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    La Braconne : Patrick Chesnais/Rachid Youcef "Un côté "Mean Streets" de Scorsese dans ce film..." [INTERVIEW]
    2 avr. 2014 à 09:00
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    Le premier est un vieux gangster au crépuscule de sa carrière, le second un jeune loup fraîchement débarqué dans le métier où la magouille est reine. Interview croisée avec Patrick Chesnais et Rachid Youcef pour "La Braconne", un premier long-métrage coup de poing signé Samuel Rondière.

    Patrick Chesnais et Rachid Youcef © Bandonéon

    AlloCiné : Qu’est-ce qui vous a emballés sur ce projet de premier long-métrage ?


    Patrick Chesnais
    : C’est évidemment le scénario. C’est ce que je dis souvent, c’est premièrement le scénario, deuxièmement le scénario, troisièmement le scénario ! Je trouve que c’est un polar urbain magnifiquement écrit avec un ton et un style. Le jargon aussi, la façon dont parlaient les protagonistes est très juste. Et puis c’était ce type comme ça qui avait fait carrière, un peu fatigué, avec une fragilité, une forme de pudeur,  mais quand même une grande violence. Il fait le job ce n’est pas un rigolo, c’est un gangster, un voyou. Vous savez les rôles de gangsters sont des rôles mythologiques dans le cinéma. La vie du cinéma depuis le premier film parle de gangsters donc dans la panoplie des personnages à interpréter, c’est un incontournable. Et j’attendais ça, j’en avais déjà joué un mais c’était un peu différent. J’avais joué un type qui faisait de l’infiltration dans les milieux gangsters et devenait gangster lui-même.

    "J’étais un cancre, j’ai grandi dans les milieux un peu populaires. Disons qu'il fallait pas trop me chercher, mon frère par contre était un braqueur, il a fait de la prison et tout."


    Rachid Youcef : Ce qui m’a touché par rapport au scénario c’est ce côté anti-clichés. Il n’y a pas de jugements portés sur les personnages et le public peut avoir sa propre opinion par rapport au film. Après il y a un petit côté Mean Streets de Martin Scorsese que j’aime beaucoup dans ce film. C’est marrant parce que je l’ai découvert en même temps que La Braconne. C’est Samuel Rondiere qui me l’avait conseillé d’ailleurs et j’ai tout de suite accroché au film et à l’ambiance.

    Patrick Chesnais © Bandonéon

     

    Plus jeunes, vous étiez plutôt enfants de chœur ou comme dans le film, des hommes peu recommandables ?

    Patrick Chesnais
    : J’étais un cancre, j’ai grandi dans les milieux un peu populaires, c'est vrai qu'il y avait pas mal de bagarres. Disons qu'il fallait pas trop me chercher, mon frère par contre était un braqueur, il a fait de la prison et tout. J’étais à la fois un enfant un peu secret, un peu rêveur, j’étais les deux comme quand je joue finalement. Je peux être à la fois la tête dans les nuages, me prendre les pieds dans le tapis et puis plus dur, plus violent, plus cynique.

    Rachid Youcef : J’ai fait des conneries comme tous les gosses mais je me suis arrêté à la majorité, je me suis rangé comme on dit. C’est le parkour, la danse, toutes ces choses-là qui m’ont aidé.

    Rachid Youcef © Bandonéon

    Comment définiriez-vous la relation qu’entretient vos deux personnages. Plutôt celle d’un père et de son fils, d’un tuteur et de son apprenti ?

    Patrick Chesnais : C’est un peu les deux.  Je suis un passeur, je l’initie au métier. Ce sont quand même des exclus de la société, des gens qui sont à la marge. Mais petit à petit on arrive à installer un rapport un peu père/fils, une filiation mais qui n’avoue pas son nom. Tout est fait avec beaucoup de subtilité, de finesse. Il y a beaucoup de pudeur, de mystère et donc du coup de force entre leurs rapports. Rien n’est sentimental, il n’y a pas de sensiblerie. De toute façon ce sont des gangsters ils ne sont pas comme ça. Je crois qu’il y a un vrai partage. Ce film fonctionne comme beaucoup au départ, ce sont des contraires, au niveau de leur culture, de leur attache, de leur âge. C’est ce qu’on appelle un buddy- movie. C’est la façon dont ils vont se rapprocher qui fait la quintessence du film, mais d’une façon très fine, très subtil, il n’y a pas de démonstration, ce n’est ni surligné, ni expliqué.

    Rachid Youcef : Je pense la même chose et ce qui était marrant c’est que ça s’est aussi passé comme ça derrière la caméra.

    Rachid Youcef et Patrick Chesnais © Bandonéon


    Justement, est-ce que votre première rencontre sur ce film a été celle de votre duo à l’écran, un croisement entre la sagesse et l’insouciance ?

    Patrick Chesnais
    : On s’est très vite entendu et je crois qu’il m’aimait bien. On a eu une certaine fraternité, un partage, donc du coup ça s’est ressenti à l’écran. Ce n’est pas une règle absolu mais c’est bien de travailler avec les gens avec qui on s’entend bien, avec qui on peut partager quelque chose. Les rapports de la vie étaient un peu les rapports du film. Je ne lui montrai pas le chemin mais de temps en temps je le posai un peu. Lui il était un peu plus à l’écoute donc il y a forcément un partage qui se créer. Ça nous aidait tous les deux d’être dans ce partage, c’est bien pour la création.

    "On a eu une certaine fraternité, un partage, donc du coup ça s'est ressenti à l'écran"

    Rachid Youcef : Hors plateau, il y avait ce rapprochement et ce qui était marrant c’est que du coup les rapports entre les personnages et nous humainement étaient vraiment différents dans le sens où moi j’ai ce respect envers Patrick. Et justement Driss il n’a pas ce côté-là il est vraiment d’égal à égal avec Danny et ce rapport était compliqué mais il s’est fait dès le premier jour face à la caméra. Ça a fonctionné directement entre Patrick et moi. Et je me rappelle que j’ai éprouvé beaucoup de sympathie envers Patrick la première fois où je l’ai rencontré. J’ai une petite anecdote à ce sujet parce que je l’ai rencontré dans les bureaux et en fait on lui a demandé s’il savait mourir et il a dit oui puis il s’est étalé contre une bibliothèque et c’était juste génial. Je me suis senti en confiance, c’était mon deuxième long métrage donc je n’avais pas rencontré énormément d’acteurs mais quand même j’ai pu deviner rapidement que Patrick fait partie de ces gens qui n’ont pas la grosse tête.

    "La Braconne" est un film sur l’expérience de la vie. Que retenez-vous de cette expérience et comment s’est déroulé le tournage dans la zone commerciale de Tours ?


    Patrick Chesnais : Ce n’était pas un tournage à l’arrache on a pris le temps de faire les choses. C’était un tournage tout à fait normal, avec des petits moyens. Samuel Rondière savait exactement ce qu’il voulait, ce qui n’est pas forcément une qualité d’ailleurs, mais j’ai remarqué que plus on avance en expérience plus j’ai affaire à des metteurs en scènes qui ne savent pas, qui doutent, qui cherchent, ils hésitent, ils se demandent, ils recommencent. On sentait qu’on faisait du cinéma avec lui, on ne faisait pas une mise en boîte, on ne mettait pas en boite des citations. Samuel avait une façon de placer sa caméra, il donnait des explications de jeu qui étaient les siennes. Comme dit Truffaut « un film ressemble toujours à celui qui le fait ». Il avait un vrai regard, un vrai point de vue.

    Propos recueillis par Marie Ponchel à Paris le 21 mars 2014

    Bande-annonce de "La Braconne"

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