il y avait du vent, il faisait froid. Vous remontiez la route sur huit kilomètres, et c’était le désert et la fournaise.

    Si la production décide de faire une suite, la fin du "Prisonnier" le permet-elle ?

    Oui, cela serait possible.

    Procédez-vous différemment en tant qu’acteur dans votre approche d’une mini-série comme le prisonnier, par rapport à un rôle régulier dans un série comme jericho avec plusieurs saisons ?

    Absolument pas. Venant d’Angleterre, je suis habitué à travailler sur une structure de six épisodes. J’avais l’habitude de faire évoluer un personnage sur six épisodes. C’était ma plus grosse inquiétude sur le tournage de Jericho : la première saison contenait vingt-deux épisodes, au moins trois fois plus que ce que j’avais l’habitude de faire en incarnant un personnage. Donc je me demandais comment conserver un intérêt pour le personnage sur une telle longueur. C’est une des raisons pour laquelle je me rendais si souvent dans la salle d’écriture pour demander aux scénaristes : "Donner moi de la matière pour ce personnage, maintenez mon intérêt". Avec [Le Prisonnier (2009)] et ses six épisodes, je retrouvais un format que je connaissais donc c’était plus facile. Sur le plateau, je joue plutôt à l’anglaise : c’est pour celui qui me donne le rôle que je travaille, et celui avec qui je le développe. J’aime arriver sur un plateau en ayant fait des recherches, en étant préparé, mais j’aime aussi les imprévus. Je n’aime pas être trop préparé. Cela peut vous mettre un peu trop à l’aise. Mais cela marche aussi pour d’autres. Je n’ai rien à dire qui s’opposerait aux autres méthodes, je sais simplement que c’est ce qui arriverait pour moi. Donc j’essaye d’être ouvert aux possibilités qui s’offrent à moi. Nous avons terminé le tournage à Noël en 2008, après avoir commencé en août… c’était un tournage assez long.

    Est-ce que votre personnage, 147, était déjà présent dans l’originale, ou fait-il partie des nouveaux éléments ?

    Mon personnage est apparu dans un des épisodes de l’originale. Je ne sais plus s’il avait le même numéro, mais il y avait bien un épisode centré sur un chauffeur de taxi. En revanche, comme tous les autres personnages, il est beaucoup plus abouti et travaillé dans la nouvelle version. En dehors du personnage de Patrick McGoohan dans l’originale, très peu de personnages apparaissaient dans plus d’un épisode.

    Comment était-ce de travailler le même réalisateur et la même équipe pendant si longtemps ?

    Soit vous les adorez, soit vous les détestez (rires). Je fus agréablement surpris par la camaraderie du casting et de l’équipe. Tout le monde travaillait d'arrachepied, donc les journées de repos, où l’on pouvait aussi apprendre à se connaître, se passaient à dormir et se détendre. Ce n’était pas toujours facile à Swakopmund, mais plus simple à Cape Town. Nous filmions les extérieurs en Namibie à Swakopmund et tous les intérieurs à Cape Town. Celle-ci est plus urbaine, mais quand nous sommes arrivés en Namibie, nous étions un cirque ambulant, ce qui me plaisait assez car nous étions tous loin de chez nous, tout le monde se retrouvait, d’une certaine façon, nous étions une famille. Arrivés à Cape Town, certains membres de l’équipe retrouvaient leurs foyers, ce qui rendaient les rapports moins fréquents. Nous trainions moins ensemble, ce qui était dommage.

    Votre personnage dans "Jericho", Robert Hawking, vous manque-t-il ?

    Un peu. Je n’en ai encore parlé à personne pour tout vous dire, mais c’est vrai qu’il me manque. J’ai gardé contacts avec beaucoup de membres de l’équipe, ainsi qu’avec les acteurs et les producteurs. Je les vois souvent donc cette histoire est toujours présente dans mon esprit. Les moments entre amis et le casting me manquent … De temps en temps, je reçois des mails de fans, des cartes postales qui parlent encore de cette série. Donc, de temps en temps, je me rappelle l’histoire que nous n’avons pas pu terminer avec Jericho.

    Quelle fin de "Jericho" préférez-vous : celle diffusée à la télé ou celle disponible sur le DVD ?

    J’aurais préféré voir la fin alternative, celle du DVD. On y voit Hawkins en prison et Jake dans l’avion pour le sauver. Ce que j’aurais aimé approfondir avec les scénaristes, c’est le fait que pendant les deux saisons, Hawkins est celui vers qui tout le monde se tourne en cas de problème. Vous vous adressiez à lui et il avait un plan, il avait une solution. J’aurais voulu jouer un Hawkins abattu quand Jake le sort de prison, prêt à tout laisser tomber parce qu’il a été découvert. L’homme que Jake sauve n’est pas le Hawkins que le public a appris à connaître. C’est un homme au bord de la crise de nerfs qui vient de se heurter à ses propres limites. J’aurais voulu approfondir cet aspect, qu’il soit [capable physiquement] d’exécuter une tache, mais pas forcément [psychologiquement].

    Une adaptation de la série sur grand écran pourrait-elle être d’actualité, comme le film "Serenity" pour "Firefly" ?

    J’entends ou je participe encore à des conversations qui tentent d’aborder le sujet. Les gens essayent de relancer l’intérêt d’un tel projet. Je pense que s’il se concrétisait, ce serait un projet qui m’intéresserait beaucoup.

    Avez-vous lu la bande-dessinée adaptée de "Jericho" ?

    (Rires) J’ai vu des extraits au Comic-Con. Il y avait quatre ou cinq images de moi. Trois d’entre elles m’ont satisfaite, mais en ce qui concerne les deux autres, je crois que mes enfants rigolent toujours en y repensant…

    C’est un avantage de pouvoir divertir ses enfants…

    Effectivement. C’est mon vrai travail dans la vie.

    Le public du Comic-Con était-il plus intéressé par "Jericho" ou "Le Prisonnier" ?

    Nous avons eu un accueil fantastique pour les deux. Cela a même dépassé nos attentes pour Le Prisonnier (2009). Il y avait une pièce géante, remplie par deux mille personnes, avec des avis très positifs. Il semblait y avoir un vrai engouement à l’égard de ce projet et nous espérons en profiter le plus possible.

    Avez-vous joué un autre rôle entre ces deux séries ?

    J’ai tourné un pilote écrit par Frank Military [pour CBS] intitulé "U.S.Attorney". Après Robert Hawkins dans Jericho, je ne pensais pas pouvoir retrouver un personnage aussi élaboré, aussi complexe, mais il me semble que celui-ci l’est aussi. Je joue un avocat très talentueux, avec une esprit juridique à toute épreuve, mais affligé par une dépendance qui lui a valu d’être radié du barreau. Donc je travaille en tant qu’adjoint juridique dans un bureau que je devrais diriger en essayant de redevenir ce que j’étais. C’est un homme qui doit subir des brimades quotidiennement. Quand les autres avocats arrivent au tribunal en montrant leurs badges, mon personnage, qui s’est fait prendre et qui n’était pas un avocat très gracieux, doit faire comme tout le monde et se rendre compte de certaines choses le concernant. Il doit passer par les détecteurs de métaux, il n’a plus le droit de s’asseoir à la table des avocats comme il en avait l’habitude. C’est un homme qui doit sans cesse faire la part des choses, entre ce qu’il était et ce qu’il est, et c’est quelque chose que j’aime joué. J’aime plus ou moins travailler sur le fonctionnement intime de mon personnage.

    Qu’allez-vous faire ensuite ?

    J’attends quelques réponses concernant plusieurs projets. On m’a également fait quelques offres, je ne sais pas si je pourrai m’y consacrer. Je lis des scripts, je vais à des rendez-vous. J’en profite, les Etats-Unis sont encore cléments avec moi.

    Traduction : William Beaudenon

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